Publié le vendredi 10 février 2012 à 11H35 - Vu 57 fois
Le président Nicolas Sarkozy s'exprime lors de sa visite à Fessenheim le 9 février 2012
Dans un entretien fleuve au Figaro Magazine, le chef de l’Etat amorce un virage à droite et se démarquedes socialistes. Il propose un référendum sur les obligations des chômeurs et sur le droit des étrangers. Il refuse le mariage homosexuel et l’euthanasie. Nicolas Sarkozy se reconnaît « plus que jamais dans le triptyque travail, responsabilité, autorité ».
Un référendum sur une nouvelle indemnisation des chômeurs
Nicolas Sarkozy envisage un référendum sur une réforme de l'indemnisation des chômeurs. En cas d'échec de discussions entre acteurs sociaux sur ce sujet, « il faudrait sans doute réfléchir à l'opportunité de s'adresser directement aux Français pour qu'ils donnent leur opinion sur ce système d'indemnisation du chômage et sur la façon dont on doit considérer le travail et l'assistanat », déclare le chef de l'Etat.
Il « propose de créer un nouveau système dans lequel l'indemnisation n'est pas une allocation que l'on touche passivement, mais la rémunération que le service public de l'emploi versera à chaque demandeur d'emploi en contrepartie de la formation qu'il devra suivre ».
Le système actuel d'indemnisation du chômage est un système assurantiel : le salarié et son employeur cotisent au régime Unedic, en échange de quoi le salarié perçoit automatiquement une indemnisation s'il perd son emploi. L'idée de M. Sarkozy est que, « passé un délai de quelques mois, toute personne au chômage sans perspective sérieuse de reprise d'emploi devra choisir une formation qualifiante […] A l'issue de cette formation, qui sera obligatoire, le chômeur sera tenu d'accepter la première offre d'emploi correspondant au métier pour lequel il aura été formé. »
Opposé au mariage gay
Nicolas Sarkozy se déclare « pas favorable » au mariage homosexuel ni à l'adoption par des couples de même sexe. « En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu'il faille brouiller l'image de cette institution sociale essentielle qu'est le mariage », déclare le chef de l'Etat. « J'avais proposé en 2007 un contrat d'union civile », rappelle M. Sarkozy. « Nous ne l'avons pas mis en œuvre parce que nous nous sommes rendu compte qu'il était inconstitutionnel de réserver ce contrat aux seuls homosexuels », explique-t-il. « Ce contrat d'union civile aurait porté atteinte à l'institution du mariage. Cependant, j'ai veillé à garantir aux homosexuels les mêmes avantages en termes de succession et de fiscalité qu'aux couples mariés, mais dans le cadre du Pacs », ajoute-t-il.
Quid de l'adoption par des couples de même sexe ? « C'est une des raisons pour lesquelles je ne suis pas favorable au mariage homosexuel. Il ouvrirait la porte à l'adoption », souligne le président de la République. « Je sais qu'il existe, de fait, des situations particulières avec des hommes et des femmes qui assument parfaitement leur rôle parental. Mais elles ne m'amènent pas à penser qu'il faudrait inscrire dans la loi une nouvelle définition de la famille », ajoute-t-il.
« Le FN doit être à la présidentielle »
Nicolas Sarkozy se déclare favorable à la présence du FN à la présidentielle, car « un courant politique qui réunit plusieurs millions de citoyens à chaque élection doit pouvoir être représenté » à ce scrutin. Le président de la République ajoute que « par principe », il est « opposé à l'anonymat » des parrainages. 500 sont nécessaires pour pouvoir concourir à la présidentielle. Nicolas Sarkozy rappelle que « le Conseil constitutionnel est saisi ».
« Nous verrons ce qu'il répondra », ajoute-t-il. Il doit se prononcer avant le 22 février sur une requête du FN (par la voie d'une question prioritaire de constitutionnalité) réclamant l'anonymat des parrainages. Selon lui, « la démocratie, c'est la transparence : un élu doit dire ce qu'il fait à ses concitoyens ». « Cela dit, je ne serais pas opposé à ce qu'il y ait, à l'avenir, une évolution de la législation pour permettre aussi à un certain nombre de citoyens de parrainer le candidat de leur choix. Les problèmes actuels ne se poseraient plus », affirme M. Sarkozy.
« Le rendez-vous approche »
Dans son entretien au Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy répond que « le rendez-vous approche », interrogé sur le moment de l'annonce de sa candidature.
