Publié le vendredi 14 mai 2010 à 09H32 - Vu 60 fois
A Epernay, la liquidation judiciaire de Plysorol a été annoncée en avril. 95 salariés attendent le repreneur qui sauvera leur emploi.
Gerard PERON
Les chiffres du chômage ont beau légèrement fléchir, un redoux ne fait pas le printemps. Fin mars, la Champagne-Ardenne comptait 6.000 demandeurs d’emploi (toutes catégories confondues) de plus qu’en mars 2009 et la Picardie près de 15.000. « Les effets de la reprise ne se feront sentir sur l’emploi durable qu’au second semestre », assure un économiste de Pôle emploi. En attendant, les candidats au travail devront se contenter de petits boulots. Les deux tiers des offres concernent actuellement des emplois « temporaires » ou « occasionnels ».
DÉPÔTS de bilan, liquidations, plans sociaux, grèves, débrayages… L’actualité sociale égrène les coups durs sur l’emploi et aucun secteur n’est épargné, pas même les plus « protégés » a priori. En mars, la direction du travail rejette un plan de 45 licenciements chez Piper-Heidsieck, à Reims. Quand le champagne tousse, c’est que le patient ne va vraiment pas fort.
Mais pour 45 emplois provisoirement sauvés, combien de perdus ? VMC, Kadant-Lamort, Sopap, MAG Design, Raguet, Estamfor, Enia, Tergal Industries, Nexans… On n’en finirait plus d’énumérer les noms d’entreprises ardennaises, marnaises ou axonaises qu’un plan social a fait sortir de l’anonymat (voir par ailleurs). « C’est vrai, les conflits se sont multipliés en 2009. La nouveauté, c’est leur simultanéité. Il est rare de voir en l’espace de quelques semaines démarrer autant d’actions identiques », constate Jean-Pierre Langlet, le patron de la CGT marnaise.
Pactole
L’autre « nouveauté », c’est que les salariés ne se battent pas seulement pour sauver les meubles. Quand ils gardent leur emploi, ils luttent aussi pour obtenir des augmentations salariales, comme récemment ceux de la Fonte Ardennaise (Vrigne-aux-Bois). « En période de tension financière, ce n’était pas coutumier autrefois. Ça l’est devenu quand les salariés ont constaté que, même dans des circonstances difficiles, banquiers et actionnaires passaient à la caisse. Ils se sont dits : pourquoi pas nous ! » ajoute M. Langlet.
C’est du reste un réflexe comparable qui motive les demandes de primes « extralégales » par les salariés licenciés. « Ça me désole. Les gens ne se battent plus pour garder leur job, mais pour partir avec un petit pactole. La plupart sont devenus fatalistes », enrage un syndicaliste ardennais.
Vu l’intraitable réalité des chiffres, on peut les comprendre. En un an, le chômage a augmenté en Champagne-Ardenne de 1,7 %. D’un département à l’autre, les disparités sont grandes. Ainsi, la Haute-Marne et les Ardennes (respectivement + 2,3 et 2,1 %) ont nettement plus décroché que la Marne et l’Aube (+1,5 et 1,3 %). Les Ardennes, notamment, doivent cette singularité au poids de leur tissu industriel, très consommateur d’intérimaires. C’est d’abord dans ces emplois-là que les entreprises ont taillé pour passer la crise, avant de recourir massivement au chômage partiel. « En 2009, le département a demandé entre 5 et 6 millions d’heures de temps partiel. L’Aube, par exemple, n’en a réclamé que 300.000 ! », explique le secrétaire de la CGT ardennaise, Patrick Lattuada, qui s’inquiète du « manque de visibilité » de l’industrie. « À 2 ou 3 ans, elle ne sait pas où elle va. » Mais à tout prendre, mieux vaut encore regarder devant que derrière.
En dix ans, la région a perdu près de 25.000 emplois industriels et, globalement, près de 50.000 emplois ! Il est vrai aussi que les Champardennais sont de moins en moins nombreux.
Dossier Gilles Grandpierre
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