Publié le samedi 10 avril 2010 à 10H54 - Vu 307 fois
Le centre de traitement des déchets à risques infectieux de Sita Dectra à Bétheny, près de Reims, se retrouve au centre d'une double polémique.
Chargé de traiter les déchets hospitaliers de la région, le groupe Sita subit deux coups durs. Des analyses contredisent l'efficacité du processus de décontamination de son site rémois, lequel a dû fermer hier après un accident du travail qui a révélé de graves manquements à la sécurité.
L'ANNONCE de la nouvelle fait désordre pour une grosse entreprise comme Sita Dectra, groupe Suez, spécialisée dans le traitement des déchets. Hier, la société a décidé de fermer son unité de décontamination des déchets hospitaliers, implantée à Bétheny, en périphérie de Reims.
Cette « cessation d'activité » a été prise de manière préventive, trois semaines après un grave accident du travail qui a mis en évidence de nombreux manquements dans la sécurité des machines. Et comme un ennui n'arrive jamais seul, voilà qu'on apprend l'existence d'un doute sérieux sur l'efficacité du processus de décontamination. Des contrôles effectués par l'institut Pasteur de Lille ont révélé la persistance de bactéries dans les échantillons soumis à analyses.
Pansements et couches usagées
L'unité de Sita Decta à Bétheny est spécialisée dans le traitement des « déchets d'activités de soins à risques infectieux » (DASRI) provenant des hôpitaux, cliniques, laboratoires et cabinets médicaux de la Marne, des Ardennes et d'une grande partie de l'Aisne. Ces déchets vont des poches de sang aux pansements, en passant par les couches usagées.
En France, la règle est d'incinérer les DASRI dans des incinérateurs spécialement équipés de filtres prévus à cet usage. Les deux plus proches sont à Créteil (Val-de-Marne) et Tronville-en-Barrois (Meuse). Il existe cependant un procédé dérogatoire, accordé sur autorisation préfectorale, appelé « banalisation ».
Sita Grand Est dément
C'est ce type d'activité qui est mis en place par Sita Dectra à Bétheny. À la sortie de la chaîne de traitement, les « déchets d'activités de soins à risques infectieux » sont transformés en « déchets industriels banals » qui peuvent être enfouis ou envoyés dans les incinérateurs « classiques ».
En octobre 2009, comme l'exige la réglementation, un échantillon des déchets traités a été analysé par l'institut Pasteur de Lille. Selon les informations en notre possession, aucune bactérie n'était décelable le premier jour, mais les analyses ont révélé une réapparition des germes à J + 14. Ce qui signifie que les déchets n'étaient pas correctement décontaminés.
Toujours selon l'institut Pasteur, de nouvelles analyses effectuées en février ont révélé une dégradation des résultats, avec une présence des bactéries dès J + 0. Contactée hier, la direction régionale de Sita Grand Est, à Metz, ne confirme pas les données obtenues par l'union. « Nous n'avons pas ces informations-là. Aucune alerte n'a été faite. » Et de suggérer que les résultats recueillis restent dans la limite des seuils acceptables. Avis contesté par une source proche du dossier.
Ces contradictions suffisent à semer le doute. Les conséquences sont importantes car des déchets imparfaitement décontaminés restent soumis à une réglementation spéciale qui impose leur transport dans des conditions particulières de sécurité, et leur incinération sur les sites de Créteil ou Tronville-en-Barrois.
Or, considérés comme « banalisés », les déchets sortis de Bétheny échappent à cette réglementation. Le site a traité, en 2009, près de 2.000 tonnes qui ont été enterrées dans le centre d'enfouissement de Pargny-lès-Reims, jusqu'au 30 juin (date de sa fermeture), durant l'été à Huiron (région de Vitry-le-François), puis incinérées, le reste de l'année, à l'usine Rémival de Reims.
Tout ou partie de ce tonnage était-il exempt de bactéries ? Et quelles conséquences, dans le cas contraire, pour l'environnement ? Les deux questions n'avaient pas de réponse hier.
Fabrice CURLIER
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