BARBARA POMPILI est la première députée écologiste de Picardie. Âgée de 37 ans, cette native du Pas-de-Calais a remporté sous la bannière d'Europe Ecologie - Les Verts (EELV) la deuxième circonscription de la Somme lors des dernières législatives. C'est par le biais des liens entre la santé et l'environnement et un rapport sur les dangers du mercure dentaire que cette diplômée de l'IEP de Lille s'est orientée vers l'écologie. Attachée de presse de Noël Mamère lors de la campagne présidentielle de 2002, elle a ensuite été durant cinq ans l'attachée parlementaire du député Yves Cochet.
Durant la dernière législature, elle a occupé les fonctions de secrétaire générale adjointe du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) qui regroupait députés communistes et écologistes. Si elle connaît donc bien les rouages de l'Assemblée nationale, cette femme, qui partage la vie de Christophe Porquier, vice-président EELV du conseil régional de Picardie, a « l'impression d'avoir traversée le miroir » depuis son élection, car « connaître le fonctionnement, c'est une chose mais être devant c'est complètement différent et beaucoup plus difficile ».
Barbara Pompili n'a d'ailleurs pas eu beaucoup de temps pour s'adapter car les choses se sont accélérées dès son arrivée au Palais Bourbon. L'intéressée a en effet hérité, avec François de Rugy, de la co-présidence du groupe d'Europe Ecologie - Les Verts : « Ce n'était pas prévu mais en même temps, c'est un très beau défi. »
l'union : Accordez-vous de l'importance au fait que vous soyez la seule députée écologiste de Picardie ?
Barbara Pompili : Cela compte beaucoup pour moi. Même le député a un mandat national, j'estime que j'ai des comptes à rendre à tous les écologistes de Picardie. C'est un devoir pour moi de m'occuper de tous les sujets concernant la Picardie même si ce n'est pas dans ma circonscription.
EELV ne parvient pas à décoller électoralement dans l'Aisne. La ruralité et l'écologie sont-elles incompatibles ?
Il n'y a absolument pas d'incompatibilité comme le montre le fait que, dans notre groupe de députés, il y a deux agricultrices et un fils d'agriculteur. Je trouve que ce n'est pas mal sur 17. Au contraire, ruralité et écologie sont très liées. Mais, c'est à nous de nous reprocher de ne pas avoir su convaincre le monde rural de l'importance de l'écologie, c'est à nous de faire le travail. Il y a aussi beaucoup de gens qui ont intérêt à opposer les écologistes aux agriculteurs, les écologistes aux chasseurs. Alors que lorsque l'on parle ensemble, on est d'accord sur beaucoup de choses et on peut trouver des accords. Maintenant, il ne faut pas exagérer l'indifférence de l'Aisne vis-à-vis de l'écologie. Il ne faut pas oublier les grosses mobilisations d'élus et d'associations à propos des gaz de schiste. Les gens ont bien compris les enjeux et ont manifesté.
Jusqu'à présent, le conseil régional de Picardie était la seule instance où EELV avait un poids politique. Comment allez-vous travailler avec les conseillers régionaux écologistes ?
Je suis au début de mon mandat et je cherche encore mes marques. Mais, j'ai déjà des contacts avec les conseillers régionaux picards d'EELV. La semaine dernière, ils étaient en séminaire et ils m'ont invitée. Ils me font régulièrement passer des notes sur les gros dossiers de Picardie que je répercute soit en m'en servant d'exemples soit parce qu'ils méritent une discussion nationale.
Justement, concernant les grands dossiers picards, que pensez-vous du canal à grand gabarit, de la fermes aux milles vaches et des gaz de schistes ?
Avec le canal à grand gabarit, j'essaie d'être pragmatique. C'est une réalisation qui coûterait très cher, l'État devrait mettre la main à la poche s'il n'est pas rentable, il générera peu d'emplois par rapport à l'investissement et il poserait des problèmes environnementaux notamment parce que ce projet serait très gourmand en eau. En période de crise, peut-on se permettre une infrastructure si onéreuse ? Personnellement, j'en doute. La ferme des mille vaches, c'est exactement l'inverse de ce qu'il faut faire. On ne fait pas une ferme pour la méthanisation. José Bové a raison quand il parle de « la création d'une usine à merde ». Ne parlons même pas du bien-être des animaux. Pour moi, c'est l'inverse de la qualité et du terroir. Quant aux gaz de schiste, même si la fracturation a été interdite, nous devons rester vigilants car les exploitants qui ont été mis à la porter vont chercher à revenir par la fenêtre. La réforme annoncée du code minier est essentielle pour se prémunir face aux dangers des gaz de schiste. Après, on y verra plus clair. Mais, le fond du problème reste la recherche de pétrole ou de ce qui y ressemble, toujours plus profond, toujours plus cher. On ferait mieux d'investir pour en avoir moins besoin, il faut développer les énergies alternatives. On ne vivra pas plus mal et même mieux je crois.