Publié le jeudi 03 février 2011 à 11H24 - Vu 164 fois
Pendant 27 ans, Danielle et Gilles Bardelay ont dirigé la revue « Prescrire » depuis leur maison de Francheval.
SEDAN (Ardennes). Avant de s'occuper du «Petit Théâtre» et d'actions culturelles, Gilles et Danielle Bardelay ont dirigé deux revues médicales et tiré la sonnette d'alarme dès 1976 à propos du Médiator.
A Francheval, qui ne connaît les époux Bardelay et leur Petit Théâtre ? Ce couple modeste et discret a été pendant trente ans la référence majeure du milieu médical, à travers les deux revues qu'ils ont fondées.
Alors qu'ils ont transmis depuis trois ans le témoin du magazine Prescrire à une nouvelle équipe (lire par ailleurs), le Médiator dont ils n'ont cessé de dénoncer les effets nocifs est depuis plusieurs semaines sous les feux de l'actualité.
Signal d'alarme
Dès la sortie de la « découverte » des Laboratoires Servier, en 1976, Gilles et Danielle Bardelay - lui, médecin, elle pharmacienne - tirent le signal d'alarme. Et qu'écrivent-ils dans les pages de Pratiques, premier journal qu'ils ont lancé avant Prescrire ? Que le Médiator c'est du « benfluorex », donc un anorexigène comme toutes les substances en orex, (selon la nomenclature de l'OMS, organisation mondiale de la santé), et un dérivé de l'amphétamine et du Pondéral, retiré du marché en 1997 comme l'Isoméride.
Et que les médecins feraient bien de ne pas le prescrire, ses effets n'étant pas évalués précisément. D'autant que « l'expérience des antidiabétiques oraux est particulièrement instructive ». Certes, soulignent les rédacteurs qui signent sous le nom de « James Lanarque », ils font baisser la glycémie, mais « il semble de plus en plus probable que ces produits augmentent la mortalité des diabétiques par maladie cardiovasculaire. »
Bref les signaux rouges sont allumés ! Par la suite les effets indésirables du Médiator sur les valves du cœur et les vaisseaux du poumon, ont été plusieurs fois pointés par les vigies de l'industrie pharmaceutique. Notamment dans un dossier publié par Prescrire en 1997 et qui sera à l'origine de l'enquête menée par Irène Franchon, pneumologue brestoise qui a révélé l'ampleur de ce drame sanitaire, cause de nombreux décès, entre 500 et 2000.
D'autres médicaments
Question inévitable : pourquoi les autorités sanitaires n'ont-elles pas tenu compte des analyses de Prescrire, compte tenu du sérieux de ses articles ?
L'ex-rédacteur en chef ne mâche pas ses mots : « Elles sont dans une complète soumission aux contingences industrielles et l'agence française du médicament est entièrement financée par l'industrie. La plupart des experts sont soumis à la carotte que les fabricants leur tendent sous le nez ! »
Et de s'étonner que des ministres annoncent régulièrement des mesures pour assurer l'indépendance de la pharmaco vigilance « alors que celle-ci est prévue dans les textes mais n'a jamais été appliquée ».
Les fondateurs de la revue Prescrire ont déjà pu obtenir le retrait de médicaments jugés inefficaces voire toxiques. Comme le Ticlid. « La revue est très lue, elle est devenue un vrai contre-pouvoir » se réjouit Gilles Bardelay. Chaque année, Prescrire publie un palmarès des médicaments. Donc certains sont « à éviter résolument. » Le Médiator n'est pas seul sur la liste.
Dominique BERTHÉAS
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