Publié le jeudi 08 avril 2010 à 10H28 - Vu 456 fois
Victime de violences conjugales, Martine Loiseau publie des écrits autobiographiques, « pour que mon expérience serve aux autres victimes ».
SOMMEPY-TAHURE (Marne). Après vingt ans de calvaire avec un conjoint violent, Martine a choisi de témoigner. Pour aider les autres victimes, elle a créé une association et publiera, en mai, un livre autobiographique. Cette semaine, elle s'exprime dans un magazine people.
CETTE semaine, Martine est dans Closer. Non, ce n'est pas la nouvelle petite amie de Johnny ou de Brad. Martine n'est pas une people. Martine est une femme battue.
« C'est un combat personnel qui doit servir à toutes les autres. » Martine Loiseau a 48 ans. Il y a huit ans, après deux tentatives d'évasion, elle a quitté son conjoint violent. Avec ses trois enfants sous le bras. De ses vingt ans de calvaire, elle n'hésite pas à parler aujourd'hui. Mais se souvient des difficultés pour en arriver là, des tabous, du déni.
Lutter contre la banalisation
« Je raconte mon histoire pour lutter contre la banalisation des faits », affirme-t-elle. « Pour aider les autres à se reconnaître en tant que victimes, pour leur montrer qu'elles ne sont pas seules. »
Alors Martine a commencé par donner son témoignage lors de colloques, organisés par le CIDFF de la Marne (centre d'information sur les droits des femmes et familles). « Des gens sont venus me voir spontanément après, ils avaient besoin de mes textes, de mon vécu, pour animer d'autres réunions, des cercles de paroles… » se souvient-elle. C'était en 2007.
Une association à Suippes…
Peu après, Martine a créé une association à Suippes, « Et les maux s'envolent ». Elle a également publié un recueil de textes inspirés de son « expérience ». Car « aujourd'hui, je ne considère pas ça comme un échec, mais je préfère y voir une expérience », assure l'ancienne femme battue. Elle avait alors pris la plume sous le pseudo d'Anne O'neem. « Car j'écrivais pour toutes les anonymes. » A la fin du mois de mai, c'est son visage et son véritable nom qui figureront sur la couverture de son livre « Libérée de la violence conjugale », aux éditions Hachette Pratique, dans la collection « Témoins de vie ». « Les violences conjugales, il y en a plus qu'on ne le croit. Et partout. Les petits villages marnais ne sont pas épargnés, il ne faut pas croire. C'est juste caché, tabou, les gens détournent les yeux. Une femme sur dix, disent les statistiques. Avec un décès tous les deux jours et demi. Et encore, j'ai parfois peur que ce soit plus, que certains suicides soient motivés par ça aussi. »
…et deux livres
Concernant les groupes de paroles, elle confie : « C'est terrible, il y a une réelle demande »… Et d'ajouter avec détermination : « Ce n'est que le début, il y a encore beaucoup de travail. Le plus dur, c'est au niveau juridique et médical ».
Elle est passée par là, justement : « J'ai mis cinq ans à trouver les bons interlocuteurs. Il y a des bonnes volontés, mais chacun a des moyens limités à un moment ou à un autre. Il faut mettre tout cela en réseau ». Petit à petit, elle s'y attelle, justement, sur le site internet de l'association, aidé par son fils aîné. Si son combat n'est pas personnel, elle reconnaît qu'elle a souvent l'impression de déranger : « Je ne me vante pas d'avoir été battue, mais je ne me cache pas, car justement, je symbolise que si, ça existe. Beaucoup de victimes veulent garder l'anonymat. Je veux montrer que ce n'est pas une maladie incurable, qu'on peut s'en sortir. Alors si raconter mon histoire peut aider les autres, je continuerai ».
Prochain combat de cette militante : les enfants.
Sophie CARIVEN
Site de l'association : etlesmauxsenvolent.com
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