Publié le vendredi 27 novembre 2009 à 01H00 - Vu 72 fois
LIMPIDE. Pour ces deux pêcheurs qui plongent régulièrement leurs lignes dans la rivière Aisne, pollution il y a ! À deux pas de la station d'épuration de Pommiers, ils tournent le dos à l'installation lorsqu'ils taquinent le poisson. « D'habitude, l'eau est claire, il n'y a pas de problème. Mais c'est récurrent, il y a ça qui sort du tuyau », pointent du doigt Bernard Donnet et Alain Dupont. Dans le prolongement de leur index, débouche dans l'eau une purée marron, épaisse et tourbillonnante. Sous la surface, on ne distingue pas âme frétillante.
« Parfois on voit déboucher des torchons, des serviettes… Le reste est compact, c'est huileux », décrit, écœuré, Bernard Donnet. « Ça arrive un peu trop souvent. En tout cas le problème survient le week-end mais aussi en semaine. Ça fait des années que ça dure. Ils lâchent toute la merde », renchérit Alain Dupont. Dans ce « Ils » générique, les deux membres de l'association de pêcheurs de Soissons soupçonnent la station d'épuration de l'agglomération du Soissonnais.
« Santé publique »
Pour les deux hommes, l'objectif n'est pas de remuer la m… pour le plaisir ou de se plaindre du peu de poissons au bout de leurs hameçons, même si « avant, on faisait des perches ici. Aujourd'hui, on ne va pas faire grand-chose. » Il s'agit pour eux « d'un problème de santé publique. En face il y a des gamins ». Ceux de l'association des voiles du Soissonnais qui peuvent fortuitement tomber à l'eau. L'idée fait froid dans le dos des deux compagnons de gaule.
« L'impact »
S'il ne fait aucun doute pour eux que cette substance peu engageante à y plonger l'orteil est polluante, aucune analyse scientifique ne le prouve.
Du côté de la station d'épuration, Dominique Porcu, le responsable, ne veut pas croire que l'équipement « performant, au top », est à l'origine d'une pollution dans la rivière. Visite de l'installation et description de son fonctionnement à l'appui, lui et son équipe veulent prouver leur bonne foi et la qualité de l'eau rejetée dans l'Aisne. « Nous avons une autosurveillance en place, on a un échantillonnage tous les jours, 24 heures sur 24. Une anomalie n'est pas dans notre intérêt, défend-il. Il n'y a pas de délestage de boues. » Dominique Porcu n'est pas à court d'arguments : « On fait des prélèvements en amont et en aval du rejet dans la rivière pour voir quel est l'impact. Ils ne sont pas obligatoires mais c'est intéressant pour nous de voir l'impact sur le milieu naturel. Et il est positif. »
Clair comme de l'eau de roche. Véolia, qui gère la station, est « responsable de l'eau rejetée jusqu'à sa clôture ». Reste à trouver la source du problème.
Ludivine BLEUZÉ
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