Publié le dimanche 06 mai 2012 à 11H00 - Vu 114 fois
fascinant. Une poignée d'îles jetées au milieu de l'océan, à 1 400 km des côtes portugaises pour la plus proche et à 2 000 km de Terre-Neuve pour la plus éloignée. Neuf morceaux de terre encore largement méconnus des touristes français. Neuf paradis pour les amoureux de la nature.
Cette destination est l'une des plus inattendues, ou plutôt des plus déroutantes de l'Union européenne. Visiter les Açores bouleversera forcément vos repères… et vous donnera envie d'y retourner au plus vite ! Car ces îles ont quelque chose de fascinant et de touchant. Une végétation luxuriante près des côtes, de type subtropicale, et des airs d'Irlande lorsqu'on prend de l'altitude. Vous pensez avoir à faire à des marins, vous découvrez que les Açoriens sont également éleveurs et agriculteurs.
Les tremblements de terre et les éruptions volcaniques ont ponctué l'histoire des Açores, provoquant souvent d'importantes vagues d'émigration, notamment vers l'Amérique. Depuis leurs premiers peuplements, par des Portugais et quelques Flamands dès le XVe siècle, les neuf îles composent avec les imprévus géologiques. Il faut dire que l'archipel est situé sur le point de jonction de trois plaques tectoniques, sur la dorsale Atlantique. Ces aléas naturels, ajoutés à des ressources relativement limitées et à un isolement réel, donnent à ces bouts de terre des allures de navires immobilisés dans la grande bleue. Il y a encore très peu de temps, la télévision n'était pas présente dans les foyers et les communications téléphoniques réclamaient beaucoup de patience. Les Açores sont aujourd'hui connectées au monde, dans tous les sens du terme, et tirent de cet isolement passé une sorte de sagesse qui n'échappe pas aux voyageurs. Toutes les îles disposent aujourd'hui d'un aéroport et sont reliées entre elles par un réseau maritime efficace et très bon marché. L'archipel est l'une des escales presque obligatoires des marins, lorsqu'ils traversent l'Atlantique, et ce depuis l'époque des grandes découvertes. Les Açores ont également servi de relais aux plus grandes sociétés de câbles transatlantiques jusqu'à la moitié du XXe siècle. Leur position demeure encore stratégique pour les forces de l'Otan.
L'archipel, qui est une région autonome du Portugal, peut se diviser en trois ensembles géographiques : Santa Maria et Sao Miguel forment le groupe oriental ; Flores et Corvo sont les deux petites îles les plus à l'ouest. Entre ces deux pôles, Pico, Faial, Terceira, Sao Jorge et Graciosa composent le groupe central. Chacun de ces ensembles à ses caractéristiques, et au sein de ces groupes d'îles aucune ne ressemble vraiment à ses voisines.
Concentrons-nous sur trois d'entre elles, au centre de l'archipel, que nous avons eu l'occasion de découvrir avec Melo Travel, l'un des meilleures voyagistes de la place : Terceira, Faial et Pico.
Terceira se distingue d'abord de Faial et Pico par son patrimoine bâti. Pourtant, le 1er janvier 1980, un terrible tremblement de terre a détruit la plupart des constructions à Angra do Heroismo, principale ville du sud de l'île. Un quart de la population s'est retrouvé sans toit, 61 personnes sont décédées. Mais la population a tout reconstruit à l'identique (y compris la cathédrale !), avec l'appui de l'Unesco, qui a inscrit l'agglomération au Patrimoine historique de l'humanité.
Le résultat est saisissant. Angra, deuxième ville de l'archipel, possède un charme unique, blottie au creux d'une anse dont elle tire la première partie de son nom. Protégée par des fortifications installées au sommet du Monte Brasil, à l'entrée de la baie, elle est sillonnée de rues pavées caractéristiques des agglomérations portugaises. Ses petites places paisibles et ses rues commerçantes invitent à l'errance. Comme toutes les villes de l'archipel, l'océan est indissociable de son histoire. Angra était autrefois une étape importante des vaisseaux portugais lorsqu'ils revenaient d'Afrique ou d'Asie. C'est d'ailleurs ici, au couvent de Sao Francisco, que Vasco de Gama a enterré son frère, Paulo, au retour de son premier voyage en Inde. Le port a également été la proie d'une foule de corsaires, dont Francis Drake.
