Publié le vendredi 27 janvier 2012 à 12H00 - Vu 782 fois
CHALONS-EN-CHAMPAGNE (Marne) Ils ont été témoins de l'expulsion d'amis la semaine passée. Aujourd'hui, ils sont menacés du même sort. Depuis quelques jours, les Azemi ne vivent plus et ne veulent pas retourner au Kosovo, où ils furent victimes du racket de mafias locales.
DERRIÈRE les listes administratives froides des préfectures jouant d'expulsions (répondant ainsi aux quotas et aux sirènes gouvernementales) se cachent des familles.
Des hommes, des femmes et des enfants venus chercher la paix et un travail sur le territoire national.
Quand ils ont choisi la France, ils ne se doutaient pas que quelques mois plus tard, leur nom figurerait sur la liste des expulsables. C'est exactement le scénario auquel est aujourd'hui confrontée la famille Azemi ; Agron, son épouse Ibadete et leurs deux enfants Floriana, 8 ans, et Driton, 5 ans.
Arrivée à Châlons le 8 août 2011, la famille, victime de racket au Kosovo, s'est retrouvée sans outil de travail. « J'étais épicier, mon commerce a été brûlé. Nous sommes partis, avons fait une demande d'asile et sommes arrivés à Châlons, une ville que nous aimons, où nous voulons travailler… », insiste le chef de famille qui se verrait bien dans le commerce ou le bâtiment à la condition que sa situation administrative évolue dans le bon sens.
« Je ne dors plus »
Dans un modeste appartement du quartier Schmit mis à disposition par la Croix-Rouge, les Azemi ont commencé à se construire une nouvelle vie. « Les enfants sont scolarisés à Branly, travaillent bien, ne posent aucun problème, parlent français », insiste un Châlonnais, ex-Kosovar, venu aux nouvelles.
Le chef de famille insiste sur le fait qu'il veut bosser, ne veut pas d'aide ou vivre aux crochets de la société : « Je ne veux pas être un assisté », scande-t-il.
Sur la petite table du salon, le thé a aujourd'hui un goût amer puisqu'une famille qui vivait dans le même appartement que les Azemi a été expulsée avec ses deux jumeaux, c'était la semaine passée.
« Ce fut très violent, très choquant et traumatisant pour les enfants. On nous a bien fait comprendre que ce serait bientôt notre tour car nous sommes sur la liste. Une première demande d'asile nous a été refusée. Nous en sommes au recours, mais il ne nous protège de rien. Depuis, je ne dors plus », poursuit Ibadete.
Sonnette = stress
Lors de notre rencontre, la sonnette de l'appartement retentit alors. Effroyable effet sur cette mère de famille en stress… Il ne s'agissait « que » d'une personne de RESF (Réseau éducation sans frontières) venue aux nouvelles. Ouf… A tout moment, la police peut arriver. A tout moment, l'épisode français s'arrêter. A tout moment, le cœur de l'un ou de l'autre s'arrêter au regard de la tension palpable et des multiples interrogations des parents, comme des enfants se demandant de quoi demain sera fait, et où ? Grâce à la Croix-Rouge, une aide alimentaire est apportée à cette famille qui ne bénéficie de rien d'autre puisqu'elle est en attente de régularisation. « Nous ne nous sommes jamais plaints. Nous voulons rester à Châlons, car la France, nous l'avons choisie, c'est un pays sûr. Nous voulons simplement être en règle », finit Agron, alors que ses deux enfants achèvent leurs devoirs. Le regard apeuré.
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