Publié le lundi 14 juin 2010 à 18H38 - Vu 359 fois
Hervé Chabaud
1940-2010... Il y a 70 ans, le général de Gaulle lançait sur les ondes de la BBC son appel du 18 juin depuis Londres.
Hervé Chabaud, rédacteur en chef de l'union, auteur du hors-série 1940 sera notre invité vendredi 18 juin à 10h 30 pour un Tchat. Il répondra en direct à toutes vos questions. Comment, 70 ans après, retentit cet appel, quelle est sa portée, qu'évoque-t-il pour vous ?
"L'appel du 18 juin est fondateur d'une France exigenate, déterminée à rester debout, convaincue que le nouveau pouvoir n'est que le vassal de Berlin, certaine que la Libération viendra par le sacrifice de ses fils prêts à s'offrir en oblation de la Liberté. Si 1940 est l'année de la défaite, on y prend date pour préparer une nouvelle victoire", analyse Hervé Chabaud en avant-propos de ce hors-série de plus de 130 pages.
Officier de réserve de l'armée de l'air, il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur les deux grandes guerres. Il est Notre spécialiste des deux grands conflits mondiaux du XXe siècle dans la région.
Posez dès maintenant votre question.
Bonjour,
Concernant la période des appels à la BBC, je vous recommande un excellent livre écrit d'une manière très agréable par une des voix de ''ici Londres''. Ce livre s'intitule avec beaucoup d'humour ''40 à Londres'' et son auteur n'est autre que Franck BAUER, musicien de jazz et père du chanteur Axel BAUER (Cargo de nuit). Ce livre, inconnu des anciens combattants de ma ville, figure maintenant en bonne place à la médiathèque, et je le conseille vivement.
Cordialement.
Bonjour cher Hervé
Trés intérressée par l'histoire
Pourriez vous me communiquer l'heure du message de ce grand Géneral
qui c'est adressé aux français et francçaises.
L'appel a été lancé à 18h. Il a été prononcé dans les locaux de la BBC, au 4e étage de Bush House, qui était alors le siège londonien de la BBC.
Merci à tous les internautes qui ont participé à ce tchat et je leur signale que, parmi les sujets du bac, l'étude de documents portait, ce matin, sur l'évolution de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale en France depuis 1945. Ce qui, cette fois, n'est sûrement pas une coïncidence mais une volonté des enseignants.
Pour plus d'informations sur ce sujet, retrouvez notre supplément de 16 pages, offert à l'achat de l'union. Vous pouvez également vous procurer le supplément «1940 » d'Hervé Chabaud en kiosque pour 2 euros.
Aujourd'hui, c'est l'épreuve d'histoire pour le bac, pensez-vous que la date a été choisi de façon stratégique, c'est à dire en concordance avec cette date historique?
C'est vrai mais je pense plutôt que c'est une coïncidence du calendrier. Je ne suis pas sûr que les grands manitous de l'organisation du bac aient réfléchi à cela lors de l'établissement du calendrier. Attendons de voir les sujets. Après tout, De Gaulle et la Ve république sont au programme de Terminale...
"Quoi qu'il arrive la flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas !" A quoi vous fait pensez cet extrait de l'appel du 18 juin? Pensez-vous qu'il s'applique aujourd'hui? N'est-il pas démodé?
De cette phrase, il faut retenir qu'il n'y a pas de fatalité. Que rien n'est jamais définitivement perdu. Qu'il faut oser parfois bousculer des montagnes pour réussir un commencement nouveau et réveiller ainsi des valeurs profondément humanistes comme celles de la résistance face à l'inacceptable, face à la barbarie, face à l'inhumanité de l'Homme.
Je ne pense pas que ce soit démodé, compte tenu de la portée que cette phrase a pour moi et que je viens de développer.
Que pensez-vous du devoir de mémoire?
Aujourd'hui Nicolas Sarkozy, célèbre le 70ème anniversaire de l'appel du 18 juin à Londres, revient-il aux fondamentaux du gaullisme?
Si Nicolas Sarkozy s'est rendu ce matin à Londres avec plusieurs des compagnons de la libération survivants, c'est dans une démarche d'hommage au Général sur les lieux même de son appel à la résistance et c'est aussi un choix pour le devoir de mémoire. Je n'aime pas trop cette expression, je préfère travail de mémoire, parce qu'il me semble qu'on ne peut pas bien commémorer ce que l'on ne connait pas. Il faut donc travailler d'abord pour comprendre un événement historique, se l'approprier et avoir envie de participer à sa commémoration.
