Publié le jeudi 11 octobre 2012 à 08H11 - Vu 383 fois
Des peines de sept mois à un an de prison avec sursis assorties d'amendes, ont été requises hier à l'encontre des trois anciens dirigeants de la coopérative de champagne Esterlin.
Si tous ont reconnu l'existence des faux millésimes vendus aux magasins Ed, l'ancien président et l'ex-directrice administrative ont pointé la responsabilité du chef de cave de l'époque. Une fraude pour laquelle la principale victime réclame près de deux millions d'euros.
LA phrase résonnera longtemps dans les cuves de la coopérative. « Depuis que je suis arrivé en 2000, il n'y a jamais eu un vrai millésime vendu aux magasins Ed, jamais. » L'aveu, réitéré hier devant le tribunal correctionnel de Châlons, est signé Franck Zehner, l'ancien chef de cave d'Esterlin. Zehner, celui qui balance, Zehner devenu l'homme à abattre. C'est lui que les deux autres prévenus vont tenter de désigner comme coupable essentiel des manœuvres frauduleuses, commises entre 2002 et 2005 dans la coopérative de Mancy.
Mauvaise pub
Lysiane Géraudel d'abord, l'ex-directrice administrative et commerciale ne cessera de le répéter : les chiffres, rien que les chiffres. « Je ne m'occupais pas de la cave », répète-t-elle inlassablement malgré les témoignages. L'ancien président ensuite. « J'ai trop fait confiance », affirme simplement Patrick Jean. « Et puis je n'étais pas tout le temps dans la maison. Je ne m'occupais pas vraiment de la cave. » Même l'actuel président d'Esterlin, représentant légal de la société également poursuivie, et par ailleurs président de la Fédération des coopératives de Champagne, Eric Potié, volera d'une drôle de manière au secours de son prédécesseur. « À mon poste, je suis incapable de savoir ce qu'il y a précisément en cave, mais ça me semble convenable », répond-il lorsque le président du tribunal lui demande s'il est en mesure d'affirmer que ces pratiques ont disparu dans la société. « Et bien, ce n'est vraiment pas de la pub pour le champagne que vous nous faites auprès des gens qui écoutent », lui fait remarquer, non sans malice, le magistrat. Décidément.
Crime sans mobile
Tous, pourtant, ont reconnu l'essentiel des éléments qui leur sont reprochés. Et admis qu'ils connaissaient parfaitement les pratiques employées : la vente de faux millésimes aux magasins Ed, à l'époque filiale du groupe Carrefour et gros client de la coopérative. Tout juste divergeaient-ils sur le nombre de bouteilles concernées, soit entre 150 000 et 500 000 flacons, selon les uns et les autres. Les enquêteurs, eux, ont estimé l'ensemble de la fraude à 426 000 bouteilles faussement millésimées. Une plus-value certaine dont la destination restera pourtant opaque. En tout cas, déplore Me Feddal, avocat des magasins Ed, « Tout cela ne semble pas émouvoir plus que cela ces personnes. » Responsables mais pas coupables, semblent dire Lysiane Géraudel et Patrick Jean, ce dernier affirmant désormais que cette fraude, qu'il avait pourtant cautionnée, n'était censée être que… temporaire. « Et vous nous dites que vous n'avez pas cherché à en savoir davantage par la suite ? », s'étonne le président. « Mais personne n'était donc responsable chez vous ! »
Et pourtant la question essentielle demeure dans ce mode de défense visant à incriminer le chef de cave : quel intérêt Franck Zehner aurait eu à organiser cette fraude ? Aucun. « Nous voilà donc en présence d'un crime sans mobile », ironise le président du tribunal.
La faute des raisins
Et puis il y a encore ces faits d'adjonction de sucre, que nul ne nie aujourd'hui. Morceau choisi : « Déjà en 2001, ce n'était pas possible », témoigne Franck Zehner. « Avec les raisins qu'on nous amenait, on était à 7,5 en degrés. Alors ils ont appelé la CSGV qui a exigé d'être payée tout de suite pour le sucre, c'était la panique à cause de ça ! »
Patrick Jean ne dira pas l'inverse d'ailleurs. Tout en rejetant indirectement la faute sur les coopérateurs et leur raisin. « J'ai voulu fermer le pressoir à un moment, mais ils ont menacé de quitter la coop », se défend-il.
Il y aura aussi la disparition des cahiers d'habillage et de dégorgement, l'absence de traçabilité « déjà en place avant l'arrivée de Franck Zehner d'après les témoignages », rappellera encore le procureur.
