Porté disparu en 1915, sa famille n'avait jamais cessé de le chercher

Porté disparu en 1915, sa famille n'avait jamais cessé de le chercher

Publié le dimanche 07 octobre 2012 à 08H46 - Vu 956 fois

MINAUCOURT (Marne). Ce matin, une émouvante cérémonie se déroule à la nécropole de Minaucourt. De nombreux membres de la famille du lieutenant Leguay, disparu en 1915 et retrouvé en mai dernier à la Main de Massiges, sont rassemblés pour rendre un vibrant hommage à leur aïeul si longtemps recherché.

GENEVIÈVE Hammouda n'a jamais connu son grand-père. Pourtant, il lui est aussi familier que s'il lui avait raconté des histoires quand elle était petite, le soir, au coin du feu. On le sait, aujourd'hui, Arthur Leguay est mort le 30 septembre 1915 en montant au front à la Main de Massiges.
A l'époque, sa famille devra pourtant attendre la fin de la guerre pour que son décès soit officiellement reconnu par l'armée. Ces quatre années d'attente, d'incertitudes et de fol espoir marqueront la famille de manière indélébile.

Grand lecteur et bon vivant

« Ma mère parlait beaucoup du fait qu'elle était angoissée par rapport à la disparition de son père. A la fin de la guerre, alors que ses camarades se réjouissaient dans la cour de l'école, elle pleurait parce qu'elle ne savait pas si son père était vivant. » Jeanne Leguay était l'un des trois enfants d'Arthur et Madeleine. Elle est devenue orpheline à l'âge de 10 ans.
Ce père chéri, attendu, espéré et dont on n'avait finalement jamais retrouvé le corps, elle n'a cessé de le faire vivre à sa manière.
Avec ses propres enfants, elle a entretenu la flamme. Pour sa fille, Geneviève, c'était bien plus qu'un souvenir : « C'était une présence réelle. »
Pour cela, point n'était besoin d'afficher son portrait sur le mur du salon. Pas le genre de la maison.
En revanche, sa personnalité, son caractère, ses écrits se sont transmis de génération en génération.
« Mon grand-père était un bon vivant, explique Geneviève dont la voix enjouée semble dire je suis bien la petite fille d'Arthur Leguay. Bien qu'étant un ouvrier qui avait fondé son entreprise, c'était aussi un grand lecteur. »
En 1897, le jeune sarthois décroche - fait rare à cette époque - un baccalauréat Lettres-Philosophie avec mention.
De son rappel sous les drapeaux le 2 août 1914, par ordre de mobilisation générale, à sa disparition, il ne cessera d'écrire.
La correspondance qu'il échange avec son épouse Madeleine est à la fois très tendre et très instructive.
Sa petite-fille a conservé toutes ces lettres dont certaines semblent avoir échappé à la censure militaire.
 

Un soldat révolté

« Il raconte par exemple qu'il est allé assister aux Actualités sur la guerre et il dit : Que de mensonges !. Il évoque le quotidien des soldats, les conditions de vie. On sent sa révolte. »
Si nombre de tabous concernant la Grande Guerre ont aujourd'hui été levés, les sentiments qu'il exprimait à l'époque étaient sévèrement réprimés.
Le jour de sa mort, une date parmi tant d'autres au cours de cette deuxième grande offensive de Champagne, 14 officiers et 631 hommes de troupe de son bataillon perdront la vie.
A la fin de la Grande Guerre, on dénombre plus d'un million de morts dans les rangs des militaires français. Un grand nombre d'entre eux n'a, à ce jour, jamais été retrouvé.
Habituée à fréquenter les nécropoles marnaises une fois par an pour y retrouver la trace de son aïeul, Genevière Hammouda est tout particulièrement sensible à cet aspect des choses. « Ce qui nous frappe, ce sont tous ces morts dont on n'a pas retrouvé les corps. » Si elle tient peut-être de son grand-père, sa nature optimiste, l'ancienne prof de français tire de son histoire tragique un profond rejet de la guerre.
Ce matin, pour la deuxième fois en moins de quatre mois, elle foule le sol argonnais qui a si longtemps retenu la dépouille de son grand-père.
« Quand nous avons appris qu'il avait été retrouvé (lire ci-dessous), nous avons été très émus. En fait, je ne pensais pas l'être autant. Tout de suite j'ai pensé à maman… »
Ce matin, c'est entourée de ses enfants et petits-enfants, mais aussi de son cousin Xavier Guittet dont la grand-mère était l'une des sœurs d'Arthur, qu'elle vient rendre un nouvel hommage à son aïeul. Un événement plus familial que protocolaire qui a néanmoins valeur de symbole à quelques mois de l'ouverture des cérémonies du centenaire de la Grande Guerre.
Stéphanie VERGER

L'union l'Ardennais