« J'ai dit que le rendez-vous approchait : il approche », répond le chef de l'Etat à la première question de cet entretien-fleuve, ajoutant : « Si la question est de savoir si j'ai réfléchi, sur le fond et sur la forme, ma réponse est oui. Comme pour toutes les décisions importantes, je prends le temps d'une réflexion longue et approfondie. Sous la Ve République, de tous les candidats potentiels à l'élection présidentielle, il en est un qui a plus de devoirs et moins de droits, c'est le président. Il ne s'appartient pas. Il doit remplir pleinement les devoirs de sa fonction le plus longtemps possible. Je n'y dérogerai pas », fait valoir Nicolas Sarkozy.
« Je remercie ceux de mes amis qui estiment que je devrais entrer en campagne plus tôt. Peut-être ont-ils raison ? Peut-être même que cela aurait été mon intérêt ? Mais avant mon intérêt, il y avait les devoirs de ma charge. Ce ne sont pas des cachotteries ni une forme de secret déplacé, c'est un raisonnement et une situation qui se sont imposés à chacun de mes prédécesseurs », a poursuivi Nicolas Sarkozy.
Il réplique en outre à la gauche qui lui reproche d'être à la fois président et candidat.
« En 1988, quand les uns et les autres étaient les collaborateurs de François Mitterrand, je ne me souviens pas qu'ils aient été choqués de devoir attendre jusqu'au mois de mars ! », dit-il, évoquant l'annonce de candidature de François Mitterrand le 22 mars 1988 sur un plateau de télévision, un mois avant le premier tour. « Je leur suggère plutôt de proposer des idées aux Français au lieu d'être obnubilés parce que je fais ou ce que je devrais faire », dit-il.
Immigration : un durcissement des règles
Nicolas Sarkozy déclare vouloir durcir les conditions d'obtention d'un titre de séjour après mariage avec un Français, en introduisant des critères de « logement » et de « ressources » comme pour le regroupement familial. « Nous avons réformé le regroupement familial, désormais accordé sous conditions de logement et de ressources. Il est passé de 25 000 par an à 15 000. Cela prouve que le volontarisme est possible, y compris en matière de politique migratoire », affirme le chef de l'Etat.
« Dans le même esprit, je propose que, désormais, les titres de séjour obtenus par le mariage avec un Français (plus de 25 000 chaque année) soient soumis aux mêmes conditions de logement et de ressources. Ainsi, nous combattrons plus efficacement les fraudes », souligne-t-il.
« Enfin, nous allons réformer les prestations accordées aux demandeurs de droit d'asile. Elles seront limitées quand le demandeur ne coopérera pas avec l'administration, quand il déposera sa demande plus de trois mois après son entrée sur le territoire ou quand il refusera une offre d'hébergement », ajoute Nicolas Sarkozy. Stéphane Maugendre, président du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), s'est dit « complètement abasourdi par cette proposition » sur les conjoints étrangers. « En quoi la taille de l'appartement d'un conjoint ou sa richesse seraient des indicateurs de fraudes ? Autant dire que les Français pauvres ne pourront pas se marier à des étrangers… On fait du droit des étrangers un droit des fraudeurs », a-t-il dénoncé.
Nicolas Sarkozy estime par ailleurs que la justice administrative « devrait être seule compétente en matière d'immigration », au détriment des tribunaux judiciaires, pour éviter « la confusion » entre ces deux juridictions. Pour Nicolas Sarkozy, « il faudra une réforme de la Constitution » pour y parvenir. Interrogé sur la possibilité d'organiser un référendum sur le sujet, le chef de l'Etat répond que « c'est un sujet dont on peut débattre ». Il défend son bilan en matière d'immigration. « En 2011, nous avons expulsé 33 000 immigrés en situation irrégulière. Sous le gouvernement de M. Jospin, de 1997 à 2002, 9 000 étaient expulsés chaque année ! Le niveau de l'immigration régulière a baissé de 3,5 % de 2010 à 2011 pour s'établir à 182 000. En 2002, c'était 207 000 », affirme-t-il.
Enfin, Nicolas Sarkozy réaffirme son opposition au droit de vote des immigrés aux élections locales, jugeant que « ce n'est vraiment pas le moment, avec tous les risques de montée du communautarisme. Le débat politique ne doit pas être communautarisé. Si les étrangers extra-européens pouvaient voter en France aujourd'hui, songeons comment risquerait d'évoluer le débat municipal dans telle ou telle commune : faut-il des cantines scolaires hallal ? Des piscines réservées aux femmes ? Est-ce cela que nous voulons ? Ma réponse est non », déclare le chef de l'Etat, pour qui « le droit de vote doit rester lié à la citoyenneté ».
« De la même façon, je dis très clairement que, contrairement à M. Hollande, je ne suis pas favorable à la régularisation des étrangers en situation irrégulière, qui créerait immédiatement un appel d'air », ajoute-t-il.
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