Publié le lundi 13 février 2012 à 09H20 - Vu 1472 fois
En arrêt de travail depuis son intervention chirurgicale, Florence Delière bénéficie d'une Allocation d'Adulte Handicapé de… 242 euros par mois. En tant qu'assistante maternelle elle touchait 1100 euros mensuels.
PIERRY (Marne). Depuis qu'elle a été opérée en avril 2007 d'une hystérectomie totale, Florence Delière, 49 ans, souffre le martyre, victime de décharges électriques dans le bas-ventre dues à une névralgie pudendale. Depuis 4 ans, les experts médicaux se renvoient la balle… Epuisée par tant de souffrances, elle a décidé de porter l'affaire au pénal.
ELLE tient à peine debout, marche difficilement avec une canne. La douleur est insupportable… au point de ressentir au quotidien des « décharges électriques » dans le bas-ventre. « C'est pas une vie de souffrir comme ça ». Florence, tout juste 49 ans, est désemparée, meurtrie au plus profond de son corps. Les yeux vides, le teint livide, elle peine à se mouvoir dans sa propre maison… Sa vie a basculé le 23 avril 2007 à la suite d'une hystérectomie totale.
« Je ne dors plus, je n'ai plus envie de rien… Il y a des moments où j'ai vraiment envie de passer de l'autre côté ».
Assistante maternelle agréée, Florence Delière était une jeune femme active, débordante de vie. « J'avais 43 ans quand c'est arrivé. J'aimais marcher, je faisais du vélo… » Elle avait surtout le bonheur de profiter d'une vie paisible avec son mari et ses trois enfants dans leur petite maison de Pierry. Tout cela est bien loin… Aujourd'hui, Florence ne travaille plus. « J'adorais mon métier ». Elle n'est plus en mesure de s'occuper d'enfants en bas âge.
Elle vit recluse dans sa douleur persistante, repliée sur elle-même, ne trouvant plus d'intérêt ni de plaisir à sortir de chez elle, vivant plutôt dans l'espace circonscrit de son petit salon ou de sa chambre, s'abîmant dans un marasme morbide. « C'est irréparable cette affaire. Physiquement et moralement, je ne m'en remets pas. Cette histoire m'a brisée. Elle a abîmé notre famille… »
Réopérée deux fois
Florence a été opérée le 23 avril 2007 à la clinique Saint-André à Reims d'une hystérectomie totale. « Lorsque je me suis réveillée, j'avais mal au ventre. J'avais une sonde, une mèche… rien d'extraordinaire. Je suis sortie le samedi, mais j'ai tout de suite senti que je n'allais pas bien. J'avais du mal à marcher, des douleurs terribles. J'ai passé une nuit d'horreur… Le dimanche, il faisait pourtant chaud, j'étais blottie sous la couverture. J'avais de la fièvre. Les douleurs étaient devenues insupportables. J'ai été hospitalisée en urgence le 29 avril ». L'examen médical ne relèvera rien. Florence rejoindra son domicile le 4 mai… Mais, les douleurs ne cesseront jamais. Aujourd'hui encore, elles sont là, présentes, persistantes, en dépit des nombreuses interventions dont elle a fait l'objet.
« Je suis retournée deux fois sur la table d'opération en mars 2008, en avril 2009. J'ai vu plusieurs experts… Après deux échecs, ils m'ont implanté une pompe à morphine en décembre 2009. Rien n'y a fait. J'ai des décharges électriques qui me traversent le corps, parfois ça peut durer 3 ou 4 heures. C'est insupportable ! »
Avis divergents
Dès janvier 2009, les médecins émettront l'hypothèse d'une « lésion du nerf pudendal » et mettront en évidence le diagnostic d'une névralgie pudendale (*), une pathologie méconnue de nombreux professionnels de santé, ce qui conduit la plupart des malades dans un périple médical sans fin, avec les conséquences morales et physiques que cela implique. Les différents experts qui ont examiné Florence n'auront d'ailleurs pas le même avis sur « les causes du dommage ».
Les uns l'attribueront à « une faute médicale », les autres à un « accident médical non fautif », « un aléa », « une complication non fautive »… Des affirmations que ni Florence, ni sa famille ne peuvent entendre… D'autant que les divergences des experts conduisent les diverses commissions d'indemnisations à se rejeter la balle.
Les tentatives d'indemnisation à l'amiable ont échoué. La Commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CRCI) vient de renvoyer le dossier à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) qui, le 3 janvier 2012, a rejeté la demande d'indemnisation compte tenu « des divergences entre les conclusions du rapport d'expertise et l'avis rendu par la CRCI ».
Aujourd'hui, Florence Delière n'a plus d'autre choix que de saisir le tribunal de grande instance de Reims. Elle a confié son dossier à Me Legay, avocat au barreau de Reims, afin qu'il intente un procès au gynécologue qui l'a opérée. « Cela fait 5 ans que ça dure. On est épuisés… Je ne travaille plus. Je suis dépressive. J'ai été hospitalisée 52 jours l'an passé et je vois un psychiatre toutes les semaines. Ma fille est tombée dans l'anorexie. Elle ne va plus à l'école. Mon mari est totalement abattu. Mes fils en veulent au gynécologue. Il ne faudrait pas qu'ils tombent dessus… On sait très bien qu'il ne l'a pas fait exprès, mais c'est lui qui tenait le bistouri ».
Caroline GARNIER
Photos : Hervé OUDIN
(*) La névralgie pudendale est une affection d'origine nerveuse qui touche un nerf situé dans une région profonde de la fesse, le nerf « honteux interne », appelé aussi nerf « pudendal ». Il dessert toute la région pelvienne et donc les zones les plus intimes du corps.
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