Publié le vendredi 09 janvier 2009 à 01H00 - Vu 56 fois
On ne verra plus la grande silhouette de Carlos Garcia Teran traverser la place Ducale.
Angel Garcia - l'Union de Reims
BEAUCOUP admiraient son étonnante longévité, son allure, enviaient ses bons mots, ses attentions constantes pour la gente féminine, appréciaient son accent rocailleux, son franc-parler et son élégance d'âme. Carlos Garcia, militant anti-franquiste, réfugié espagnol en France depuis 1951, a tiré sa révérence, hier, au centre hospitalier de Manchester, où il avait été admis pour soigner une pneumopathie.
Ceux qui avaient l'habitude de le croiser chaque jour, place Ducale, sur le chemin de son estaminet favori, s'étaient peut-être étonnés de ne plus le voir depuis trois mois. Ne pouvant plus rester seul dans son appartement de la rue d'Euskirchen, Carlos avait déménagé chez Manuel et Muriel Sanchez, couple de cinéastes avec qui il entretenait des liens d'amitié très forts et qui étaient devenus sa seule famille.
Le nonagénaire ne voulait pas aller en maison de retraite. « Je ne veux pas aller en camp de concentration ! » disait-il à Manuel Sanchez, bien d'accord pour reconnaître que ce personnage étonnant était un véritable « militant de la vie ».
« Ces derniers temps, il nous avait rappelé qu'il ne voulait surtout pas de cérémonie religieuse et qu'il souhaitait être incinéré, comme sa femme Isaura… »
Manuel et Muriel Sanchez se souviennent, avec émotion, du voyage qu'ils avaient entrepris avec Carlos, il y a quelques années, jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle, pour disperser les cendres de sa femme. « Nous ferons la même chose pour lui », ont décidé les deux cinéastes.
Survivant du Titanic !
La seule famille de sang qui restait à Carlos Garcia Teran est un frère aujourd'hui âgé de 99 ans. Pour l'anecdote, les deux frères s'étaient retrouvés dans des camps opposés pendant la Guerre d'Espagne : l'aîné, dans l'armée régulière de Franco, et le cadet, dans la milice anti-franquiste ! Le seul enfant qu'il ait jamais eu, un fils, est décédé pendant que Carlos était emprisonné à Carabanchel (le Sing Sing espagnol), attendant sa condamnation à mort. « Survivant du Titanic et des guerres du XXe siècle » avait-il fait imprimer sur ses cartes de visite ! Par goût de la bravade, de la boutade, de la provocation ?
En tout cas, Carlos a eu beaucoup de chance dans sa vie, c'est ce qu'il a, entre autres, raconté à ses amis cinéastes qui ont de quoi réaliser un documentaire touchant.
La condamnation à mort de Franco avait finalement été commuée en prison. Puis la pression internationale avait fini par jouer en faveur de ceux qui avaient échappé au massacre.
Verra-t-on un jour, à Charleville, Semaine Sainte, le film de Julie Flament dans lequel Carlos Garcia Teran interprète le rôle d'un vieux républicain espagnol ?
Verra-t-on un jour, à Charleville, une rue Carlos Garcia Teran, comme les Sanchez l'ont suggéré à ville, au nom des valeurs républicaines qu'incarnait ce grand bonhomme ?
En attendant, saluons sa mémoire.
Patrick Flaschgo
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