Publié le vendredi 19 mars 2010 à 10H23 - Vu 571 fois
Le cerf avait été mis à mort en présence d'une foule importante : des suiveurs mais aussi des opposants à la chasse à courre et des badauds.
PREMONTRE (Aisne). Hier, la justice s'est penchée sur une affaire qui avait fait grand bruit en décembre 2008. Pendant une chasse à courre, un cerf avait été abattu dans le jardin d'un particulier à Prémontré.
CE n'est pas franchement le genre d'hommes qu'on a l'habitude de voir à la barre du tribunal correctionnel de Laon. Eux portent le costume avec pochette et cravate assorties, chevalière au doigt et prestance qui ne font guère de doute sur leur statut de notable. Ce même statut qui leur permet d'assouvir leur goût pour la chasse à courre et qui leur valait, hier, de comparaître devant la justice.
L'affaire avait fait grand bruit ce 13 décembre 2008. « La médiatisation de l'événement a surpris tout le monde. Se retrouver ainsi au journal de 20 heures de trois chaînes de télévision, c'était disproportionné », estime Cyrille Vernes. Ce jour-là, il est maître d'équipage et c'est à ce titre qu'il répond de chasse non autorisée sur le terrain d'autrui et de violation de domicile. À ses côtés, Éric Turquin, qui répond des mêmes faits en tant que président du Rallye nomade qui organisait cette partie de chasse.
Cyrille Vernes a raconté en détail comment l'équipage en est venu à mettre à mort un cerf dans le jardin d'un particulier : « Nous avions chassé cet animal toute la journée en forêt de Saint-Gobain. Il s'est fait prendre une première fois mais, au moment où j'allais le servir, quelqu'un que je ne connais pas a fait bouger le cerf. Au lieu de toucher un endroit vital, la dague a pénétré le flan de l'animal sur 15 cm environ, créant une hémorragie interne, mais pas la mort immédiate. ». Le cerf s'enfuit, entre dans une première propriété d'où il ressort rapidement et entre dans un deuxième terrain où il sera tué.
Une vidéo à l'audience
À ce moment, en principe, le maître d'équipage doit demander au propriétaire des lieux l'autorisation de continuer. En cas de refus, il signe une décharge indiquant que si le cerf cause des dégâts, la responsabilité en incombera, non plus à l'équipage, mais au propriétaire.
Le beau-fils du propriétaire de la maison, seul présent à ce moment, dit avoir demandé à plusieurs reprises aux chasseurs de partir. Jamais on ne lui aurait demandé de signer la décharge. « Il n'avait aucune qualité à signer ce document dans la mesure où il n'est pas le propriétaire », tonnent les avocats des chasseurs. « Comment pouvaient-ils le savoir puisqu'ils ne lui ont posé la question qu'a posteriori ? » répond la partie civile.
Après coup, Cyrille Vernes assume complètement son choix de mettre à mort le cerf, quand bien même il se trouvait dans une propriété privée. « L'animal était blessé, donc dangereux. Il pouvait charger à tout moment et, dans ce cas, la société de chasse aurait été tenue pour responsable. Pour éviter tout accident, mais aussi pour mettre fin à ses souffrances, j'ai choisi d'entrer dans ce jardin et de le servir. »
Les juges apprécieront cette décision au vu du dossier, mais aussi des images d'amateurs diffusées, hier, lors de l'audience et qui, à l'époque, avaient fait le buzz sur Internet. Ils ont mis leur jugement en délibéré le 6 mai.
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