Publié le lundi 20 février 2012 à 17H14 - Vu 250 fois
En 1950, l'industriel vosgien Georges Lang confia à Denys Pradelle la conception de ce "chalet à pattes" afin qu'il respecte l'environnement et offre un maximum de vues.
Photo Office de tourisme / Patrick Pachod
SAVOIE. 150 km de pistes conduisant directement aux portes des hébergements, deux palaces, dix étoiles au Michelin détenues par sept restaurants : Courchevel est l’une des stations les plus prestigieuses des Alpes françaises. Volontiers « bling-bling », elle mérite une visite hors des sentiers battus, à la découverte d’une architecture avant-gardiste qui a inspiré bien des stations voisines.
Difficile de regarder Courchevel sans être ébloui. Pas seulement à cause du manteau neigeux qui, à 1850 mètres d’altitude, présente les mêmes reflets que le diamant. Éblouissante, la station l’est aussi par ses boutiques de luxe, ses restaurants gastronomiques et ses spas, ses hôtels cinq étoiles et ses palaces où une jet-set internationale vient s’offrir de longues semaines de vacances.
Inaccessible ? Elle s’en défend. Attachante ? Sans aucun doute, à condition notamment de gratter un peu le vernis. Car Courchevel n’a pas toujours été ce nid d’aigle prisé des stars et des Emiratis. A sa création, ce n’était d’ailleurs pas sa vocation. Il faut savoir en effet que la station a été entièrement inventée sur un territoire vierge. Avant 1946, les espaces aujourd’hui occupés par les quatre « Courchevel » - Le Praz, le village ou 1550, Moriond ou 1650 et enfin Courchevel 1850 – n’étaient que des alpages parsemés d’abris rudimentaires.
En pleine Seconde Guerre mondiale, un citoyen britannique passionné de ski, Sir Arnold Lunn, fait des repérages dans les Alpes. Il cherche des domaines skiables à développer. Son attention est attirée par les trois vallées de la Tarentaise : Saint-Bon, Belleville et les Allues. Cette dernière accueille déjà Méribel tandis que Belleville verra, dans les années 60, la naissance des Ménuires.
Une station inventée sur un territoire vierge
Le conflit mondial à peine terminé, le projet « Courchevel » sera lancé sur les alpages de Saint-Bon. Il s’agit d’un concept nouveau. Sur une base vierge de tout village, le Département de Savoie, qui prend les choses en mains, souhaite développer une économie touristique à vocation sociale.
Pour cela, il faut appel à deux hommes, l’urbaniste Laurent Chappis et l’ingénieur des Ponts et Chaussée Maurice Michaud. Ces deux-là se sont rencontrés dans des circonstances particulières puisqu’ils étaient tous les deux prisonniers de guerre en Allemagne.
Ensemble, ils repèrent les pentes les mieux exposées au soleil et ont l’idée de faire converger toutes les pistes de ski vers le centre de la station. Ils entendent également intégrer la future station dans son environnement en préservant des zones boisées et en donnant à chaque quartier sa fonctionnalité.
Au cœur de la station, une zone pour les services, juste après une pour les commerces et les restaurants et enfin une zone pour les hébergements, directement desservis par les pistes. Ils inventent le concept « ski aux pieds ».
Une architecture originale
Non contents de créer une nouvelle génération de stations, ils font appel à des architectes qui vont, à leur tour, inventer de nouvelles constructions. Leurs trouvailles découlent des nouveaux besoins des citadins qui viennent skier dans les Alpes. Emilie, guide pour la fondation Facim (Action culturelle internationale en montagne) raconte : « Les toitures traditionnelles à deux pans posaient des problèmes. Des glaçons s’y formaient et risquaient de blesser quelqu’un en tombant. Les architectes ont imaginé des toits à un seul pan pour que la neige tombe d’un seul côté et des toits papillons qui permettaient de stocker la neige pour l’isolation de la maison et de récupérer l’eau à la fonte ».
Précurseurs sur de nombreux plans, les architectes ont également amélioré les systèmes d’isolation afin de mieux chauffer les habitations. Soucieux d’offrir des logements ouverts sur la nature, ils plaçaient les chambres au ras des pistes et les pièces à vivre à l’étage, pour bénéficier de la vue.
