Publié le samedi 14 janvier 2012 à 10H40 - Vu 1656 fois
Retirer ses implants mammaires pourrait coûter 4 000 € à Sylvie.
MARNE. Il y a d'abord l'angoisse du corps étranger jugé potentiellement dangereux. Et puis la perspective d'une nouvelle opération. C'est le cas de Sylvie, une Marnaise qui porte des implants PIP depuis huit ans.
ELLES seraient environ 30 000 en France. Toutes porteuses d'implants mammaires Poly Implant Prothese (PIP). Et depuis plusieurs mois maintenant, elles vivent dans l'angoisse. Celle d'imaginer la prothèse se rompant avant que son gel non homologué - douteux à dire vrai -, ne se répande.
À Châlons, Sylvie* ne pense plus qu'à ça. « ça fait des mois que je déprime, c'est difficile, témoigne-t-elle. Et puis ça me démange sous les bras, ou dans cette zone. C'est psychologique je sais, mais j'ai vraiment le moral à zéro. »
En 2004, lorsqu'elle s'est fait poser ces implants, Sylvie était loin d'imaginer ce qui se produirait quelques années plus tard. « J'ai été opérée dans une clinique à Troyes, parce que je connaissais une personne qui avait eu une bonne expérience avec ce chi- rurgien. »
Là-bas, le médecin lui propose donc des prothèses PIP. Pourtant, rappelle-t-elle, « il était un peu plus cher que les autres ». Qu'importe, seul compte le résultat. Et jusqu'ici, Sylvie n'avait jamais eu à s'en plaindre.
« Il m'a prise pour une folle »
Mais lorsqu'elle apprend, en mars 2010, que l'agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Affsaps) vient d'ordonner leur retrait du marché, la tension monte. Dès le mois suivant, la jeune femme tente d'obtenir des réponses auprès de son chirurgien troyen. Davantage un mal qu'un bien pour cette patiente.
« J'ai l'impression qu'il m'a prise pour une folle… Disons qu'il prenait les choses de haut. Et puis il m'a simplement dit que je n'avais pas de soucis à me faire. Pour lui, le numéro du lot et le gel ne posaient aucun problème », se souvient-elle.
Dix-huit mois plus tard, renversement total de situation. L'affaire éclate au grand jour, et les déclarations du PDG de la société productrice, Jean-Claude Mas, lors de ses interrogatoires réalisés enbib 2010, assomment littéralement les porteuses d'implants et sèment la panique.
Pas question pour Sylvie de garder ces prothèses. « J'ai rappelé la clinique, et on m'a donné un rendez-vous pour la fin du mois de janvier. » L'intervention aura lieu plus tard, mais un autre problème préoccupe déjà cette marnaise.
« On m'a expliqué que cela me coûterait 4 000 € ! Ce n'est pas possible, il va falloir trouver une solution avec lui. Je connais une femme qui vient de les faire retirer à Reims, et on ne lui a demandé qu'autour de 400 €… »
Le ministère de la Santé a d'ores et déjà annoncé - après avoir recommandé le retrait à titre préventif, et sans caractère d'urgence, de ces prothèses - que les explantations seraient prises en charge par la sécurité sociale.
Mais à quel seuil du prix demandé par les chirurgiens ? « […] Il sera demandé au conseil de l'ordre des médecins de sensibiliser les praticiens pour qu'il y ait adéquation entre ces conditions de remboursement et leurs honoraires », indique simplement un communiqué de l'assurance-maladie. Seule certitude : la pose de nouvelles prothèses sera en revanche à la charge des patientes, à l'exception de celles qui entrent dans la catégorie de la chirurgie réparatrice.
Encore sonnée par les événements, Sylvie ignore encore les démarches précises à suivre. Et vers qui se tourner. Les organismes de santé, les associations, elle n'a encore frappé à aucune porte. « Mais peut-être que je vais me retourner contre ce chirurgien, je vais voir… »
J.G.-A.
Pour toute information, les patientes porteuses d'implants mammaires PIP peuvent composer le n° vert national : 0800.636.636. En cas de difficultés d'accès à un professionnel, elles peuvent s'adresser à l'ARS de Champagne-Ardenne au 03.26.64.42.00, ou par e-mail à ars-ca-promam@ars.sante.fr.
*Prénom d'emprunt
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