Publié le lundi 29 novembre 2010 à 09H29 - Vu 694 fois
VITRY-LE-FRANCOIS (Marne). Pour combler le manque de médecins en milieu rural, les élus font parfois appel à des cabinets de recrutement. Beaucoup s'avèrent peu sérieux. La commune de Pargny-sur-Saulx en a récemment fait les frais.
LE conseil de l'ordre national des médecins tire la sonnette d'alarme. Il met en garde contre les cabinets de recrutement de médecins qui proposent d'aider les communes à combler le manque de professionnels de santé sur leur secteur, et qui ont des pratiques pour le moins douteuses.
Il vient encore d'alerter les pouvoirs publics notamment par un communiqué lisible sur le net. Le conseil de l'ordre départemental, lui, a envoyé plusieurs courriers dans les mairies et aussi au niveau national afin d'avertir les élus.
Trois refus
Jusqu'à 40 000 euros, c'est la somme que certains cabinets de recrutement sont prêts à demander aux élus pour leur trouver la perle rare. Avec la pénurie de médecins en campagne, certains ont trouvé le filon : dégotter un professionnel souvent en provenance des pays de l'Est, moyennant rémunération. Jusque-là rien de frauduleux. Mais, encore faut-il être un professionnel du recrutement et rendre le service payé.
Exemple à Pargny-sur-Saulx, 2 000 habitants. Pour lutter contre le manque de médecin - il n'en reste qu'un, bientôt à la retraite -, la municipalité a d'abord fait appel, voici deux ans, au cabinet de recrutement LCI Lutter* qui a pignon sur rue à Colmar.
Le cabinet disparaît
Quelque 14 000 euros, c'est la rémunération qu'exigeait le cabinet. Il a proposé trois médecins mais tous ont été refusés par le conseil départemental de l'ordre. Le maire a mis un terme au contrat.
Sans détour, le président du conseil départemental de l'ordre des médecins, qui décide ou non, de la venue de médecins, Jackie Ahr explique ce refus : « Ils n'avaient tout simplement pas le droit d'exercer en France, selon l'accord européen. Pour ces trois médecins, comme pour les autres, nous avons appliqué la loi que le cabinet de recrutement connaît ou se doit de connaître. Un médecin d'un pays européen peut exercer en France si ses diplômes ont été obtenus après que son pays est entré dans l'Europe. Si ce n'est pas le cas, nous ne pouvons pas l'accepter, c'est la règle. »
Ce qui trouble le maire de Pargny-sur-Saulx, Roland Leclère, c'est que ces trois médecins, selon ses informations, ont été acceptés ailleurs : en Haute-Marne, dans la Meuse et dans un village du Centre où il dit s'être rendu pour vérifier. « Nous avons besoin de médecins dans la Marne, reprend Jackie Ahr, mais nous ne pouvons pas les accepter à n'importe quel prix et surtout pas en dehors des règles. »
Un pourcentage
Avec le second cabinet, le maire, échaudé par sa première expérience, a préféré attendre pour payer. CEFC, basé à Verdun, aujourd'hui disparu, lui ne se rémunérait pas sur le dos des collectivités locales mais sur le chiffre d'affaires des professionnels exerçant grâce à lui.
« Ce qui est profondément immoral et à la limite de la légalité, repend Jackie Ahr. Certains cabinets peuvent demander jusqu'à 20 % sur le CA pendant dix ans ! » C'est pour cette raison que la dermatologue, installée récemment à Pargny-sur-Saulx, a rapidement mis un terme à sa relation avec CEFC, et ce depuis la Roumanie.
« Il me demandait 10 % de mon chiffre durant deux ans. Je trouvais cela beaucoup trop et malhonnête, rapportait-elle à son arrivée. Il était mieux de les payer une fois et c'est tout. Mais ce n'est pas cela que le cabinet souhaitait. »
Maligne, la professionnelle est néanmoins restée en contact avec Pargny-sur-Saulx. Et aujourd'hui c'est elle qui met en relation son réseau de médecins traitants avec la municipalité…
Anne-Sophie COURSIER
*Malgré nos nombreuses tentatives, le directeur n'a pas donné suite à nos appels.
Précision
Dans cet article, nous avons relaté les pratiques douteuses de certains cabinets de recrutement de médecins pour le secteur rural. Des pratiques d’ailleurs dénoncées par l’ordre national des médecins mais également par l’ordre départemental. L’arrondissement de Vitry-le-François étant particulièrement touché par la pénurie de médecins généralistes, certaines communes en ont fait les frais, comme Pargny-sur-Saulx, qui a fait appel à deux cabinets sans résultat.
Cependant, elle avait dû mettre la main à la poche. Nous avons cité deux cabinets dont C.E.F.C. recrutement basé dans la Meuse. Il était devenu fantôme pour la municipalité puisque l’équipe municipale est restée sans nouvelles durant de longs mois et ne pouvait le joindre. Nous-mêmes avons rencontré des difficultés à retrouver les coordonnées.
La société s’est finalement manifestée après la parution de l’article et tient à préciser qu’elle existe toujours. Basée à à Pareid dans la Meuse, elle a plusieurs structures en France et en Roumanie. De son côté, elle dénonce les pratiques douteuses… des ordres national et départemental des médecins. Un rapport a même été récemment déposé au Sénat. Et un livre devrait sortir à ce sujet. À suivre.
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