Publié le samedi 07 juillet 2012 à 10H31 - Vu 782 fois
En 1962, le choix de Reims est un symbole fort. La ville des Sacres, dont la cathédrale fut lourdement bombardée en 1914, fut également le théâtre de la première signature de la reddition allemande, le 7 mai 1945. Au-delà du symbole, quelle importance accordez-vous à cet anniversaire et à la réconciliation elle-même ?
Ce fut un moment très fort lorsque Konrad Adenauer et Charles de Gaulle se sont retrouvés à Reims pour engager le processus qui a conduit au traité sur la coopération franco-allemande. Avec Mme Merkel, il m'appartenait donc cinquante ans après de reprendre l'initiative à Reims. Reims ville martyre de la guerre et ville symbole du renouveau, à la fois lieu historique et expression de la modernité. Avec la Chancelière, nous avons souhaité nous rendre demain à Reims pour lancer ce processus qui, durant ces prochains mois, nous mènera dans d'autres villes françaises et allemandes. Et bientôt à Ludwigsburg, là où le Général de Gaulle s'était adressé à la jeunesse allemande.
Dix-sept ans après la fin de la seconde guerre mondiale, l'amitié franco-allemande n'allait pas de soi. En cinquante ans, elle a connu bien des soubresauts. Comment qualifieriez-vous, deux mois après votre entrée en fonction, l'état de cette relation ?
Malgré des sensibilités souvent différentes nous avons été capables, à chaque étape de notre histoire commune, de nous réunir et de permettre que l'amitié entre la France et l'Allemagne ne dépende pas des couleurs politiques de leurs dirigeants. Avec Mme Merkel, nous avons un devoir qui est de permettre que l'union de nos propres intérêts puisse être une force pour l'ensemble de l'Europe. Nous ne devons pas concevoir notre relation comme un directoire qui ferait que la France et l'Allemagne décideraient seules pour l'Europe. J'ai donc veillé, et Mme Merkel partage parfaitement cette approche, à ce que nous puissions associer d'autres pays à notre démarche et à faire en sorte que les institutions européennes soient le plus possible impliquées, ce qui explique la réussite du dernier conseil européen.
Le duopole que vous évoquez a été trop fréquent par le passé ?
Je ne suis pas sûr que c'était la volonté de la France et de l'Allemagne mais parfois certains pays ont pu se sentir écartés ou obligés d'accepter un compromis qui avait déjà été élaboré par nos deux pays. Certes rien n'est possible si la France et l'Allemagne ne sont pas ensemble, mais nous devons aussi permettre qu'à chaque étape, l'Europe puisse être plus forte.
Vous avez considéré le dernier sommet de Bruxelles comme un succès. Mais au renforcement du pouvoir du Mécanisme européen de stabilité (MES) réclamé par Paris, Rome et Madrid a répondu par l'exigence de Mme Merkel de voir se créer une autorité de supervision des banques. Est-ce le premier pas vers une Europe intégrée ?
L'Europe est déjà intégrée puisque 17 pays partagent la même monnaie. Or, l'expérience a prouvé qu'il n'était pas possible de préserver l'euro si nous n'avions pas une coordination de nos politiques économiques, une union budgétaire mais aussi une supervision des banques. L'union bancaire est l'étape qui suit l'union monétaire et c'est ce qui permettra d'ailleurs au mécanisme européen de stabilité de pouvoir renflouer des banques en les recapitalisant, sans infliger aux Etats des contraintes supplémentaires. J'ai donc défini le concept de l'intégration solidaire. Chaque fois que nous avançons, il faut qu'il y ait un progrès. L'intégration ne peut pas se faire simplement dans le contrôle, la discipline, l'abandon de souveraineté. L'intégration, c'est la possibilité pour les peuples d'être ensemble dans une Union qui leur permet d'être plus forts que s'ils étaient restés séparés.
Chacun doit donc faire des efforts…
Chacun doit faire des efforts et en avoir un bénéfice en retour. La supervision bancaire, par exemple, doit nous permettre de recapitaliser les banques. L'Union budgétaire, c'est-à-dire les disciplines que nous devons nous imposer pour nous éviter d'être submergés par la dette, doit être accompagnée d'une capacité d'emprunt, ce que j'ai appelé les euro-bonds. Chaque procédure nouvelle mise en place doit être considérée comme un instrument de solidarité.
