Les ténors du PS, dont Jean-Marc Ayrault, ont dénoncé hier la stratégie du « ni-ni » érigée par l'UMP pour le second tour des législatives, estimant que la droite se préparait à conclure « une alliance » et à rompre le cordon sanitaire instauré de longue date autour du Front national.
Au lendemain de la décision, sans surprise, prise par l'UMP d'en rester à la stratégie dite du « ni-ni » (ni FN, ni Front républicain), les critiques à gauche sont allées crescendo, d'Arnaud Montebourg à M. Ayrault.
En déplacement dans les Hauts-de-Seine, le Premier ministre a dit vouloir « éclairer les Français » sur les véritables « intentions de l'UMP ».
« Je pense que l'UMP est en train de préparer une alliance stratégique avec le Front national. Alors, bien sûr, ils y vont par petites touches, mais ce + ni-ni + c'est une rupture avec ce qui s'est passé depuis très longtemps », a-t-il fustigé.
Alors que Jacques Chirac n'avait « pas transigé avec cela » - le PS n'hésitant pas en échange à voter pour l'ancien président en 2002 -, Jean-Marc Ayrault a reproché à l'UMP de « lâcher » sur ces principes « depuis cinq ans ».
« Je crois que c'était en marche avec Nicolas Sarkozy mais là l'UMP est en train de franchir un cap », a-t-il ajouté, avant d'adresser « un message à ceux qui n'ont pas voté pour François Hollande le 6 mai mais qui sont attachés à la République […] et qui savent que la République est au-dessus de tout ». « Je leur dis : "Vous avez l'occasion de dire non à cette dérive qui est en marche" », dimanche, lors du second tour des législatives, a clamé M. Ayrault.
Au retour d'un déplacement à La Rochelle pour soutenir Ségolène Royal, la première secrétaire du PS Martine Aubry a tenu des propos similaires. « Ce qui est grave aujourd'hui, ce sont les passerelles que l'UMP met de manière de plus en plus claire, nette, avec le Front national. »
Dans le collimateur de Martine Aubry, le candidat UMP des Bouches-du-Rhône Roland Chassain, qui s'est exprimé auprès de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute et « a retiré sa candidature pour soutenir le Front national contre Michel Vauzelle ». Mais aussi l'ancienne ministre Nadine Morano, qui en appelle « aux voix du Front national » dans ce même journal, lequel, aux yeux de la maire de Lille, « devient le journal officiel de l'UMP ».
« Nous sommes seuls aujourd'hui à défendre la République », a-t-elle asséné. « L'extrême droite avance dans l'UMP comme dans un gruyère », a estimé de son côté le numéro 2 du PS Harlem Désir.
Plus tôt, le ministre Arnaud Montebourg (Redressement productif) avait déjà affirmé que l'UMP était « sans le dire » dans une stratégie de recherche d'alliance.
De fait, si le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a jugé que la ligne de son parti vis-à-vis du FN était « on ne peut plus claire », la journée a laissé transparaître les tiraillements au sein de la droite.
L'ex-Premier ministre François Fillon, dont la position est perçue comme plus modérée que celle du secrétaire général Jean-François Copé, a estimé, dans une interview à Ouest-France, que Roland Chassain devait « être exclu » du mouvement.
Tandis que Henri Guaino, ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a critiqué les « leçons » de la gauche, le député UMP, Jean-Paul Garraud (Droite populaire), s'est interrogé sur la pertinence du « maintien d'un cordon sanitaire autour du FN », car « Les gens ne font plus la différence entre les partis au sein du bloc de droite. »