(Aisne). PLUS d'un Axonais sur quatre a voté Marine Le Pen (26, 33 %), dimanche, lors du premier tour de la présidentielle, l'a plaçant ainsi en deuxième position derrière le socialiste François Hollande (27, 10 %) mais devant l'UMP Nicolas Sarkozy (24, 20 %).
Le FN a une carte à jouer
Cela ne suffit pas à en faire le département le plus frontiste de France, puisque le FN a obtenu 27 % des suffrages dans le Vaucluse, mais c'est largement suffisant pour provoquer un électrochoc dans les états-majors politiques… Si les candidats lepénistes aux législatives réitèrent le score de leur présidente, ils pourront se maintenir (en arrivant deuxième ou en réalisant plus de 12, 5 % des inscrits) dans les cinq circonscriptions du département
Un constat dont se réjouit, évidemment, Franck Briffaut, le secrétaire départemental du FN, lui-même candidat dans la 5e circonscription. « La ruralité du vote FN est de plus en plus affirmée dans le département. Ce n'est plus un vote protestataire mais un vote d'adhésion, qui est devenu une constante dans l'Aisne. On ne peut pas nous objecter que nous avons profité de l'abstention », analyse le conseiller régional frontiste, qui considère le département comme « une miniature de tous les problèmes qui se posent en France, ce qui prouve que l'immigration et l'insécurité ne sont pas les seuls moteurs du vote FN ».
Celui qui est aussi conseiller municipal de Villers-Cotterêts voit plus loin : « Pour les législatives, il y a une carte à jouer, c'est clair. » Forcément, il ne serait pas trop contre un petit coup de main : « Bien sûr qu'après avoir réalisé les meilleurs scores de Picardie, je vais demander à Marine Le Pen de venir dans l'Aisne. »
Pas de candidat de gauche
Un qui n'est pas surpris par la deuxième place du FN dans l'Aisne, c'est le communiste Jean-Luc Lanouilh. Dès novembre dernier, le candidat du Front de gauche dans la 4e circonscription avait mis en garde son camp face au danger de la multiplication des candidatures. « C'est confirmé et amplifié. Le vote Front national s'est enraciné, ce n'est plus un vote de protestation mais un vote structurel. Finies les abstractions, nous sommes devant la réalité. »
Dosière le moins inquiet
Le vice-président du conseil général n'hésite pas à décrire crûment cette réalité : « Dans la configuration actuelle, il n'y aura pas de candidat de gauche au second tour des législatives. » Ce qui risque de faire désordre dans la circonscription la plus à gauche du département. Les tractations entre états-majors nationaux, d'ores et déjà saisis de ce cas extrême, risquent d'être tendues… Le coup semble tellement bon à jouer que la droite tentera fort probablement de trouver un terrain d'entente entre ses deux représentants (l'UMP-MPF Isabelle Letrillart et le radical valoisien Charles-Edouard Law de Lauriston).
Les conséquences du maintien possible d'un candidat FN ne sont pas les mêmes partout. Dans la 5e circonscription, cette fois la plus à droite du département, c'est la sortante UMP Isabelle Vasseur qui pourrait être gênée par une éventuelle triangulaire, même si les scores des frontistes sont rarement au top face à un sortant de droite. À moins qu'un énième épisode de la guerre Krabal-Jourdain n'élimine la gauche dès le premier tour.
En revanche, dans la 1re circonscription, le quasi PS René Dosière, qui a gagné seul contre tous en 2007, est sûrement le moins inquiet des députés sortants, toutes tendances confondues.
Cas de figure encore différent dans la 3e circonscription, où le socialiste Jean-Pierre Balligand ne se représente pas. Il a adoubé Jean-Louis Bricout mais, dans l'hypothèse d'une triangulaire, il n'est pas sûr que ce statut de successeur désigné suffise face à la notoriété de l'UMP Frédéric Meura, opposant attitré depuis plusieurs années.
La gauche, consciente d'être desservie par le Front national en Thiérache et dans le Soissonnais, espère en bénéficier sur Saint-Quentin. La socialiste Anne Ferreira comptera sur une vague anti-Sarkozy et/ou une triangulaire pour déboulonner un Xavier Bertrand nullement démoralisé (lire encadré) par les résultats de dimanche sur sa ville et sa circonscription.
Jean-Michel ROUSTAND