Vous avez précisément déclaré que la France était « prête à aller plus loin dans l'intégration ». Pouvez-vous préciser cette déclaration ? Aller plus loin dans l'intégration préfigure-t-il une marche vers le fédéralisme, mode d'organisation politique naturel en Allemagne, mais étranger à la France ?
La monnaie unique est une étape fédérale, mais elle ne met pas en cause nos nations. Je suis très attaché à la préservation de la souveraineté de la France. Certains souhaiteraient que nous allions plus vite. Mais en même temps, je suis conscient que beaucoup de pays ne sont pas prêts à adhérer à ce processus. Je ne parle pas de l'Europe des 27 qui est encore éloignée de cette perspective, mais aussi de la zone euro. De nombreux pays ne veulent pas aller plus loin. En revanche, la France et l'Allemagne doivent faire en sorte d'être mieux coordonnées, mieux harmonisées sur les plans de la fiscalité, sur le plan social, sur le plan budgétaire. Il n'est pas question que nos nations disparaissent.
Comment s'entendre si on ne se comprend pas ? Or, seuls 10 % des jeunes Français choisissent d'apprendre l'allemand à l'école. En vingt ans, cette proportion a chuté de moitié. Que vous inspire ce constat, alors que Jacques Chirac s'était engagé à doubler le nombre « d'apprenants » lors du sommet de Schwerin en 2002. Comment inverser la tendance ?
Le choix de l'apprentissage des langues appartient à la liberté de chaque famille. L'Etat n'a pas à imposer aux jeunes Français ou aux jeunes Allemands une langue qui n'est pas souhaitée. En revanche, dans le traité de l'Elysée de 1963, que nous allons bientôt célébrer, il y avait une dimension liée à la jeunesse. Je veux que la prochaine étape de ce rapprochement franco-allemand, de cette amitié renouvelée, se construise autour de la réussite des jeunes. Pour que la nouvelle génération puisse disposer de toutes les conditions pour progresser, l'acquisition des langues est indispensable. La nouvelle étape de notre coopération franco-allemande aura donc à renforcer les échanges, notamment en matière de recherche, d'enseignement supérieur, de développement de l'apprentissage.
La Chancelière et vous-même serez notamment accueillis demain à Reims par la brigade franco-allemande. Envisagez-vous une extension de cette brigade à d'autres pays européens ?
La création de cette brigade répondait à une volonté politique. Elle a une valeur symbolique. En matière de défense, je pense que nous pouvons aller plus loin dans les coopérations sur le plan industriel, à travers des programmes que nous pouvons développer en commun, mais aussi sur le plan de la politique extérieure. La France et l'Allemagne doivent être davantage mobilisées sur un certain nombre de sujets, l'environnement, la transition énergétique, mais aussi le règlement de certains conflits. Je pense à l'attitude que nous devons avoir par rapport à la transition démocratique dans les pays arabes, mais également à ce que nous devons faire par rapport à la Méditerranée, sujet qui avait donné lieu à des incompréhensions entre les deux pays dans le précédent quinquennat.
Tour à tour, les couples franco-allemands ont marqué leur singularité : De Gaulle-Adenauer ont réconcilié les deux pays, Giscard-d'Estaing-Schmitt ont relancé la construction européenne, Mitterrand-Kohl ont fait voter l'acte unique sous l'impulsion de Jacques Delors… Dans cette construction, quelles pierres ont apporté les tandems Chirac-Schröder et Sarkozy-Merkel ?
Je n'ai pas à juger le « couple » qui m'a précédé, il avait mis du temps à trouver son équilibre. Chacun son tempérament et sa méthode. Je suis sûr qu'entre la France et l'Allemagne et au-delà des sensibilités ou des personnalités, nous avons trop de liens, trop de responsabilités, pour ne pas aller, à chaque moment, à l'essentiel. Et chercher le compromis utile pour l'Europe. Notre objectif aujourd'hui, c'est de sortir durablement la zone euro de la crise dans laquelle elle s'est enfoncée et d'avoir une perspective commune d'approfondissement de notre union, et de construire une relation franco-allemande solide et respectueuse. L'équilibre et la stabilité font la force de l'amitié franco-allemande. Elle doit marcher sur ses deux pieds.