Enfin, il est certain que ceux qui s'inscrivent même dans une filiation éloignée du Général, souhaitent aujourd'hui se le réapproprier. Ils devraient surtout relire les valeurs éthiques et de probité que le Général vantait.
Bonjour Hervé Chabaud,
Tous ces petits messages codés qui étaient diffusés par la radio pour transmettre des informations, que nous trouvons souvent très drôles aujourd'hui, n'étaient-ils jamais décodés par les Allemands? Et comment, au juste, les destinataires pouvaient-ils les comprendre?
Merci pour votre réponse
La plupart du temps, ces messages n'ont pas été décodés. Rappelez-vous qu'à la veille du débarquement, le seul officier allemand qui a compris l'utilisation des vers de Verlaine n'a pas été cru par sa hiérarchie, qui persistait à croire en une seule possibilité de débarquement dans le Nord-Pas-de-Calais. Les mouvements de résistance avaient une phrase leur permettant de savoir s'ils allaient bénéficier d'un parachutage ou d'une visite particulière à un moment donné.
Pourquoi avoir voulu écrire un hors série sur l'année 1940, outre le fait que l'on célèbre cette année les 70 ans de l'appel du 18 juin?
Parce que c'est une période de l'histoire contemporaine qui me passionne depuis de nombreuses années et que notre région a été particulièrement touchée par les combats de 1940. Aussi, me semblait-il important que nos lecteurs puissent savoir ce qu'il s'était passé dans les Ardennes, l'Aisne et la Marne et qu'ils n'oublient pas qu'avant de lancer son appel depuis Londres, De Gaulle s'était battu avec ses chars à Montcornet (dans l'Aisne) et avait lancé une adresse au soldats de France, qui, par certains aspects, est un pré appel du 18-JUin depuis le petit village marnais de Savigny-sur-Ardre. En 1990, le général de Boissieu, gendre du général de Gaulle, est lui-même compagnon de la libération et y a inauguré une plaque du souvenir.
Pensez-vous que de nos jours, si nous étions en situation de guerre identique à la seconde guerre mondiale, un appel de ce type aurait-il le même impact?
On ne peut pas décalquer l'Histoire d'il y a 70 ans dans la France contemporaine. Il est impossible de dire, à moins de faire de la fiction, comment le pays réagirait aujourd'hui si un conflit majeur touchait l'Europe et s'il y aurait une ou plusieurs figures incarnant une nouvelle résistance.
Bonjour,
Tout d'abord je tiens à vous féliciter pour votre supplément, que j'ai trouvé d'une qualité exemplaire, comme tout ca que vous faite, je suis par ailleurs adepte de vos éditos, qui hélàs ne sont plus aussi réguliers qu'avant....dommage car ce sont les meilleurs...
La question que je veux vous poser aujourd'hui est la suivante: Que représente aujourd'hui, l'appel du 18 juin? Quel est sont impact sur la France d'aujourd'hui? Et pourquoi est-ce important de garder en mémoire cette date?
Bien à vous
Bonjour,
L'appel du 18 juin symbolise la France qui dit non et l'esprit de Résistance qui s'est manifesté pendant la Seconde Guerre mondiale, mais qui, ne l'oublions pas, a été très minoritaire dans la population. Les résistants acteurs, c'est 1% des Français. Bien sûr, on peut ajouter une résistance passive qui a handicapé Vichy et l'occupant. L'appel est aussi un symbole de courage, de volonté, de don de soi pour son pays. Il reflète un patriotisme ardent qui était partagé par une certaine jeunesse, par des aînés à une époque où l'enseignement des valeurs morales et républicaines comptait beaucoup.
Le 18-Juin est une date importante parce qu'elle est une clé de compréhension sur la suite de la Seconde Guerre mondiale, c'est pourquoi elle doit figurer en bonne place et servir de fil conducteur sur ce qui s'est passé pendant quatre ans.
Merci aussi pour vos encouragements et votre message si sympathique.
Pour quelqu'un qui s'intéresse à cette période historique de la deuxième guerre mondiale et qui voudrait se documenter un peu plus. Savez-vous s'il y a des expositions intéressantes qui se déroulent en ce moment ou des livres bien faits sur le sujet?
Commençons par les livres. Vous pouvez vous procurer celui de Jean-Pierre Azema, «1940: l'année noire» (Fayard), 477 pages, 20,90 euros. Celui de Max Gallo, «1940, de l'abîme à l'espérance» (XO éditions), 392 pages, 19,90 euros. Michel Tauriac, «Dictionnaire amoureux de De Gaulle» (Plon), 514 pages, 24 euros. Eric Branca, «Les hommes du Général» (Albin Michel), 272 pages, 29,90 euros.
