CHARLEVILLE-MÉZIÈRES (Ardennes). Hausse des salaires et embauches supplémentaires. Reprenant les revendications nationales, les salariés du Carrefour carolo se sont fortement mobilisés.
UNE véritable démonstration de force. Hier, une grande partie de la journée, le parking du Carrefour à La Croisette est resté quasiment désert. Les salariés, dont 80 % d'entre eux étaient en grève, ont bloqué les quatre accès au centre commercial. Ils participaient à un mouvement national, à l'appel de FO rejoint par la CGT et la CFDT pour demander une hausse de salaires de 5 % et des embauches supplémentaires.
Une action d'autant plus spectaculaire que ce type de mouvement est rare au sein de cette entreprise de 360 salariés. Ces derniers espèrent qu'elle va peser lors de la réouverture des négociations annuelles obligatoires mercredi 13 avril.
Elles avaient achoppé sur le montant de la hausse consenti par la direction : 1 % en mars, 1 % en octobre et 7 % de remise sur achat : « Ça me fait 4 € par mois », commente Jocelyne Sartelet, employée au rayon textile à 29 heures par semaine depuis vingt-trois ans. « On n'est même pas à la limite du survivable. Quand on sait que Carrefour est numéro 2 mondial, mais pas nous », lance Valérie Mater, caissière depuis 23 ans.
Pour tous, les augmentations proposées ne sauraient suffire face à un coût de la vie en perpétuelle hausse et surtout face aux bénéfices exceptionnels qu'engrange le groupe chaque année : « 200 millions d'euros l'année dernière », lance Christelle et « les 6 milliards que vont empocher les actionnaires si le projet de scission du groupe est mené à bien ! », réprouve Dominique Prey, délégué FO. Avant d'ajouter : « Il faut savoir qu'on a beaucoup de dossiers de surendettement ici ».
Sous-effectif
Autre point central des revendications : la reprise des embauches. Depuis près de deux ans, le site carolo aurait perdu 40 postes, tous non-remplacés. De quoi dégrader les conditions de travail : « Avant je venais avec le sourire au travail, maintenant on n'a même plus le temps de se dire bonjour. Tout de suite aller en caisse parce qu'il manque du monde », explique Christelle regrettant un « manque de considération ».
Et Isabelle, « agent roller » de préciser : « Ici on ne remplace pas ni les maternités, ni les congés, ni les arrêts maladie ». Et les exemples pleuvent : « Cette semaine, aux fruits et légumes, il y avait 8 personnes en moins. Ils étaient deux, un le matin un l'après-midi » ; « En caisse, en janvier, on a compté jusqu'à 15 absences. Après les gens s'énervent, et ce sont les caissières qui prennent parce qu'il n'y a pas assez de caisses ouvertes ».
De quoi exaspérer ce jeune salarié : « Je ne demande pas des super s tickets restaurant, je veux juste pouvoir espérer travailler en nombre et qu'on soit remplacé c'est tout. Je ne m'attendais que dans une grande enseigne comme Carrefour, ça ne soit pas le cas ».
La décoration, les caisses, le standard (bientôt centralisé), l'administratif, autant de services qui auraient ou pourraient perdre des postes. « D'autant que les scans devraient arriver, normalement en juin 2011, c'est comme les caisses en libre-service, on va perdre des postes », prédit Dominique Prey.
Ce ras-le-bol général semble être à l'origine de la détermination des salariés : « S'il faut recommencer en mai, on va le faire. On ne peut plus continuer à croiser les bras, on s'arrange, fait des efforts, mais on trinque à la fin, il y a tant d'arrêt », prévient cette hôtesse de caisse.
Il est certain qu'hier les salariés ont frappé fort. Notons qu'en un samedi comme celui-ci, le Carrefour carolo effectue entre 500.000 et 600.000 € de chiffres d'affaires. Hier les allées des rayons étaient quasiment vides. A ce prix-là, les salariés vont peut-être obtenir gain de cause.
M.T.