Publié le samedi 06 octobre 2012 à 11H00 - Vu 201 fois
Sous sa signature, Mogue mentionne le titre qu'il honora en faisant décapiter des dizaines d'Ardennais et en participant au massacre de centaines de Vendéens : « Propagateur des Droits de l'Homme » !
EN 1783, quel n'est pas l'effroi des maîtres du collège bien pensant de Charleville quand ils découvrent que l'élève Nicolas-Memmie Mogue vient d'y fonder clandestinement la « Secte des Sans-Gêne » ! Société secrète, elle entend déclarer « une guerre à mort à tous les oppresseurs de l'humanité, particulièrement aux nobles et aux prêtres ».
Nul doute que c'est Satan qui s'est emparé de l'âme de cet excellent élève de dix-sept ans né en 1766 dans une pieuse famille de riches paysans de Ville-sur-Lumes, petit village situé à moins de deux lieues de Charleville.
Est-ce la divine protection des deux saints de son prénom composé ?
Nicolas-Memmie Mogue rentre dans le rang en devenant clerc chez un huissier de Charleville. En octobre 1789, trois mois après la prise de la Bastille, sans gêne aucune, le fondateur d'une secte qui veut la peau des riches écrit au président de l'Assemblée Nationale pour lui signifier combien il est scandalisé de voir « la populace révolutionnaire » s'en prendre aux biens de l'Église et à la monarchie.
Avide de faire carrière en politique, fort de cette indispensable vertu qu'est le sens de l'opportunité, sentant que le vent tourne en faveur des adeptes d'une révolution impitoyable, il adhère corps et âme aux principes qu'il avait édictés au temps du collège : mort aux oppresseurs du peuple !
Après s'être fait nommer maire de Ville-sur-Lumes, il est propulsé en mai 1793 vice-président du Comité de Salut Public qui vient de se constituer à Mézières.
Doté du titre de « Propagateur des Droits de l'Homme », Mogue fait régner la terreur dans les Ardennes.
A Mézières, en pleine séance de l'Assemblée Départementale, il traite des conseillers généraux de « contre-révolutionnaires » et leur promet le sort réservé à Louis XVI.
A Sedan, il agit de même avec des conseillers municipaux. Un mouvement de colère force Mogue à fuir.
Arrêté à Sedan, il doit à la présence de soldats d'échapper à ceux qui veulent le pendre.
Il juge alors prudent de quitter son pays natal.
En attendant d'y revenir pour régler ses comptes dans le sang, fort du soutien de Robespierre, le voici affecté en Vendée à l'écrasement de l'insurrection royaliste.
Au nom des Droits de l'Homme, flanqué de son acolyte Barreau, natif de Chaumont-Porcien, il participe de grand cœur à l'extermination de centaines de Vendéens, fusillés, noyés, ou décapités.
Il conseille vivement au Comité de Salut Public parisien que « la Vendée soit régénérée par des colons républicains et que les femmes et les enfants des rebelles soient dispersés dans tous les points de la France, sinon exportés au-delà des mers ».
Cependant, Mogue n'est pas en odeur de sainteté auprès de ses supérieurs.
Le comité révolutionnaire de Saumur témoigne à la Convention Nationale des excès commis par le sanguinaire Ardennais.
Chargé de s'expliquer, Mogue affirme qu'il a agi « révolutionnairement ».
En mai 1793, se sentant inquiété, il écrit à Robespierre : « Avant de retourner dans mon département, je veux m'épancher dans ton cœur. Des scélérats dont j'ai la tête dans mon portefeuille ont formé une coalition perfide pour me perdre »
Dans ses Ardennes retrouvées, il s'adonne à une effroyable chasse aux « scélérats ».
Il se rend à Paris pour dénoncer au Comité de Sûreté Générale vingt-sept conseillers municipaux de Sedan et huit membres du Conseil général qu'il accuse d'être « royalistes ».
En juin 1794, ils participeront à ce que Mogue nomme allégrement « une guillotinade ». Mais un mois plus tard, Robespierre, déchu de ses fonctions, est guillotiné.
Le gouvernement révolutionnaire étant démantelé, pour Mogue, âgé de vingt-huit ans, l'heure du châtiment a sonné.
Arrêté, il doit répondre de quatorze chefs d'accusation dont le plus grave est « la rédaction d'une liste de proscription contenant cent trente-six citoyens ardennais dont cinquante montèrent à l'échafaud ».
Pas un mot sur sa participation au massacre des Vendéens. Le voici croupissant dans la citadelle de Sedan où dans des lettres adressées aux « citoyens magistrats », il n'a de cesse de témoigner de son innocence et de « sa conduite publique et privée cent fois plus irréprochable que celle des lâches oppresseurs » qui, en l'emprisonnant, ont provoqué « un attentat contre les droits de l'homme ».
En décembre 1794, il écrit à la municipalité de Sedan que des scélérats « à travers la porte de la prison » l'ont menacé de mort.
« Ils m'ont appelé buveur de sang, moi qui n'en aie jamais versé une goutte » écrit-il avant de jurer qu'il n'est pour rien dans la dénonciation des conseillers municipaux sedanais qui furent guillotinés.
En post-scriptum, il ajoute : « Les bandits sont revenus m'injurier. Soudoyés par ceux qui veulent ma mort, ils habitent tous les faubourgs du Mesnil où je les crois employés dans une manufacture ci-devant royale. L'un a osé me dire qu'il était un de ceux qui en 1793 m'ont conduit hors de la ville pour me pendre ».
Transféré à la citadelle de Mézières dans la nuit du 10 au 11 avril 1795, jugé deux mois plus tard, reconnu coupable des douze chefs d'accusation, celui que l'on nomme « Le Robespierre des Ardennes » est condamné à mort.
Six ans après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1795, à la tombée de la nuit, escorté par des soldats en armes qui le protègent de la foule en furie, il monte sur l'échafaud dressé place de la Révolution, à Mézières.
Roulement de tambours. A la lueur des flambeaux, sa tête tombe dans le panier où, en accord avec le bourreau, un citoyen de Mouzon s'en empare et file à pied vers son domicile, emportant la preuve que celui qui avait terrorisé sa famille était bel et bien mort.
Craignant sans doute que la vue du trophée n'effraie les siens, en cours de route, il jette dans un étang la tête du patriote enragé de Ville-sur-Lumes.
Qu'en pensent les chênes
de nos forêts ?
Yanny Hureaux
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