En ce qui concerne les expositions, vous avez à Paris, au musée des Invalides, jusqu'au 30 septembre, trois parcours autour du général De Gaulle et de la France libre, ce qui est aussi l'occasion de découvrir le musée de l'ordre de la libération. En outre, vous pouvez vous rendre à Colombey-les-deux-églises au mémorial où une exposition: «Ici Londres, dans les coulisses de la BBC» vous permet, dans une reconstitution fidèle du studio où a été enregistré l'appel, de découvrir ce temps fort de notre histoire et bien sûr, tout ce qui concerne le Général et le gaullisme présentés dans cet établissement tout à fait remarquable.
Je sais que l'appel du 18 juin a été enregistré; pas le jour-même de son premier passage à la radio mais quelques jours après. Est-il possible d'écouter l'enregistrement quelque part sur internet?
Effectivement, celui du 18 juin n'a pas été conservé mais c'est l'intervention du 22 du Général, plus aboutie, qui est utilisée. Il existe certains documents enregistrés sur disque de cire, à l'exemple de celui qui va être diffusé ce soir, lors de la célébration de l'appel à 18h, à Châlons-en-Champagne. Je ne connais pas de site diffusant spécifiquement un enregistrement mais vous pouvez entendre certaines des interventions du Général de juin 1940 sur le site de l'ECPAD (http://www.ecpad.fr/).
Bonjour,
Combien de fois l'appel du 18 juin a-t-il été diffusé au total? Merci.
Bonjour,
On ne peut pas donner un nombre de fois précis. Le premier appel, celui effectivement prononcé le 18 juin au soir n'a pas été conservé. Si bien que l'appel qui a été répété des dizaines et des dizaines de fois à l'été 1940, à l'automne et encore après, est en fait le texte enregistré le 22 juin. C'est ce phénomène répétitif qui a permis à beaucoup de Français de découvrir l'appel du Général, même si quelques quotidiens de la Côte d'Azur en ont parlé dès le 19 juin au matin. En outre, une affiche résumant certains des propos tenus a été placardée à Londres puis diffusée y compris dans l'empire, au moment où les premiers territoires se sont ralliés.
D'où vous viens cette passion pour l'histoire, cette érudition, cet "amour" du détail de la précision !!!
Je suis passionné d'Histoire depuis mon enfance et je crois que si l'on veut être sérieux, il faut chercher à être le plus précis possible, à consulter les documents d'archive, à recueillir des témoignages, à croiser ses informations. C'est aussi, pour un journaliste, communiquer sa passion à ses lecteurs et leur donner des pistes pour approfondir les sujets.
Ne pensez-vous pas qu'il faudrait "rénover", dépoussiérer les cérémonies pour intéresser davantage la population et les plus jeunes ?
Vous avez raison, la fréquentation de l'ensemble des cérémonies patriotiques est en baisse. Hormis les autorités civiles et militaires, peu de familles y participent. Néanmoins on observe, depuis quelques années, une association de classes, des écoles, de certains groupes de collégiens ou de lycéens qui reçoivent mission de participer en acteurs à ces événements. Par exemple, pour la commémoration du 18-Juin, dans plusieurs villes de la région, ce sont des collégiens et des lycéens qui vont lire l'appel et certains textes postérieurs, comme celui du 22 juin, qui est dans le prolongement de l'appel lancé le 18. Il y aura également, à Reims, une lycéenne qui rallumera la flamme. Mais pour réussir l'association de la jeunesse aux célébrations mémorielles, il faut de la pédagogie, c'est-à-dire l'association à cette démarche des enseignants pour que les jeunes sachent ce qu'ils viennent commémorer et comprennent pourquoi on s'incline devant un monument aux morts. Reste que, dans l'avenir, se posera la question de l'éparpillement des cérémonies commémoratives mais on l'a constaté ces dernières années, les Français ne semblent pas encore prêts à une ou deux grandes journées de la mémoire dans l'année. Bref, je suis favorable au développement de la participation des scolaires aux commémorations dans le cadre de projets pédagogiques associant l'éducation nationale, les anciens combattants et les historiens.
Pensez-vous que cet anniversaire retentisse de façon particulière dans nos départements très marqués par les Grandes Guerres ?
