Publié le lundi 15 février 2010 à 10H54 - Vu 40 fois
LA révélation, je l'ai eu en colonie de vacances dans les Pyrénées. C'est là, moi l'homme des plaines, que j'ai découvert la neige et le ski. » Cette confession émane de la bouche de François Bonlieu alors qu'il se confiait au journaliste Robert Chapatte à l'issue des JO d'Innsbruck (Autriche). La cité alpine autrichienne restera à jamais comme celle qui a couronné sur le tard l'un des plus grands skieurs que le ski français a connu. A l'époque, Innsbruck et Bonlieu ne font qu'un !
Atypique et surdoué
François Bonlieu décroche l'or olympique à la surprise générale alors que les jeunes Killy ou Lacroix avaient la faveur des pronostics. Atypique, le Juvincourtois n'a pas été un champion comme les autres.
Une technique de glisse spécifique, inimitable, lui confère un équilibre incroyable (il était le seul de l'équipe de France à pouvoir skier avec un seul ski !), idéal pour les slaloms et le géant. D'ailleurs, beaucoup diront que la virtuosité et l'adresse de Bonlieu ne le soumettaient plus aux effets de l'apesanteur. « Il est la légèreté même » confiera le grand Jean-Claude Killy à Robert Chapatte.
Pourtant, l'Axonais n'est pas le plus beau à voir skier. Un corps raide - on a dit qu'il skiait debout - trop sur les talons, un jeu de bras d'une grande sobriété mais c'est au niveau du bassin que le Picard faisait la différence. Un mouvement parfait qui part des hanches et qui se poursuit, telle une ondulation, au niveau des genoux. Le garçon s'enroule littéralement autour des piquets !
Sans la venue du second conflit mondial, le ski français n'aurait jamais découvert François Bonlieu. Né en 1937, le garçon fuit l'Aisne avec Edith, sa sœur, et sa mère en direction de la Haute-Saône. Sa mère, directrice de colonie, lui fera découvrir ses premières joies hivernales dans les Pyrénées. Ce sera le coup de foudre, François n'a que 9 ans mais devient très vite un mordu des spatules. Un nouveau déménagement en Haute-Savoie transformera l'adolescent qui, malgré son statut d'autodidacte, parvient à séduire les sélectionneurs tricolores conscients de détenir une petite pépite entre les doigts.
Il découvre l'équipe de France à 15 ans, obtient une médaille d'argent aux championnats du monde de 1954 en géant alors qu'il n'a que 17 ans. On parle alors de virtuose et il récupère le surnom de Petit Prince des neiges. Sa morphologie en fait le skieur idéal pour slalomer entre les piquets. Mais chaque médaille a son revers, sa légèreté va le handicaper en glisse pure puisqu'il ne peut lutter avec les poids lourds de la descente en matière de vitesse. Cela restera toujours sa plus grande frustration.
Alors que sa sœur a épousé Jean Vuarnet, médaille d'or en descente au JO de 1960, François demeure un solitaire dans l'âme. Il connaîtra une période creuse dans sa carrière qui correspond au service militaire et à la guerre d'Algérie d'où il reviendra très marqué.
A son retour, il se plongera à corps perdu dans le ski sur les pentes du massif des Aiguilles rouges près de son refuge chamoniard. Un travail de longue haleine qui le ramènera au plus haut niveau avec une victoire à l'Arlberg-Kandahar en 1963 et une médaille d'or en géant aux championnats du monde d'Innsbruck… en 1964. Quelques semaines seulement avant de décrocher l'or olympique sur cette même piste !
Frédéric HOURIEZ
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