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Lilian Thuram en clair-obscur

Publié le lundi 08 mars 2010 à 11H00 - Vu 135 fois



La publication de votre livre, « Mes étoiles noires » (*), est-elle un prolongement de votre engagement et du travail de votre fondation ?
« C'est la première manifestation de la fondation Education contre le racisme. Pendant très longtemps, on a eu un discours moralisateur autour du racisme et aujourd'hui il faut accompagner la morale par de la connaissance pour remplacer les croyances et pour déconstruire le mécanisme du racisme.
J'ai eu énormément d'étoiles lorsque j'étais à l'école, beaucoup d'étoiles blanches, Socrate, Baudelaire, Einstein, Marie Curie, Mère Teresa… et je me suis dit que je n'avais pas eu d'étoiles noires. Quand je demande aux personnes de me citer leurs cinq étoiles noires, ils prennent soudain conscience qu'ils n'en ont pas…
Mais comment en vouloir aux enfants quand on observe notre société ? Dans l'inconscient général, ces représentations sont toujours inscrites. Le jour où ces enfants auront aussi des étoiles noires dans tous les domaines, les préjugés tomberont ».
Et vous, depuis quand vos étoiles noires vous parlent ?
« Quand je suis arrivé des Antilles à Bois-Colombes, à l'âge de 9 ans, je me souviens qu'il y avait un dessin animé qui passait à la télé, qui s'appelait La noiraude. C'était une vache noire un peu stupide et dépressive qui appelait sans cesse son docteur… Et certain de mes camarades me surnommaient La noiraude. C'est là que j'ai commencé à me poser des questions. Pourquoi la couleur de ma peau était chargée de connotation négative. Ma mère n'avait pas de réponse, les gens autour de moi non plus… »
« Il n'y a pas de fardeau blanc et il n'y a pas d'intelligence blanche »
Mais vos étoiles noires ?
« La première fois que j'ai entendu parler des peuples Noirs à l'école, c'est par le biais de l'esclavage. Mais que faisaient-ils avant ? Je n'ai pas osé poser la question…
Et je ne me posais pas la question des étoiles noires puisqu'il n'y en avait pas. Je ne sais pas à quel âge, j'ai eu conscience de ces étoiles, mais c'est en dehors de l'école, en rencontrant des personnes comme l'égyptologue Alain Anselin qui enseigne à l'université des Antilles… »
Il a été un des éveilleurs de votre conscience ?
« En effet dans une société où il y a peu d'étoiles noires, en dehors des sportifs et des chanteurs, il y a le risque de se sentir victime, par exemple autour de l'esclavage. C'est vrai que la façon dont on m'a appris l'esclavage laisse penser que c'était une confrontation entre Noirs et Blancs. Or l'esclavage était avant tout un système économique.
Au moment où il y a l'esclavage aux Antilles, en France, il y a le servage qui est aussi une exploitation de l'homme par l'homme sans être une question de couleur de peau… Il n'y a pas de fardeau blanc et il n'y a pas d'intelligence blanche ».
C'est-à-dire ?
« Une fois, j'ai dit à mon fils Khephren : Tu es le seul Noir de ta classe… Il m'a répondu : Mais papa, je suis pas noir, je suis marron. Je lui ai demandé : Et les autres ? Et il a conclu : Ils sont roses. On voit bien que le Blanc, le Noir, ce n'est qu'une construction ».

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