Publié le lundi 09 janvier 2012 à 12H00 - Vu 1281 fois
Lorsque la Meuse déborde, le chemin de halage qui permet habituellement au couple de quitter son domicile est totalement inondé.
FEPIN (Ardennes). Coincés par les caprices de la Meuse et une querelle familiale, Jules Dubois et Yvette Garlement ont dû rester confinés plusieurs jours dans leur petite maison.
«C'EST une histoire de fou ». Damien Larzillière, qui connaît bien les deux retraités en galère n'en revient toujours pas. Il faut dire que Jules Dubois et Yvette Garlement, âgés respectivement de 80 et 90 ans, se trouvent aujourd'hui plongés au cœur d'une situation des plus ubuesques.
Depuis plus de vingt-cinq ans, maintenant, ce couple de ressortissants belges vit rue Galliéni, à Fépin, à proximité immédiate de la Meuse. Quand les flots sont calmes, le cadre y est idyllique. Mais évidemment, ça l'est tout de suite beaucoup moins lorsque le fleuve déborde, comme c'est actuellement le cas.
Hier encore, le chemin de halage - qui permet aux deux personnes âgées de circuler librement autour de leur maison - était ainsi noyé sous plusieurs dizaines de centimètres d'eau.
Dans ce cas de figure, il n'existe qu'une seule solution pour pouvoir accéder à l'extérieur : passer par l'arrière de la propriété, sur un terrain qui appartient à la fille et au gendre d'Yvette. Une formalité me direz-vous ? On pourrait le croire. Mais dans les faits, c'est beaucoup plus compliqué. Car depuis quelques mois, la famille - minée par les accrochages à répétition - ne peut plus se voir en peinture.
Résultat : les deux retraités sont désormais interdits « de séjour » sur le terrain qu'Yvette a pourtant acheté elle-même… mais au nom de sa fille (!). Un comble.
Une barrière, un cadenas et un grillage en bloquent même carrément l'accès. Depuis, Jules Dubois n'en finit plus de se battre, afin d'obtenir un droit de passage. « Quitte à payer s'il le faut », assure-t-il.
Un « deal » précaire
Cette situation pour le moins hors du commun est « tout simplement inacceptable, regrette un brin agacé Damien Larzillière, un ami proche des deux « victimes ». La première montée des eaux est survenue en décembre. Là, c'est déjà la deuxième. Si un docteur ou des pompiers avaient eu à intervenir, comment auraient-ils pu accéder à la maison ? Et puis, de toute façon, ça n'est pas une vie ! Car quand ils sont bloqués, Jules et Yvette ne peuvent plus se rendre chez le kiné, ni aller faire leurs courses. Si je n'étais pas là pour leur apporter des denrées, comment feraient-ils ? »
Alerté, le nouveau maire, Pierre Marchand, a rencontré le gendre, Guy Van Holder, pour lui demander « d'ouvrir la barrière les jours de crue », histoire que les retraités puissent librement accéder à leur voiture.
Ce qu'il a fini par accepter. « Il est bien sûr hors de question qu'ils restent coincés chez eux, nous a confirmé le voisin. Mais le souci, c'est que nous ne sommes là que les week-ends. Du coup, si une montée des eaux se produit en semaine, il faut nécessairement attendre le vendredi pour que nous soyons en mesure de faire quelque chose. »
Ce qui est évidemment loin d'être la panacée. D'autant que le « deal » reste précaire : « Dès que la Meuse aura retrouvé son niveau normal, on remettra le cadenas, prévient Guy Van Holder. Car lorsqu'on laisse le passage ouvert, le va-et-vient est incessant. On a même dû faire face à plusieurs dégradations et on ne veut absolument pas que ça se reproduise. D'ailleurs, au prochain problème, on installera une barrière électrique, que l'on gardera toujours fermée. Même pendant les crues. »
Une décision extrême, qui n'en finit plus de hanter les journées de Jules Dubois et Yvette Garlement. Qui, désormais chaque soir, se couchent sans savoir s'ils pourront sortir de chez eux le lendemain. Bonjour la sérénité…
Aurélien AVIGLIANO
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site








Réagissez