Le parricide cannibale a entendu des voix

Le parricide cannibale a entendu des voix

Publié le samedi 22 octobre 2011 à 10H15 - Vu 1963 fois

NOIDANT-CHATENOY (Haute-Marne). Après avoir consommé du datura, une plante hallucinogène cultivée dans le jardin de la maison familiale, des voix auraient demandé à Brice Habbout de tuer son père. Une « mission », selon lui. Mais la nature du crime laisse aussi penser qu'il pourrait avoir été victime d'agressions sexuelles par le passé.

DUR retour à la réalité. En état de choc, Brice Habbout a récemment été extrait de la maison d'arrêt de Dijon (Côte-d'Or) au terme de quelques jours de détention provisoire, avant d'être interné d'office au centre hospitalier spécialisé de La Chartreuse. Cette mesure a fait suite à la demande des psychiatres de l'hôpital dijonnais qui l'avaient pris en charge après son interpellation, le 9 octobre, dans la maison familiale de Noidant-Chatenoy (Haute-Marne), au sud de Langres (l'union du 18 octobre). Devant eux, le jeune homme de 21 ans, qui s'était infligé de sérieuses scarifications aux bras et aux jambes, était apparu complètement déboussolé, ayant à la fois conscience de ses actes, mais sans en comprendre la raison. Quarante-huit heures plus tard, lors d'une brève audition devant le juge d'instruction, celui-ci se trouvait d'ailleurs encore dans un état second, totalement amorphe, incapable de construire la moindre phrase.
En cause : l'absorption d'une plante hallucinogène dont il dit avoir lui-même préparé la décoction. De fortes suspicions pèsent en l'occurrence sur le datura retrouvé, largement effeuillé, dans le jardin de la maison familiale qu'occupaient Brice Habbout avec sa mère Fatima Habbout - en voyage au Maroc au moment du crime - et son père, Vincent Windholtz. Le jeune homme n'aurait rien pris d'autre, mais il faudra attendre les résultats des analyses toxicologiques pour le confirmer. De même pour en connaître la quantité consommée.

Replié sur lui-même

Tourmenté par un contexte familial délétère l'opposant à son père, Brice Habbout ne semblait pas très heureux ces derniers temps. Depuis ses récents échecs au baccalauréat et au permis de conduire, il s'était réfugié dans sa chambre, se repliant sur lui-même, vivant la nuit, dormant le jour et passant le plus clair de son temps à jouer du piano, à regarder la télé et à surfer sur Internet. Son père, lui, ne cessait de le lui reprocher, allant même jusqu'à le tourmenter sur ses orientations sexuelles. Aussi Brice Habbout ne supportait plus qu'on le traite comme une « fille » ni les allusions paternelles à son homosexualité, imaginaires selon lui.
Autant de pression n'a pas manqué de créer chez ce dernier un désir irrépressible d'évasion qui pourrait expliquer son intérêt, ces derniers mois, pour des sujets plus abstraits. Selon nos informations, l'étudiant a notamment effectué sur le Net de nombreuses recherches portant sur l'ésotérisme. Egalement le satanisme, même s'il ne semble pas avoir été un adepte assidu de quelconques rituels. Des livres ayant trait à la thématique ont cependant été retrouvés dans sa chambre.
Celui-ci s'intéressait en outre aux plantes hallucinogènes, un certain nombre de visites sur des sites en ligne le démontre. Il paraît par conséquent difficilement concevable qu'il ait choisi le datura sans en connaître les conséquences. Quant à savoir ce qui l'a poussé à en absorber, le jeune homme l'ignore.

Le devoir d'accomplir une mission

Toujours est-il que le jeudi 6 octobre, après avoir consommé sa décoction, Brice Habbout se serait posé un petit moment dans sa chambre, à l'étage de la maison familiale, sans qu'aucun effet ne se fasse ressentir. Puis des voix lui auraient commandé de tuer son père, Vincent Windholtz. Il aurait eu alors le sentiment de devoir accomplir « une mission ». Mais de là à expliquer avec précision ce qui s'est produit ensuite, il est encore trop tôt. Pour le moment, le mis en cause se souvient de son crime de façon confuse, sans pouvoir expliquer véritablement ses actes, bien qu'il en mesure désormais les conséquences.
Il se souvient en l'occurrence avoir tué sa victime d'une quarantaine de coups de couteau, lui avoir tranché le sexe au ras du ventre avant de lui enfouir dans la bouche. Il semble également se souvenir lui avoir mangé les testicules, mais là encore, les réminiscences sont imprécises. De même qu'il se souvient des dessins obscènes et des inscriptions satanistes souillant les murs de sa chambre en lettres de sang. Et tout ce qui semble avoir constitué une mise en scène morbide. Cependant, il n'est pas impossible que de tels actes ne cachent en réalité des traumatismes plus anciens. D'un point de vue psychiatrique, émasculer son père et lui manger ses organes reproducteurs n'est très certainement pas anodin. C'est en tout cas ce que considère l'avocat de Brice Habbout, Me Geoffrey Burnier, du barreau de Dijon, lequel n'exclut pas l'hypothèse que son client ait pu être victime d'agressions sexuelles par le passé. « Je pense néanmoins qu'il lui faudra du temps pour qu'il en parle. » Quant à savoir si le jeune homme a été sujet à l'abolition de son discernement au moment des faits, les expertises le diront.
Franck BRENNER

L'union l'Ardennais