Publié le lundi 29 mars 2010 à 10H22 - Vu 772 fois
Jean-Paul Bachy a retrouvé sa place à la tête de l'assemblée régionale.
Pour que la région Champagne-Ardenne soit présidée, il fallait, vendredi, que les 49 conseillers régionaux donnent une majorité à l'un des trois prétendants déclarés, issus du second tour. Jean-Paul Bachy l'a emporté avec 29 voix, contre 14 pour Jean-Luc Warsmann, et 6 pour Bruno Subtil. Tous les élus ont donc été fidèles à leurs engagements… et l'esprit de MacArthur flottait sur l'hémicycle.
IL y a bien longtemps que l'hémicycle du conseil régional n'avait été aussi peuplé. Vendredi, les 49 conseillers régionaux étaient à leur poste, gentiment répartis par groupes et sous-groupes, nombre de spectateurs se pressaient autour, collaborateurs des services et supporters enthousiastes. Moralité, on ne pouvait plus bouger là-dedans.
La séance a été ouverte à 9 h 40 avec aux manettes le doyen des élus, Michel Perrin, du FN, et le cadet, Nicolas Marandon, PS, membre du cabinet de Mme Hazan, maire de Reims. Les observateurs n'ont pas manqué de souligner que le doyen était déjà doyen en 2004… Ironie du sort, le maître de cérémonie a débuté sa partition par une citation de Douglas MacArthur… On s'attendait à un « Je reviendrai » humoristique et quasiment implicite, il n'en fut rien… Monsieur Perrin nous gratifia d'une réflexion sur la relativité de l'âge : « On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d'années, on devient vieux parce qu'on a déserté son idéal. Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l'âme… » Il aurait encore pu nous dire, tout en restant sur le même auteur et le dictionnaire des citations : « Des moutons dirigés par un lion sont plus redoutables que des lions dirigés par un âne. » Ou, plus laconique encore, « Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. »
« C'est la démocratie qui a gagné »
L'émotion finit par se jouer du brave homme qui mélangea un peu « conseil général » et « conseil régional », « quorum » et « forum », avant de lancer la rituelle procédure d'appel, au cours de laquelle Pascal Samyn (FN) précisa, une fois pour toutes, que son patronyme se devait prononcer « samine » et non point « samain » ; dont acte.
Vint enfin le moment fatal de l'annonce des candidatures. L'un des colistiers de Jean-Luc Warsmann proposa son président de groupe ; Bruno Subtil, pensant sans doute à Napoléon se couronnant lui-même, se déclara sans autre forme de procès, et… l'on attendit un certain temps que l'on proposât Jean-Paul Bachy.
Las, le doyen regardait ailleurs et ne voyait pas la main levée du héraut de Jean-Paul Bachy… Incompréhension… Puis, libération quand la candidature tant attendue fut enfin enregistrée. La quatrième proposition concernait une suspension de séance d'un quart d'heure… Après quoi, les 49 conseillers purent enfin voter. A 10 h 25, Jean-Paul Bachy était élu, la « claque », acquise, lui faisant une « standing ovation ».
C'est reparti pour quatre ans
De retour sur son fauteuil, Jean-Paul Bachy se lança dans une rafale de remerciements. A ceux qui avaient relevé « le défi redoutable » de la distributions des bulletins dans les bureaux de vote. Des héros grâce auxquels « c'est la démocratie qui a gagné ». Il affirma sa volonté d'être « le président de toutes les Champardennaises et tous les Champardennais », ce qui est bien ; puis il précisa le cadre à venir de sa politique, soulignant « l'argent public étant rare (…) il nous faudra de la sagesse autant que de l'audace… ».
Revenant sur les conditions du scrutin, Jean-Paul Bachy ne pouvait éluder la forte abstention qui l'avait marqué. Sans doute un effet des sondages qui, selon lui, dévalorisent l'acte citoyen. Hum… Le président « rentrant » entend, de fait, mieux « valoriser l'institution régionale et faire fonctionner autrement et mieux la démocratie » régionale, elle aussi… Enfin, Jean-Paul Bachy ne pouvait terminer son envoi sans expédier quelques piques à la réforme des collectivités, ainsi qu'au gouvernement qui la veut instaurer : « Les nouvelles règles du jeu que veulent imposer le gouvernement et sa majorité parlementaire, vont amputer largement les régions de leur autonomie quant à leurs recettes (…) Une mobilisation de tous les républicains, de tous les démocrates et de tous les élus attachés à la décentralisation s'impose pour faire front, face à cette attaque brutale contre les collectivités locales… » A leur tour Bruno Subtil, Jean-Luc Warsmann et les autres présidents de groupes et sous-groupes se sont exprimés. Le premier déplorant « la disparition de certaine sensibilités, le NPA, le MoDem (…) Jacques Douadi était bien rigolo… ». Quant à Jean-Luc Warsmann, il remercia ses 165.000 électeurs, les assurant de sa fidélité aux engagements pris. Il revendiqua la nécessaire réforme des collectivités et son corollaire, selon lequel leur autonomie fiscale sera bien plus encadrée. Il affirma enfin sa volonté de pratiquer une « opposition constructive », dans « l'intérêt des territoires les plus en difficultés ».
C'est reparti pour quatre ans. Enfin peut-être. Jean-Paul Bachy et ses colistiers, mais aussi le FN, aiment à souligner l'incertitude qui pèserait sur sa durée de ce mandat ; Bruno Subtil précise : « Ce qu'une loi a fait, une autre peut le défaire… » Ce qui en d'autres termes signifie que tout ce beau monde pense déjà à 2012.
Philippe LE CLAIRE
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