Publié le mercredi 20 mai 2009 - Vu 97 fois
Le hall du bâtiment B de cité U Teilhard de Chardin ne donne pas vraiment envie.
Christian LANTENOIS
CETTE année, plus de 22.000 étudiants auront posé leurs fesses sur les bancs des facultés rémoises. Du moins, avant les blocus. Un effectif en augmentation constante depuis 2002.
Cet accroissement de la population estudiantine, c'est une véritable fontaine de jouvence pour une ville comme Reims qui perd des habitants. Mais les logements étudiants ne commencent-ils pas à montrer quelques signes de vieillesse ?
« Pas plus pourri qu'ailleurs »
Cité Gérard-Philipe, à mi-chemin du campus des Sciences et de celui des Lettres, le bâtiment est austère mais propre. Rien en trop. Benoît, 23 berges, est dans ce bâtiment depuis deux ans. Il se dit plutôt satisfait de ce que lui offre le Crous.
Bruno* sort de la douche. Il s'essuie encore les cheveux en nous conduisant à sa chambre. Pas de lumières dans le couloir. « Ça arrive… » On pénètre dans son antre. Neuf m2 bien garnis. Un plant de marijuana sur la table prend le soleil du matin. « C'est un peu glauque de vivre dans cette résidence et surtout, ça fout les boules quand on voit que le Crous a construit des nouvelles structures à deux pas. »
« Ça fout les boules »
« J'ai vu des chambres dans une autre ville où j'ai étudié. Ça n'avait rien à voir c'était vraiment crade. Les faux plafonds tombaient… » Changement de ton et de décor à quelques enjambées de là, près de la faculté des sciences. Résidence Teilhard-de-Chardin. Au pied d'un escalier, un caleçon traîne négligemment, des emballages papiers l'accompagnent. Lorsqu'on lève les yeux au-dessus de la porte, on aperçoit des lattes cassées qui ne cachent plus du tout l'évacuation des eaux. La laine de verre tombe sur les étudiants qui rentrent dans le bâtiment. Pour les toilettes, rien d'extraordinairement clean. Deuxième étage, une fenêtre est brisée, rafistolée avec de l'adhésif. Le lot malheureusement quotidien de dizaines d'étudiants.
Il y a deux ans, des résidences standing sont sorties de terre. Mais bien évidemment, elles ne peuvent pas accueillir tous les étudiants. « Il faut renouveler le parc des logements étudiants, c'est un fait que nous réclamons régulièrement. Certains locaux ont une trentaine d'années et malheureusement rien n'a été fait pour les garder dans de bonnes conditions.Aucun travaux de réfection. Tondre les pelouses, c'est facile et ça se voit de l'extérieur. Il faudrait peut-être et avant tout réparer les douches qui ne fonctionnent pas et les lavabos qui se barrent en couilles », balance Mélanie, étudiante très remontée contre le Crous.
T.D.
*Le prénom a été modifié.
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La galère des non-boursiers
Il y a donc ceux qui peuvent bénéficier d'une chambre par l'intermédiaire du Crous. Il y a aussi les étudiants qui habitent chez leurs parents. Les veinards. Et puis, il y a ceux qui ne touchent pas de bourses et qui doivent utiliser le système D. Et ils sont nombreux dans ce cas. Le parc locatif des chambres et des studios des particuliers est relativement conséquent à Reims. Mais les propriétaires, avec les étudiants en particulier, sont souvent peu regardants sur les locaux qu'ils mettent à disposition. Samuel a 23 ans. Cet étudiant en lettres classiques après avoir galéré et visité beaucoup d'appartements vit près de la place d'Erlon, au cœur de la ville.
« Authentique, ça veut dire crade »
« Cet hiver, j'ai dû tout calfeutrer. Même avec le chauffage à fond, la température ne dépassait pas les 14 degrés. Pendant deux nuits, j'ai même dû aller chez des amis à cause du froid. J'ai demandé à mon propriétaire de faire quelque chose. Il m'a répondu que si je n'étais pas content, il y avait plein d'étudiants seraient intéressés. Je me suis écrasé. » Sa fenêtre bringuebale, son évier est mort et sa douche montre plus que des signes de faiblesse. « Il n'y a pas que dans les résidences universitaires où la situation est difficile. J'ai visité des appartements bien pires. De véritables taudis. J'ai appris à les détecter à travers les annonces. Souvent les propriétaires déclarent que les appartements sont authentiques. En clair, ça veut dire vieux et crade », sourit l'étudiant. Samuel loue son studio pour un peu plus de 400 euros pour mois.
Qui plus est, cet appartement n'est pas conventionné. Il ne l'a appris qu'après. Donc pour les APL et les ALS, il faudra repasser. « Lorsqu'on n'est pas boursier ou étranger, ce n'est pas pour ça que c'est plus facile. Nous sommes une majorité mais nous sommes oubliés », bougonne le jeune homme. Il s'en va. Il doit partir travailler pour payer son loyer. Il fait attention en descendant les deux étages, la rampe n'est pas bien fixée.
D'autres ont de la chance
Clément a du pot. Il est étudiant en deuxième année de droit. Lui, c'est un privilégié. Il travaille durant les congés d'été pour se mettre un peu d'argent de côté. Mais pour son appartement, ce sont ces parents qui paient. « Je me sens très chanceux. C'est vrai que je vois beaucoup de mes collègues qui ne sont pas logés à la même enseigne que moi. » Avec son studio vers Courlancy, Clément bosse bien. Il n'a jamais redoublé et ses notes sont plus que satisfaisantes depuis le début de son cursus. D'ici à dire que la réussite des examens est étroitement liée aux conditions de logements, et donc au bien-être, des étudiants, il n'y a qu'un pas qu'il ne faut surtout pas hésiter à franchir. De ce côté aussi, l'égalité a encore du chemin à faire.
T.D
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