Néanmoins, l'économie allemande a des succès économiques que la France ne connait pas. Est-ce que cela ne lui donne pas un droit de regard supplémentaire sur cette coopération ?
Non. Ce serait mal connaître le peuple français que de penser qu'il veuille se donner un modèle. Il doit trouver lui-même les ressorts de son redressement avec ses propres atouts, ses propres capacités. Il y a dix ans, la France et l'Allemagne étaient dans la même situation. Cela ne veut pas dire qu'elle était bonne mais les performances de nos deux pays étaient comparables. Depuis dix ans, les écarts se sont creusés, notamment en matière de compétitivité. C'est donc un défi pour la France. Ce sera le sens de la politique que je conduirai avec le Premier ministre. Le redressement dans la Justice.
L'impulsion que vous souhaitez donner au nouveau « couple » Merkel-Hollande sera donc celle du rééquilibrage…
Oui. Chacun doit apporter ce qu'il a de meilleur. Chacun doit donc utiliser les expériences de l'autre pour améliorer ses propres performances.
Dernière question, plus personnelle. Y a-t-il un souvenir qui vous rattache à cette relation franco-allemande, un voyage, une lecture ?
Je suis allé très jeune en Allemagne. Mes premières vacances à l'étranger, c'était en Allemagne, précisément dans la petite ville de Marburg dans le cadre d'échanges internationaux. Nous refaisions des jardins publics. J'ai beaucoup de souvenirs qui me rattachent à ce pays. Et si je dois évoquer un écrivain allemand, je citerais volontiers Thomas Mann, grand humaniste ou Bertold Brecht, un auteur de l'ex-Allemagne de l'Est. Je trouve formidable que nos amis allemands aient été capables de réussir dans un délai aussi rapide leur réunification. Mme Merkel a vécu toute sa jeunesse en Allemagne de l'Est, et le Président allemand, M. Joachim Gauck que j'ai reçu récemment a été un militant des droits de l'Homme à Rostock. Oui, je suis admiratif de cette capacité à surmonter les drames du passé et à préparer l'avenir.
Gilles Grandpierre
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site













Les dernières contributions
zébulon08
12/07/2012 à 23h16
Qu'il commence par respecter ses promesses électorales !
- Non cumul des mandats
- Pas d'augmentations d'impôts
- Blocage du prix des carburants
. . . et bien d'autres encore
Et surtout qu'il pense à la France et aux français
Commentaires anonymes
11/07/2012 à 17h16
Ha, il dessine la carte de la nouvelle Europe avec la chancelière...
Commentaires anonymes
08/07/2012 à 11h40
flamby dessine soit. Mais il a tendance a utiliser des crayons gras et de dépasser les trais................
Dobermann
La Gauche est nulle, la Droite est nulle... Je vote nul!!
07/07/2012 à 19h00
Pour vous répondre Rigel, j'ai vu son dernier livre: Très bien, non franchement très très bien, il a très bien colorié sans dépasser les lignes....
goliath08
ARDENNAIS et Fier de l'être
07/07/2012 à 18h50 | 4
Hollande ne nous dessine pas un avenir radieux, l'orage arrive à grand pas, préparez vous à subir, sauf pour les bras cassés qui sont heureux que les prestations augmentent !
Rigel
07/07/2012 à 18h44
J'ai ouï dire qu'il était nul en dessins !
ange51
07/07/2012 à 15h26
moi je trouve que monsieur le president de la république devrait s'attacher plus à evoquer les emplois précaires en france au lieu de jouer les bons alliers car il y à fort à faire ici ! et non dépenser l'argent des contribuables à ce genre de comémoration quui va encore nous couter bonbons petits drapeaux gueuletons etc ......!