IL n'a jamais relevé la tête. Ni pendant les réquisitions de l'avocat général, sauf à redire que c'était « à cause d'elle qu'il était là ». Ni pendant les plaidoiries de ses propres avocates, sauf à adresser un doigt d'honneur à l'avocat général. Norredinne Dif, alors même que la perpétuité était requise à son encontre, est resté fidèle à lui-même. Impassible, sans le moindre égard pour ses victimes, si ce n'est une compassion surjouée. « Je m'excuse. Je le regrette très sincèrement. Je le regrette tous les jours. Ça me dépasse ».
Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, après un délibéré expédié en moins de 2 heures, Norredinne Dif a simplement « remercié » les jurés.
Une peine conforme avec ce qu'avait requis avec force l'avocat général, Amélie Chappert, rappelant aux jurés les « conséquences » à ne pas prononcer une telle peine. « Aujourd'hui Norredinne Dif est libérable en 2022 pour les faits de 2005. Si vous décidez de ne pas prononcer la perpétuité, il sera libérable au plus tard en 2032. Il aura à peine 60 ans… Pour autant, c'est bien la perpétuité que vous devez prononcer. Il est coupable de faits barbares, de crimes réitérés… »
L'avocat général va alors insister sur « la monstruosité » de l'homme. « C'est la barbarie incarnée. Vous l'avez vu jouer avec cette main, se faire passer pour une victime, tenter de manipuler les débats… C'est cette même main qu'il a enfoncée avec une violence inouïe dans l'anus de la victime. Il a tout défoncé, son vagin, son anus… Et il ne s'est pas contenté de la violer, il l'a frappée, lui a fracassé la tête contre le mur. Et si ça, ce n'est pas de la barbarie qu'est-ce que c'est ? Si elle est vivante aujourd'hui, ce n'est certainement pas grâce à lui ».
Peu convaincue par les fausses excuses de l'accusé, Amélie Chappert a mis en garde les jurés. « Il a de la répulsion pour les grands-mères. Il ne les supporte pas. Vous ne pouvez pas vous laisser manipuler par Monsieur Dif. Il savait ce qu'il faisait. Il était totalement responsable. Il n'avait aucune altération de la pensée au moment des faits… Il est psychopathe et manipulateur. C'est un caméléon. Pendant trois jours, il a tenté de prendre la direction de ce procès. Tout comme il a tenté de mener les entretiens avec les experts. Il ne faut pas s'y fier… Depuis sa première condamnation en 2001, il ne cesse de recommencer des faits toujours plus graves, toujours plus horribles… Qui peut prendre le risque de ne pas le condamner à perpétuité ? Personne, parce qu'il recommencera. Il a déjà recommencé. Il récidivera. Il ne doit pas sortir ».
Les jurés ont suivi le parquet dans ses réquisitions. Norredinne Dif ne sortira pas de sitôt, sauf à faire appel de la condamnation, ce qui semble peu probable. A l'annonce de sa peine, il n'a laissé paraître aucune émotion. Il s'est simplement tourné vers le président Patrice Bresciani. « Je remercie les jurés » a-t-il déclaré avant de tourner définitivement les talons.
Caroline GARNIER