Ce sera pourtant lui que les deux autres prévenus accuseront d'être un piètre œnologue et à l'origine de l'ensemble des problèmes. Il faut dire qu'au-delà des peines de prison requises par le parquet - de sept à 12 mois de prison avec sursis, entre 1 000 et 3 000 euros d'amende et 30 000 euros d'amende à l'encontre de la coopérative - la note réclamée aujourd'hui par la victime principale, les magasins Ed, aux trois prévenus ainsi qu'à la coopérative, approche les 2 millions d'euros. Le jugement a été mis en délibéré.
Julienne GUIHARD-AUGENDRE
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Les dernières contributions
bayard53
135m d'altitude et en L1
19/10/2012 à 15h44
virtuel51 je suis d'acord avec vous. 1 reco
c'est la justice a 2 vitesses .
ces pauvres minables qui soit disant ne s'occupaient de la cave!!! tien mon oeil!!
virtuel51
12/10/2012 à 21h34 | 1
Que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir.
il y a 100 ans, un voleur de pomme risquait la perpétuité.
Un dealer risque 10 ans.
Un patron frauduleux qui met des milliers de personnes au chômage dont certaines ne trouvent comme solution que traficoter pour nourrir leur famille, ne prend comme peine que de 3 mois à 3 ans de prison avec sursis!!!!
Rigolons et sortons leurs adresses; que tout le monde sache qui sont ces pourritures.
Peut-être aussi l'adresse de leurs juges mais là laissez les dealers ,ils s'en chargent.
Filochard51
Autour d'Epernay
11/10/2012 à 20h44
Pourquoi mettre "vigneron indépendant" sur son pas de porte et faire un champagne de qualité quand on voit qu'en toute impunité avec du jus ordinaire et du sucre à profusion on peut faire un millésime pour une peine minime finalement pour les apprentis sorciers sans parler des marchands de sucre" blancs" comme le produit qu'il "vendent" si l'on peut dire.
Magouilles , magouilles que de beaux jours encore pour quelques uns. Entre faux millésime et champagne à moins de 6 €, messieurs les coopérateurs bernés et vignerons sérieux les soucis sont à votre porte.
chambouvart
triangle Reims/Chalons/Epernay
11/10/2012 à 17h54
Amis viticulteurs, gratter vos étiquettes et vendez tout comme étant du millésime. Vous ne risquerez qu'une prune de 10 centimes par flacon. Allez y vous avez le feu vert ! Vous pouvez même bruler votre registre de cave et enrouler le colibri autour du cou de celui qui vous contrôle le degré de vos raisins. Vive les magouilles ! La champagne ne sort pas grandi de cette affaire. Le CIVC, le SGV, l'AIDAC sont ils au moins partie civiles dans cette affaire ?????
chocolate
11/10/2012 à 17h12 | 1
une personne volant dans un magasin aurait de la peine ferme.Une justice a combien de vitesse ?
Filochard51
Autour d'Epernay
11/10/2012 à 17h02
Mais c'est quoi ce verdict. "Tous, pourtant, ont reconnu l'essentiel des éléments qui leur sont reprochés. Et admis qu'ils connaissaient parfaitement les pratiques employées "
Alors s'ils n'ont que 7 à 12 mois avec sursis et 1000 à 3000 € d'amende, nous sommes là finalement devant un encouragement aux apprentis sorciers à continuer et faire profiter aussi les marchands de sucre bien discrets et pas inquiétés.
Les plus pénalisés dans cette affaire ne serait ce pas les coopérateurs qui vont devoir un moment ou à un autre supporter financièrement les errances d'une poignées d'apprentis sorciers
Ce verdict va pénaliser les viticulteurs traditionnels, le champagne et la champagne et encourager les bandits.
Filochard51
Autour d'Epernay
11/10/2012 à 11h57 | 3
Mais c'est quoi ce procès. "Tous, pourtant, ont reconnu l'essentiel des éléments qui leur sont reprochés. Et admis qu'ils connaissaient parfaitement les pratiques employées "
Alors s'ils n'ont que 3 à 6 mois avec sursis et 1000 à 3000 € d'amende, nous sommes là finalement devant un encouragement aux apprentis sorciers à continuer et faire profiter aussi les marchands de sucre bien discrets et pas inquiètés.
Ce verdict va pénaliser les viticulteurs traditionnels, le champagne et la champagne et encourager les bandits.