Publié le lundi 01 novembre 2010 à 11H34 - Vu 5971 fois
Champagne-Ardenne ? Une appellation loufoque et contre-productive que le patron régional du Medef veut raccourcir et simplifier… en supprimant le mot « Ardenne », rien que ça.
AUX armes Ardennais, ils sont devenus fous ! Barbotant dans un océan effervescent de suffisance, le Marnais Pierre Possémé, président du Medef (Mouvement des entreprises de France) régional, milite pour évacuer le mot « Ardenne » du nom « Champagne-Ardenne ». Une proposition aux allures de canular mais que ce « patron des patrons » avance avec autant de morgue que de sérieux, campé sur ses dédaigneuses certitudes. Et plus fort que tout, cette idée iconoclaste est relayée, même à demi-mot, par certains responsables ardennais, à commencer par Géraud Spire, le président de la CCI (Chambre de commerce et d'industrie) des Ardennes !
« Nous sommes avant tout des Champenois », assure Pierre Possémé. « Dans l'appellation Champagne-Ardenne, le mot fort, c'est Champagne. Et puis Champenois est plus facile à prononcer que Champardennais. Quand on veut vendre à l'export, il faut un mot court, lisible. C'est un problème de visibilité et d'appartenance, nous avons besoin d'une identification forte et cette identification, c'est incontestablement la Champagne qui la fournit. Je me sens Champenois et c'est ainsi que je me présente, mais en aucun cas Champardennais. Et je remarque que le fait de voir son nom accolé à celui de la Champagne n'a jamais fait avancer les Ardennes. »
Le patron du Medef, pour poursuivre son ahurissante démonstration, s'aventure même à pratiquer un humour qui ne fera rire que lui : « Les Bourguignons n'imaginent pas un seul instant accoler au nom de leur région celui d'une obscure forêt de Saone-et-Loire… Nous, on le fait. Si on accepte Champagne-Ardenne, pourquoi pas Champagne-Argonne, Champagne-Der ou Champagne-Forêt d'Orient ? »
Tout sauf un hasard
Ne nous y trompons pas : cette charge d'un mépris absolu contre notre département n'a rien d'une tocade ou d'une lubie passagère. Au-delà de l'éternelle guerre de clochers entre les Ardennes ouvrières et la Marne bourgeoise, au sein de certains cénacles rémois, l'idée fait son chemin, lentement mais sûrement.
Et ce n'est sans doute pas un hasard si l'étude « Champagne-Ardenne 2030 », lancée en 2009 par le Medef et la Chambre régionale de commerce et d'industrie, retenait comme piste de travail ce raccourcissement du nom de notre région.
« Nous avons étudié ce dossier parmi d'autres », reconnaît Pierre Possémé. « Encore une fois, alors qu'on est à l'heure de l'Europe et de l'international, c'est une simple question de bon sens. Et quand nous nous sommes posé cette question, il y avait avec nous plusieurs décideurs ardennais qui n'ont pas contesté, notamment Géraud Spire et François de Saint-Gilles. »
Problème, ce dernier, bien que confirmant l'existence d'une réflexion à ce sujet, rejette farouchement l'idée : « Je suis contre ! », affirme-t-il d'un ton qui ne laisse planer aucun doute sur la fermeté de ses convictions.
« Je n'ai rien contre la Champagne, mais j'aurais du mal à admettre, moi qui suis un Ardennais de naissance, que l'on puisse rayer mon département d'un simple trait de plume. Qu'on ouvre ou poursuive une réflexion sur l'identité régionale, sur le manque d'unité de notre région, d'accord. Mais je ne pourrais pas accepter ça. Que le nom Ardennes soit moins porteur que Champagne, c'est évident. Mais il n'est pas négatif pour autant. Et j'imagine la tête des entrepreneurs ardennais du Medef si on leur disait qu'ils ne travaillent plus en Champagne-Ardenne mais en Champagne tout court… »
J.-C. ROUSSEL
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