Publié le jeudi 10 février 2011 à 10H56 - Vu 1272 fois
Si l'augmentation des jeunes Rémois qui ne mangent pas de porc perdure, les tarifs des repas des écoles publiques augmenteront fatalement.
REIMS (Marne). Les cantines rémoises auront-elles leurs menus halal ? Les responsables des cantines scolaires publiques veulent un état des lieux précis. Entre débat sur la laïcité et respect des règles communes, les décideurs vont faire face à un sacré casse-tête.
PUDIQUEMENT, les gestionnaires des cantines, les responsables d'établissement du primaire ainsi que les institutionnels les dénomment « menus spéciaux ». Derrière ce terme, s'abrite un débat plus que brûlant, celui du respect des règles religieuses au sein de l'école de la République. À Reims, comme dans la plupart des agglomérations de même taille, on assiste depuis plusieurs années à une augmentation considérable des demandes, alors qu'on ne dénombrait que quelques cas isolés au milieu des années quatre-vingt-dix. Les choses ont bien changé, car aujourd'hui, ce sont 1 165 enfants (678 en classes élémentaires et 487 en maternelle) qui refusent de manger du porc. Du coup, dans les couloirs de la Caisse des écoles, organe qui contrôle la gestion et la distribution de 6 350 repas quotidiens pour les enfants scolarisés dans le public, on commence à se faire des cheveux blancs. « D'autres plats sont prévus le jour où l'on sert du porc. Cela fait plusieurs années que cela est mis en place. Cependant, on peut dénombrer encore 550 enfants qui disent ne pas vouloir manger de viande du tout. Or, il ne faut pas oublier que notre mission première est de nourrir les enfants », assure Jacques Meyer, adjoint en charge de l'Éducation.
Laïcité et tribunaux
Que faire alors ? Jacques Meyer, adjoint et aussi patron de la Caisse des écoles, voudrait, dans les prochaines semaines, dresser un état des lieux précis des demandes avant de trancher. Pour ou contre le respect des habitudes alimentaires issues des religions sur les bancs des cantines de la République. Menus halal, cacher… les déclinaisons sont quasiment infinies. Le plus important des problèmes se situera certainement dans les couloirs et les laboratoires de la cuisine centrale, rue de Taissy, là où sont élaborés les repas servis dans les écoles publiques de la ville.
« Il est temps de poser le débat sur la table même si les tribunaux ont statué depuis longtemps. Il est acté que les repas ne sont pas un service public obligatoire. Si on ne voulait pas proposer d'autres plats les jours où il y a du porc, nous serions en droit de le faire mais ce n'est pas notre volonté », déclare Jacques Meyer. Xavier Albertini, ancien président de la Caisse, rejette quant à lui toute concession. « L'école ne reconnaît, ni ne méconnaît aucune religion. Il faut une neutralité, rien de plus. »
Augmentation des tarifs à terme
Pour un menu unique (sans porc), Jacques Meyer y est fermement opposé. « Nous sommes à un moment décisif. Jusqu'où doit aller l'école publique pour nourrir les enfants ? » Une réflexion va s'ouvrir avec les membres de la Caisse des écoles et la municipalité. Mais Jacques Meyer tient à prévenir : « Si nous continuons à multiplier les options d'alimentation, il y aura une augmentation du prix du repas dû à l'augmentation des tâches des salariés de la cuisine centrale. »
La Caisse des écoles et son budget sont donc assis sur une grenade qui vient d'être dégoupillée. Le débat promet d'être compliqué. Mais il mérite d'être lancé.
Thomas DUPRAT
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