Au début du XIXe siècle, les habitants de Terceira prirent position en faveur des libéraux dans la lutte qui les opposait aux absolutistes. Cet engagement valu à Angra d'être baptisée Angra do Heroismo, et Praia (dans l'est de l'île) devint Praia da Vitoria.
Ce passé est bien mis en valeur. Les plus curieux pourront faire un détour par le palais baroque de la famille Bettencourt qui abrite aujourd'hui une somptueuse bibliothèque publique.
Au Nord-Est, la ville de Lajes a contribué à l'essor de l'île depuis le siècle dernier, grâce à son aéroport militaire et civile. Sur cette piste stratégique et discrète, Pompidou et Nixon se sont rencontrés, ou plus récemment Georges W. Bush et ses alliés européens avant de partir en guerre en Irak. La base américaine sert de « station-service » aux forces de l'Otan, comme le disent volontiers les Açoriens. Jusqu'au 11-Septembre, les salariés de la base vivaient au milieu de la population. Les instructions ont ensuite changé : le personnel vit depuis en vase clos, presque sans aucun contact avec la ville. Les dividendes versés aux autorités pour l'utilisation de ce terrain sont devenus un enjeu majeur aux Açores. Depuis le début de la crise, l'archipel redoute un retrait partiel des forces de l'Otan. Les ressources demeurent limitées dans l'archipel. N'oublions pas que le salaire minimum ne dépasse pas les 450 euros net…
Le centre de l'île, quasiment inhabité, est laissé aux vaches. Celles-ci évoluent en plein air, dans de vastes enclos de pierres volcaniques qui structurent le paysage sur les flancs des cratères volcaniques. Les pâturages ne manquent pas, les pluies étant relativement abondantes (un dicton dit que toutes les saisons connues des continentaux se succèdent au cours de la journée). Terceira mise beaucoup sur le bétail, devenue une priorité économique. La production de fromage prend ces dernières années un essor étonnant. On peut également découvrir des taureaux sur les hauteurs de l'île. Terceira est réputée pour ses courses de taureau à la corde.
La viticulture, si importante autrefois, perd au contraire du terrain. Les vins açoriens, surtout les blancs, valent pourtant le détour. Les méthodes de production, uniques au monde, donnent ici aussi un type de paysage bien particulier près des côtes : les ceps de vignes poussent dans de petites alvéoles constituées de pierres volcaniques (curraletas). La vigne pousse sur un sol rocheux noir, un fond basaltique régulièrement chauffé par le soleil, qui maintient une température douce. L'effet néfaste des vents marins et des embruns est limité par la hauteur de ces murs que des mains patientes maintiennent en état. Pour combien de temps ? Peu à peu, les caves érigées pour la production viticole sont transformées en résidence principale ou secondaire. Jetez un œil au Musée du Vin à Biscoitos. Vous découvrirez le témoignage d'un savoir-faire artisanal, réuni par l'un des hommes du métier.
Les Açores eurent initialement pour fonction de devenir le grenier du royaume portugais. Ses premiers habitants défrichèrent les pentes de ces volcans inhabités pour cultiver du maïs et du blé en grande quantité. Aujourd'hui, le pain de maïs reste très apprécié, mais la production s'est profondément diversifiée. Les Français seront peut-être surpris de découvrir dans leur assiette la cohabitation de produits typiquement tropicaux (bananes, kiwis, fruits de la passion, patates douces, igname, etc.) et de mets qui leur sont plus familiers (fèves, choux, haricots…). Reflet du positionnement géographique de l'île.
Textes et photos : Sébastien Laporte
chalons@journal-lunion.fr
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Les dernières contributions
politinco
28/05/2012 à 18h28
un article qui donne envie de découvrir ces îles dont le nom est associé au fameux anticyclone.