Publié le mercredi 04 janvier 2012 à 09H58 - Vu 301 fois
Cyril Léonard, aide médico-psychologique, avoue ne pas avoir été dérangé par sa nouvelle tenue de travail.
SAINT-GERMAIN-LA-VILLE (Marne). Une expérimentation peu commune est menée depuis près de trois mois à l'EHPAD* « Résidence du Parc » de Saint-Germain-la-Ville, qui accueille 101 personnes âgées dépendantes - pour la plupart atteintes de démences de type Alzheimer.
Inspirée par la manière dont sont accompagnés les résidents de l'institution Carpe Diem au Québec, elle a pour but d'apaiser les personnes présentant des troubles du comportement de nuit. Parmi les rituels instaurés par les acteurs du pôle d'activité baptisé « Le Noctambule », l'adoption d'une tenue à première vue insolite : le pyjama.
LUMIERE tamisée et musique douce. Au centre de la salle commune, une large table sur laquelle sont disposés des biscuits secs. De part et d'autre, des tasses dans lesquelles infuse du tilleul.
« Du sucre ? », s'enquiert Cyril. « Volontiers. » L'aide médico-psychologique (AMP) commence par connaître le goût des résidents « noctambules » sur le bout des doigts.
Ils sont une quinzaine, à souffrir de troubles du comportement de nuit. Le pôle d'activité, mis en place à titre expérimental pour une durée de six mois, leur est ouvert chaque soir de 19 h 30 à 5 h 30.
Son but : « Proposer à ceux qui ne trouvent pas le sommeil ou que la solitude effraie un accompagnement apaisant qui va les conduire doucement vers un sommeil réparateur à l'heure qui leur conviendra, indique Françoise Desimpel, directrice de l'établissement. Et, par là même protéger le sommeil et la sérénité des autres résidents ».
Tous sont revêtus de pyjamas, « noctambules » comme personnel soignant.
« Une tenue logique, à cette heure-là », commente simplement Cyril, qui a opté pour un modèle à rayures, par-dessus lequel il a passé une robe de chambre vert foncé. « Les participants sont ainsi prêts à regagner leur lit, explique Mme Desimpel. Quant à nos agents, ils gagnent en efficacité. »
Instaurer des rituels
Devenu plausible aux yeux des résidents, leur « on va dormir » est mieux accepté.
« Sans cela, comment donner de la cohérence à un discours qui demande aux résidents d'aller se coucher parce que c'est l'heure, quand on est soi-même paré pour une journée de travail ? », interroge la directrice, elle-même équipée d'une robe de chambre qu'elle stocke dans son bureau.
« Face à une population atteinte de troubles cognitifs qui altèrent la relation au monde, tout fait sens, poursuit-elle, les ambiances, les images et les mots. »
Instaurés au pôle d'activité de nuit, les rituels apaisent donc les « noctambules » qui, en perte de repères, sont particulièrement angoissés.
Un essai à confirmer
L'expérimentation porte ses fruits : « Les résidents se sentent mieux, assure Françoise Desimpel. Ils récupèrent quand ils dorment. Ce qui a des répercussions sur leur comportement en journée, ainsi que sur la qualité de vie de ceux qui ne présentent pas ces troubles et qui sont gênés par les comportements perturbateurs des autres. »
Plusieurs évaluations sont prévues d'ici le 10 avril prochain, date à laquelle la période d'essai prendra fin. « Elles permettront de mesurer la pertinence d'un tel dispositif d'accompagnement », précise Mme Desimpel.
Au vu des premiers résultats obtenus, cette dernière espère bien que l'ARS* le rende pérenne.
Sophie BRACQUEMART
* EHPAD : Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. ARS : Agence régionale de santé.
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