Adopté en mai 1946, le projet de station à vocation sociale n’a pas tardé à sortir de terre. En décembre de la même année, les premiers touristes inauguraient Courchevel 1850. A leur disposition : une route d’accès, deux téléskis, trois pistes balisées, un chalet privé et l’Hôtel départemental des Trois Vallées. La « station idéale » est née. Les règles de construction sont strictes. L’objectif est respecté. Il ne le sera pas longtemps…
Le temps des stars et des strass
Dans les années 50, un autre précurseur joue les bonnes fées de Courchevel. Le champion de ski Emile Allais devient directeur de la station et crée le service des pistes en faisant venir le premier engin de damage. Lui qui fêtera d’ici quelques semaines son centenaire reconnaît-il encore sa station ? Les années 60-70 ont bouleversé Courchevel. De nombreuses personnalités ont commencé à s’y presser. Alors que le projet d’origine visait à loger 5.000 personnes, la station possède aujourd’hui une capacité qui dépasse les 30.000 places. En 1961, Michel Ziegler crée le premier aéroport de montagne. L’altiport de Courchevel, qui reste le plus haut d’Europe à être déneigé toute l’année, propose alors des lignes régulières vers Paris et Genève. La clientèle qui descend des Pilatus de la compagnie Air Alpes recherche un hébergement haut de gamme. La vocation sociale de la station s’estompe au profit des hôtels cossus et des résidences de standing.
Retour à la « carte postale »
« L’anarchitecte » Laurent Chappis et l’ingénieur Maurice Michaud n’y peuvent plus rien : la station change et son architecture aussi. Depuis les années 80, plus aucun permis de construire n’est délivré pour les toits à un pan ou les toits papillons. Ce qui était révolutionnaire dans les années 50 n’est plus au goût du jour. Les touristes veulent de « l’authentique » : des toits à deux pans, de la pierre et des lauzes. Le cliché du village montagnard
Nombre d’anciens chalets se transforment. Pour éviter que toute trace des origines de la station disparaisse, trois constructions ont été classées : le chalet Joliot-Curie, l’église et le surprenant « chalet à pattes » qui, l’an dernier, faisait l’objet d’un permis de démolition. Au gré des balades à ski, à pied ou en raquettes, levez le nez et observez les chalets. Du village à Couchevel 1850 en passant par Moriond, vous apercevrez sûrement quelques exemplaires de cette architecture conceptuelle des années 50. Certes, ce qui était novateur et moderne après guerre semble aujourd’hui démodé et parfois même défigurant. Pourtant, cela fait partie intégrante de l’histoire de la station, de son authenticité. Très loin d’un certain bling-bling…
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Accès
La station de Courchevel est située à seulement deux heures des aéroports internationaux de Genève Cointrin et Lyon Saint-Exupéry, à 30 minutes de la gare SNCF de Moûtiers Salins (desservie par le TGV, l’Eurostar et le Thalys) et 1h20 de celle de Chambéry. Elle est également reliée à des réseaux routiers et autoroutiers de qualité.
Hébergement
Du Praz à Courchevel 1850, la station dispose de 45 hôtels. S’il est vrai qu’elle compte de très nombreux hébergements haut de gamme - deux palaces, douze 5 étoiles, deux autres en attente d’homologation et 8 quatre étoiles dont un luxe -, elle propose également des gîtes et des résidences de vacances moins onéreux.
Plus d’infos sur www.courchevel.com
Lectures
L’anarchitecte de Philippe Revil paru aux éditions Guérin raconte la carrière de l’urbaniste qui contribua à la naissance de Courchevel. Laurent Chappis faisait passer la montagne avant tout car, pour lui, elle était « architecture ». Pour inventer ses stations, il s’est servi de ses pieds, arpentant des mois durant les recoins du paysage.
Intransigeant, Laurent Chappis a quitté Courchevel quand il a senti que la station prenait un tour « folklorique et superficiel ». Flaine, selon lui, allait devenir une station béton et les Ménuires défigureraient la montagne. L’ouvrage de Philippe Revil évoque un homme qui, à l’heure du développement durable, peut être considéré comme un visionnaire.
Dans Courchevel airport de Michel Kossa paru aux éditions Cepadues, c’est un long survol des Alpes qui est proposé au lecteur. Aux commandes de son Piper Cub équipé de skis, l’auteur fait partager sa passion pour la montagne et l’aviation, de la Mer de glace aux cols des Trois Vallées en passant par les parois des Drus et les glaciers de la Vanoise.
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