Bonjour,
Il peut y avoir une réaction plus forte qu'ailleurs même si les célébrations mémorielles ne suscitent plus une participation massive de la population. Il est vrai que la Grande Guerre a traumatisé notre région tandis qu'en 1940, de violents combats ont eu lieu du 12 mai au 16 juin dans les Ardennes, l'Aisne et la Marne. Cela a eu comme conséquences que de nombreux convois de civils en exode ont été bombardés par les avions allemands, ce qui a causé de nombreuses victimes. Tout le long de la frontière entre la Marne et l'Aube, l'action meurtrière des Stuka cause, les 13 et 14 juin, la désolation. Les secteurs proches de Mailly-le-Camp, de Fère-Champenoise, d'Euvy, de Saint-Just-Sauvage sont le théâtre de tragédies humaines. Des familles sont décimées. Tout cela a laissé des traces dans l'histoire des fratries et cela peut provoquer un intérêt plus particulier en ce 70e anniversaire, qui, ici, fait plus référence à l'exode qu'à l'appel en lui-même qui n'a pas pu être entendu; les gens étant sur les routes et fuyant l'ennemi.
Bonjour Hervé,
qu'avez vous pensé de la fiction diffusée sur France 2 la semaine dernière "L'appel du 18 juin", et de l'interprétation de Michel Vuillermoz, qui présente de Gaulle comme rebelle, colérique et surtout plein de doute entre son devoir d'obéissance et l'envie d'agir seul ?
Bien cordialement
Antoine Jacquet
Bonjour,
Vous avez raison de parler de fiction et il n'y a pas lieu de critiquer l'interprétation qui est donnée mais de replacer les interrogations du Général dans leur contexte historique. Il est un officier qui a appris le devoir d'obéissance et l'esprit de sacrifice pour la Patrie. Il est d'un caractère bien trempé et cela n'est pas nouveau puisque, dans les années 25, lorsqu'il est stagiaire à l'école de guerre, certains de ses professeurs n'apprécient guerre son esprit critique et ses appréciations péremptoires. Il est d'ailleurs, à ce moment-là, «sauvé» par Pétain qui aimerait bien en faire sa plume. Il est vrai que c'est un esprit rebelle mais constructif, qui veut faire bouger les lignes et qui considère qu'on ne peut pas concevoir la défense nationale en se référant seulement à la stratégie et à la tactique qui ont été employées pendant la Première Guerre mondiale. Il s'interroge sur ce qu'il doit faire mais il considère qu'accepter le renoncement de la France, c'est se soumettre et perdre l'esprit de défense, la fierté d'être Français et l'obligation morale qu'un soldat doit exprimer. À savoir: se battre jusqu'au bout pour son pays. Il choisit donc de gagner Londres, d'incarner cet esprit de combat et de résistance tout en sachant qu'il peut être lourdement condamné. Son acte est politique. C'est celui d'un ministre renvoyé qui veut incarner une alternative et, fort de sa culture militaire, veut susciter une armée nouvelle: celle des Français libres.
un récent film tv concernant l appel du 18 juin montre le général de gaulle sous
surveillance policiére au moment ou il va rejoindre la grande bretagne par avion le 16 ou 17 juin.
question / petain avait il vraiment mis le général de gaulle sous surveillance policiére ,ce qui parait invraisemblable étant donné que le futur traitre de la france n avait pas encore reçu les pleins pouvoirs ??
Bonjour,
le général de Gaulle est depuis début juin 1940 sous-secrétaire d'Etat à la défense dans le gouvernement Paul Reynaud. Il fait partie des partisans de la poursuite du combat. Que ce soit depuis le réduit breton ou depuis l'Afrique du Nord. Il est très éloigné de Pétain qui, rappelé d'Espagne où il était ambassadeur de France, va intégrer le gouvernement et se substituer à Reynaud mis en minorité le 16 juin. À ce moment-là, Pétain ne s'intéresse pas au général qui, de retour d'une négociation à Londres, apprend, en atterrissant à Bordeaux, que le maréchal est le nouveau chef du gouvernement. Dans la nuit même, il décide de repartir pour Londres, ce qui lui permet, dans la journée du 17, de prendre un certain nombre de contacts politiques et militaires en Grande-Bretagne et de préparer déjà l'appel qu'il va lancer le 18 au soir sur l'antenne de la BBC.
Ou serions nous aujourd'hui si De Gaulle n'avait pas eu cette idée lumineuse de rassembler les forces vivantes et à votre avis quelle nationalité aurions nous aujourd'hui ?
Bonjour,
L'historien ne peut pas réécrire l'Histoire. Ce que vous proposez est de l'histoire-fiction, où tous les scénarios sont imaginables. Il est patent que sans l'appel du 18 juin, qui est un socle de l'esprit de Résistance, le déroulement de la guerre aurait été différent mais la Grande-Bretagne aurait toujours été en première ligne avec la dynamique churchillienne et à terme, les Etats-Unis seraient entrés dans le conflit. Ce qui est aussi certain, c'est qu'Hitler avait l'ambition de réduire la France à une simple province de son Reich en devenir.
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site






Postez une question