Publié le mercredi 02 juin 2010 à 09H42 - Vu 321 fois
REIMS (Marne). Un député UMP de la Moselle sera prochainement renvoyé devant le tribunal correctionnel de Reims pour abus de confiance et infraction à la législation sur le financement des campagnes électorales. Denis Jacquat est soupçonné par un juge rémois, Pierre Creton, d'avoir mis en place un système d'emplois fictifs à des fins politiques. Plusieurs femmes, recrutées en contrat CES par des associations et donc payées par l'État, prêtaient main-forte à l'élu en campagne.
UN député UMP de Moselle a été pris avec «ses petites mains» dans le pot de confiture. Mis en examen pour abus de confiance, Denis Jacquat est suspecté d'avoir orchestré un système d'emplois fictifs au profit de sa machine électorale à partir de juin 1996. Précisément, la justice lui reproche le détournement de main-d'œuvre à l'occasion de la campagne pour les législatives de 97 et de la collecte de voix pour les cantonales de l'année suivante.
Des personnes recrutées en Contrat emploi solidarité (CES) pour le compte d'associations dont il assurait la présidence.
Qui sont ces «petites mains» que l'homme fort de la Moselle est soupçonné d'avoir usé en campagne? De jeunes femmes au chômage et donc plongées dans la spirale de la précarité. De celles dont on est sûr qu'elles garderont le silence dans l'espoir de retrouver un petit job. Et pour brouiller les pistes, on s'arrange pour qu'elles changent régulièrement d'employeur officiel.
Personnel fantôme
Tout se fait par le jeu du bouche à oreille. À Metz, le bon docteur Jacquat a la réputation de favoriser l'accès à des petits contrats à travers le tissu associatif.
Seulement voilà, les employées expliquent avoir rarement, voir même jamais, mis les pieds dans les associations en question. Les recrues d'Action sociale mosellane ne planchent pas sur les bonnes œuvres de l'association mais rejoignent le pool des opératrices en charge des basses œuvres du démarchage électoral.
Une employée parle «d'un travail purement résiduel». Car elle passe le plus clair de son temps à la permanence de monsieur le député.
Au Comité des usagers de la halte-garderie de Metz-Queuleu, deux responsables notent «la présence d'emplois fictifs» à gogo.
Du personnel fantôme qu'une vingtaine de parents ou enseignants n'ont jamais croisé dans les couloirs. La situation est si catastrophique que la structure pour les tout-petits a même failli sombrer. Les salariés sont par contre incollables en matière de sondage téléphonique, de revue de presse, de tracts électoraux, de gestion de fichiers et de comptes rendus politiques à dactylographier.
Une troisième association, spécialisée dans l'aide aux personnes âgées, apporte son concours en période électorale. L'Amapa, gourmande en personnel, est parfaite.
C'est là que travaille une certaine Rosa Giulio, directrice générale adjointe et bras droit de Denis Jacquat en politique.
Celle que témoins et bénéficiaires de contrats précaires décrivent comme l'artisan du système des emplois fictifs, est poursuivie pour complicité d'abus de confiance (voir par ailleurs).
Comptes de campagne
L'affaire est d'autant plus embarrassante pour Denis Jacquat que c'est l'État qui paie avec les deniers du contribuable. Plus de 100 000 euros sous forme de salaires qui ne figure pas dans les comptes de campagne de l'intéressé.
Ce qui lui vaut aussi une mise en examen pour infraction à la législation sur le financement des campagnes électorales.
Eric LAINÉ
elaine@journal-lunion.fr
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