Publié le mardi 30 décembre 2008 à 01H00 - Vu 3 fois
Dire qu'il prétendait effrayer les animaux sauvages…
Exceptionnellement, cette histoire débutera par la chute. Il ne s'agit pas, ici, d'une fin originale et inattendue, mais d'une culbute. Une rencontre brutale avec le sol d'une hauteur de 1,20 mètre, dont aurait été victime un « échassier » à l'entrée de Rethel en 1891. Cette aventure est racontée par Hubert Delobette dans un ouvrage intitulé Les plus grands farfelus français (Le Papillon Rouge Éditeur 2008) au milieu de récits concernant des hommes-orchestres, des femmes à barbe et des originaux parmi les plus extravagants. Après avoir gravi les 1.600 marches de la Tour Eiffel, inaugurée pour l'exposition universelle de 1889, Sylvain Dornon, un berger landais devenu boulanger, se mit en tête de rallier Paris à Moscou sur des échasses ! Financée par le journal « L'Illustration », son extraordinaire aventure débuta le 12 mars 1891 à 9 h 30, place de la Concorde.
Sorti du pétrin ?
Une bien étrange façon de se sortir du pétrin. L'auteur de l'ouvrage nous affirme que la traversée des Ardennes fut rude : « Dans la commune de Rethel, à la porte des Ardennes, la foule se presse autour de lui et un enfant se jette par mégarde entre ses échasses. Le globe-trotter ramasse une magnifique bûche. »
Version différente dans le Petit Ardennais
Consulté aux Archives départementales, Le « Petit Ardennais » des 17 et 18 mars 1891 donne une version différente. Certes, les enfants de Rethel accueillirent l'échassier : « Il a fait son entrée au crépuscule, ayant tous les gamins de la ville à ses trousses, la population de la ville formant une haie sur son passage ». Mais le « Pétard » attribue la responsabilité de la chute aux Rémois : « C'est ainsi qu'à Reims, les curieux lui ont fait faire une chute, heureusement sans gravité ».
Quoi qu'il en soit, l'enthousiasme des Ardennais n'est pas contestable. Cette lettre reçue d'un habitant de Tagnon en témoigne : « Hier dimanche, à 5 heures du soir, Sylvain Dornon, le célèbre échassier landais, en route pour Moscou, a traversé notre commune, escorté par la presque totalité de la population. Sur la gracieuse invitation de M. Vaillant, maire, il a consenti à descendre de ses échasses pour prendre une flûte de champagne qu'il a sablée de bon cœur et avec grande jovialité. Il ne paraissait nullement fatigué. Au bout de dix minutes il nous a quittés emportant tous nos vœux pour le succès de son entreprise, quelque peu téméraire, et nos compliments affectueux pour nos bons amis les Moscovites. »
Rien ne fit renoncer Sylvain Dormont, pas même la tempête de neige qui le cloua le 19 mars à Libramont-Recogne en Belgique. C'est en 58 jours de marche qu'il réussit à franchir les 2.850 kilomètres qui séparaient Paris de Moscou, à la moyenne de 50 kilomètres par jour. Après quelques repos et une présentation au Tsar Alexandre III, le boulanger landais regagna la France par le train et entra dans sa ville dans l'indifférence générale. Arcachon n'avait pas préparé le moindre comité d'accueil.
Nul n'est prophète en son pays !
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