Publié le mardi 26 juin 2012 à 11H00 - Vu 262 fois
Joseph Zimet a dressé un panorama des commémorations de 2014 : le monument de Saint-Charles sera-t-il au rendez-vous ?
En invitant des historiens du patrimoine de 14-18, la SHAS a marqué samedi une première étape dans son projet de sauvegarder l'édifice qui menace ruine.
BATTRE le fer pendant qu'il est chaud. Suite à la mobilisation de la Société d'histoire et d'archéologie du Sedanais pour empêcher la destruction par la municipalité, du monument aux morts allemand de 14-18, un colloque réunissant une douzaine d'historiens spécialistes de cette période s'est tenu samedi à Sedan.
Objectif, élargir le débat et « prendre un peu de hauteur » sur ce sujet qui depuis quelques mois suscite des échanges animés entre la ville soucieuse d'assurer la sécurité autour d'un édifice très dégradé, et la SHAS qui veut le préserver.
Car le cas de Sedan est loin d'être isolé. De nombreuses communes sur le front ont hérité de ces témoignages qui dès lors qu'ils n'abritent plus de sépultures sont la plupart du temps abandonnés.
D'où la question : que faire de ce patrimoine ? « Rien » a suggéré un spectateur « germanophile » : « Laissons les Allemands entretenir leurs monuments et les autorités françaises les leurs. » « Le déconstruire par implosion » a lancé au milieu des travées Jean-Jacques Ninnin, sur un mode plus provocateur.
La cannibalisation du patrimoine
Mais les historiens n'étaient pas venus pour étayer cette thèse. Même si pour Arndt Weinrich, chercheur à l'Institut historique allemand, « après la Seconde Guerre mondiale, il n'est plus possible d'instrumentaliser » ces édifices, symboles « de la virilité masculine guerrière. »
« Faut-il les abandonner ou en faire les supports d'une politique mémorielle ? » a interrogé André Loez, professeur agrégé de classes préparatoires, et membre du CRID 14-18 (collectif de recherche international et de débat).
Pour Philippe Olivera, également du CRID, la question touche particulièrement les Ardennes. « Quelque chose s'est cristallisé, et c'est peut-être ce qui pose problème. Dans le sud du département les traces mémorielles sont captées par Suippes ou Verdun. Le patrimoine ardennais est en train de se faire cannibaliser. »
Et d'ajouter : « Il est sûr que l'on ne peut rien en faire de manière isolée. À Sedan, il faudrait l'inclure dans un projet mémoriel plus large. L'idée n'est peut-être pas mûre mais il ne devrait pas y avoir besoin de grosses contorsions pour y parvenir. »
Pour Antoine Prost, qui présidait le colloque, le monument pourrait devenir le symbole de la fin d'une guerre qui a vu naître « la crise de la légitimité de l'État » notamment dans son pouvoir d'envoyer des hommes se faire tuer.
Dans l'amphithéâtre où 80 à 90 personnes avaient pris place, dont Violette Rouchy-Lévy, directrice des archives départementales, plusieurs exemples de « sauvetages » réalisés à l'initiative d'associations, de collectivités ou de privés, à Falaise, Saint-Quentin ou Péronne, ont été présentés.
Le tourisme de mémoire y a beaucoup contribué.
« Mémoire partagée »
Pour Sébastien Haguette, président de la SHAS, « ce monument doit être partie prenante de la philosophie européenne et du plus jamais ça » et devenir le lieu « où la mémoire partagée prend forme. » Un dossier pédagogique pourrait être envisagé selon Nicolas Offenstadt, maître de conférence à Paris I.
Dans la perspective des commémorations de 14-18, présentées par Joseph Zimet, directeur général de la Mission du Centenaire, la SHAS se dit prête à retrousser les manches. Le maire (absent excusé comme la sous-préfecture) a déclaré ne pas vouloir mettre plus que la somme budgétée pour la destruction du site, soit 13 000 €. Pour Martin Blum, un Allemand venu témoigner, « il y a là le moyen de retrouver notre honneur perdu dans les années 30 et 40. »
Et de suggérer de reconstituer la liste des soldats allemands inhumés à l'origine sur ce site, afin de contacter les landers.
Un travail de longue haleine. Sedan étant ville hôpital a vu converger des militaires de toutes unités et tous horizons.
La SHAS compte lancer une souscription internationale et espère en tout cas « aboutir pour 2014. »
Dominique BERTHÉAS
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Les dernières contributions
champardennais
27/06/2012 à 14h32 | 1
Ai-je bien lu ? Depuis l'irréparable décès de Jacques Marseille (Paris I Panthéon-Sorbonne), Antoine Prost passe pour l'historien français le plus renommé (il est d'ailleurs de cette même institution, sans véritable rivale en France). Monsieur Offenstadt est l'une des étoiles montantes du système universitaire.
La présence de ces deux experts à Sedan, en nos vertes Ardennes, est un événement de grande portée ; ce que l'article peine à souligner.
Le parisien que je suis constate régulièrement la toujours forte notoriété dont jouit le chef-lieu de l'Est ardennais, en la capitale de France. Mais là, c'est un 'coup' énorme réalisé par la S.H.A.S. ! Bravo Mesdames & Messieurs !
Sur le terme long, il devrait être possible de trouver les fonds nécessaires ; en n'oubliant pas qu'il s'agit de promouvoir le Département à travers sa ville la mieux dotée en patrimoine (un bon millénaire quand même) ; & que l'occasion est belle de nourrir le flux régulier des visiteurs allemands, désormais portés par les meilleures intentions.
On appelle ceci un investissement.
janick08
26/06/2012 à 15h06
Je suis avant tout un passionné d'histoire, et c'est à ce titre que je commente cet article.
Bien sur le mémorial à toute sa place au cimetière St Charles à Sedan, toutefois je n'ai pas oublié la fameuse plaque apposé au chateau-fort de Sedan que l'armée Allemande a transformé en lieu d'extermination. Il me semblerait pour le moins troublant que l'argent de la nation en général, ou celui des ardennais voir des Sedanais en particulier servent à restaurer ce monument. Ce monument est Allemand, si l'Allemagne ne tient pas à financer cette rénovation, ce n'est pas à nous de le faire. La crise est là, Je pense d'abord aux Ardennais qui souffrent! Bien entendu si les Allemands changent d'avis et souhaitent financer la rénovation, et bien j'en serais ravis