15 h 45, un déluge s'abat sur Hirson. Sous des trombes d'eau près de deux cent militants attendent François Hollande devant l'usine AML System. C'est là que le candidat socialiste a décidé de défendre la valeur travail.
« Ici on n'est pas riche, harangue François Hollande, on ne fait pas la différence entre le vrai ou le faux travail, ici on travaille. Quand on ne travaille pas, on veut du travail et le rôle du président c'est le travail pour tous ». Les mots trouvent un écho auprès de partisans détrempés qui reprennent en coeur «François, président! François, président!»
Reconquête du vote FN
En venant en Thiérache, François Hollande était aussi venu à la reconquête du vote FN. « L'Aisne a souffert de la désindustrialisation, de l'abandon du service public, de pertes d'emplois... après on s'étonne que des voix aillent sur des candidatures qui expriment la colère », lance-t-il. « Vous n'avez pas de ministre dans ce département ? » interroge le candidat socialiste. Une banderille directement plantée sur Xavier Bertrand, maire de Saint-Quentin, ville voisine.
Les piliers de cette terre historique de gauche ont vascillé dimanche. Si François Hollande arrive en tête du 1er tour à Hirson (30.7%), Marine Le Pen arrive derrière avec 25%. Elle arrive même en tête (30.1%) dans le paisible quartier des Champs-Elysées. « Au niveau local, on peut s’inquiéter des bons scores de Marine Le Pen, confiait Jean-Jacques Thomas, maire d'Hirson. « Par rapport à il y a 5 ans, il y a un transfert des voix qui s’étaient portées sur Nicolas Sarkozy, vers Marine le Pen ce dimanche. Tout cela nous autorise les plus grands espoirs pour le deuxième tour. » Pour Jean-Pierre Balligand, député de l'Aisne, l'inquiétude est toute aussi mesurée : « Au second tour, les voix de Marine Le Pen, si ce sont des votes contestataires, ne devraient pas bénéficier à Nicolas Sarkozy ».
Un signe des cieux ?
Dimanche, le candidat socialiste a recueilli 27.1% des suffrages, et arrive en tête dans les principales villes du département, même à Saint-Quentin, fief de Xavier Bertrand, où il capitalise (30.5%) à 5 points de Nicolas Sarkozy (25.82%). Dans l'Aisne, l'adversaire le plus sérieux est sans nulle doute Marine Le Pen qui réalise une véritable percée en accrochant la seconde place (26.3%), reléguant le président-sortant sur la 3e marche du podium avec 24.2% des voix. Un FN qui peut peser sur les prochaines législatives.
Au fil des minutes le ciel s'éclaircit. François Hollande y voit un beau présage : « C'est un grand moment que nous allons vivre, je pense que nous allons gagner, je le sens je le vois, je l'espère, je le veux.... Aller convaincre ceux qui ont fait un autre vote que le vôtre, aller convaincre de l'utilité de l'acte civique. Faite le sans haine, sans rancune, sans revanche. Il faut tourner la page des cinq ans qui nous ont paru si long ». J'ai entendu la colère je vous adresse un message de réconciliation. J'ai besoin de vous tous, j'ai besoin de toute la gauche mais aussi de tous les Français qui veulent redresser le pays. C'est une immense tâche qui nous attend, ça ne sera pas facile. Il faudra mettre les finances en bon ordre, réorienter l'Europe... Cette élection sera historique » prédit-il.
Alexandre Allard