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Quatre villages mangent leur pain noir

Publié le mercredi 01 février 2012 à 12H00 - Vu 350 fois


A la boulangerie Jacquemin, on estime qu'il n'était financièrement plus possible

A la boulangerie Jacquemin, on estime qu'il n'était financièrement plus possible


SAINTE-MENEHOULD (Marne). La boulangerie Jacquemin de Valmy a cessé ses tournées dans six villages. Seuls deux d'entre eux ont trouvé une solution de remplacement. Les habitants de quatre de ces communes se retrouvent donc sans livraison de pain.

IL a tenu jusqu'à dimanche dernier. Depuis hier, le personnel de la boulangerie Jacquemin de Valmy n'effectue plus ses tournées dans six villages de l'Argonne.
Le nouveau gérant avait poursuivi ce service, déjà proposé par son prédécesseur, dès la reprise de la boulangerie en 2003.
Les endroits touchés par ce changement sont Laval-sur-Tourbe, Saint-Jean-sur-Tourbe, Wargemoulin-Hurlus, Minaucourt-le-Mesnil, Argers et Dommartin-Dampierre.
Le boulanger Sébastien Jacquemin, gérant de l'enseigne, explique que cet abandon est dû « à une question de coût. Je ne pouvais plus aller de l'avant. L'an dernier, mes bénéfices ont été divisés par deux. »

De moins en moins d'acheteurs


En cause, la hausse des matières premières, l'augmentation des frais de déplacement, et surtout la baisse des demandes. « Les acheteurs sont souvent des personnes âgées, qui peu à peu quittent ce monde, constate Sébastien Jacquemin. Les jeunes qui les remplacent n'ont pas l'habitude de demander qu'on leur apporte le pain à domicile. En conséquence, le nombre d'adresses de livraison diminue au fil du temps. » Du coup, pour éviter que le bateau coule, Sébastien Jacquemin a dû procéder à un licenciement économique. Et il s'acquittera d'un employé supplémentaire à la fin du contrat de celui-ci.
Deux personnes en moins dans l'effectif, donc, et une employée qui, de retour après une longue maladie, ne peut plus se charger des tournées. « Je n'ai donc pas le choix, je dois me séparer d'un véhicule, regrette Sébastien Jacquemin. Ce qui implique moins de tournées. »
Le boulanger a donc fait le choix des points de son secteur où il avait moins de clients. S'il s'accorde à dire que tout s'est décidé assez vite, il note qu'il avait déjà fait part via un courrier, il y a deux semaines, de la nécessité de trouver rapidement une solution au problème. Sans résultat.
« J'ai un peu l'impression que personne ne pensait que j'allais arrêter. » Sébastien Jacquemin avait sollicité les élus pour un projet de nouveau local, qui aurait inclus une partie épicerie. « Cela m'aurait permis d'attirer une nouvelle clientèle, et de joindre peu à peu les deux bouts. » Mais d'après lui, seul Bertrand Courot aurait accepté de faire des démarches pour obtenir des subventions. « Lorsque j'ai rencontré Benoist Apparu, raconte Sébastien Jacquemin, il m'a dit que l'Etat n'aidait que les entreprises en difficulté. Il faudrait donc attendre que je dépose le bilan pour agir ? »
Les clients du boulanger n'auraient pas tous apprécié sa décision.
« Vous arrêtez sans doute parce que vous avez trop d'argent, » aurait-on lancé à Sébastien Jacquemin. Du côté des maires des communes concernées, on avoue aussi avoir accueilli la nouvelle avec amertume. « Cela pose effectivement des problèmes, concède François Mainsant, président de la communauté de communes de la région de Suippes et maire de Saint-Jean-sur-Tourbe. A nous, élus, d'y remédier. » Une permanence est installée depuis hier à la salle de réunion de Saint-Jean-sur-Tourbe, de 9 h 30 à 10 heures, jusqu'à dimanche. Ce qui ne remplace certainement pas des tournées… « Ensuite, la boulangerie de Cernay-en-Dormois pourrait prendre le relais, » poursuit François Mainsant.

La fin progressive des tournées ?


A l'heure où nous écrivons ces lignes, rien n'est acté sur le sujet. Minaucourt et Wargemoulin bénéficient, depuis hier, des tournées de la boulangerie de Cernay.
Les quatre communes restantes pourraient bien se retrouver sans fournisseur à domicile pour un certain temps…
A Dommartin-Dampierre, la nouvelle est tombée comme un coup de massue. « Tout cela est allé un peu vite, déplore le maire Nicolas Maille. C'est dur à admettre. » Aucune solution de remplacement n'est prévue. Assurer une permanence nécessite en effet des moyens, que la mairie n'a, pour l'heure, pas pu déployer. « L'arrêt des tournées est surtout dérangeant pour les personnes âgées, » poursuit Nicolas Maille.
Mais Sébastien Jacquemin assure avoir tout fait pour éviter cette situation. « Je sais que je me suis battu jusqu'au bout. Mais ce n'était plus possible pour moi. » Il reste une dizaine de villages concernés par les tournées de la boulangerie Jacquemin. Mais jusqu'à quand ?
« Je ne sais pas si je pourrai maintenir ce fonctionnement encore longtemps, » juge Sébastien. Au-delà de sa décision, ce changement s'inscrit dans une évolution plus générale des campagnes : c'est tout un mode de vie qui change. La disparition progressive des populations entraîne celle de leurs habitudes, et ces dernières ne sont pas toujours reprises par les nouveaux arrivants. La tendance est-elle irrémédiable ? Seul l'avenir le dira.

David BUGEAT

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uaerialb

02/02/2012 à 19h12

on espère un peu de solidarité pour aider les voisins, surtout àgés ...

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