JEAN-MICHEL RENAUD est un homme en colère. Et même si la mésaventure qu'il a vécue remonte déjà à quelques jours, la pilule reste pour lui très dure à avaler.
A l'origine du courroux de cet habitant de la Soie ? Le refus des services d'urgence de venir prendre en charge son épouse, victime d'un malaise vagal. « Ça s'est passé un dimanche, vers 11 heures, raconte-t-il. Elle a perdu connaissance d'un coup, et ses yeux se sont révulsés. » Bref, l'angoisse totale. « Voir sa femme inanimée comme ça, c'est vraiment très dur à vivre, précise-t-il. D'autant que ce genre de malaise est toujours très impressionnant. Elle en avait déjà fait deux par le passé, mais je peux vous dire que dans ces cas-là, on panique vite. Et pour le coup, on ne sait jamais trop ce qui arrive réellement, si c'est un nouveau malaise vagal, ou quelque chose d'encore plus grave… »
Lors des deux précédents, les pompiers étaient à chaque fois intervenus. Jean-Michel compose donc le 18. Par réflexe. « Mais j'ai aussitôt été renvoyé vers le 15 », confie-t-il. Logique : « car les interventions à domicile qui ne relèvent pas d'une urgence vitale, comme ce type de malaise, ne font pas partie de nos attributions directes, explique-t-on au SDIS de Charleville (Service départemental d'incendie et de secours). Après, il arrive effectivement qu'on se déplace, mais tout passe d'abord par le médecin régulateur du SMUR* »
« J'ai été baladé »
En ligne avec le 15, Michel croit alors pouvoir bénéficier d'une assistance médicale. Erreur : « J'ai été baladé, peste-t-il. J'ai d'abord dû appeler les urgences de Dinant, qui pouvaient nous accueillir mais pas venir nous chercher. J'ai donc recomposé le 15. C'est là qu'on m'a fait clairement comprendre qu'il fallait que je me rende à l'hôpital par mes propres moyens. »
Or, problème, le Givetois n'a pas de voiture. « J'ai téléphoné à mon fils, à Vireux. Par chance, il a pu nous y emmener. Nous y sommes finalement arrivés vers 13 heures ! Heureusement, durant le trajet, ma femme allait quand même un petit peu mieux. Mais à un moment donné, j'ai vraiment cru que j'allais la perdre… »
Ce témoignage, autant motivé par la colère que l'incompréhension, a le mérite d'appuyer là où ça fait mal. De mettre en exergue les carences dont souffre notre territoire, et contre lesquelles milite, jour après jour, l'ASMUP 08. « Le vrai problème que l'on rencontre ici, dans la Pointe, c'est que les médecins n'assurent pas de gardes la nuit et le week-end, regrette la présidente de l'association, Simone Gérard.
Pour Joël Dujeux, un des membres de la structure, il est grand temps que « les pouvoirs publics et les élus fassent le nécessaire, afin que les usagers puissent être pris en charge correctement. »
Il y a urgence, en tout cas. « Faut-il attendre que quelqu'un y laisse la vie pour faire avancer les choses ? », s'interroge ainsi Jean-Michel Renaud, toujours aussi désabusé. Il faut dire que lui a eu peur. Très peur. Et que cette mésaventure-là, il n'est pas prêt à « l'oublier ».
* Service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR).