Publié le vendredi 10 juin 2011 à 07H51 - Vu 1715 fois
L'auteur de la page est à la recherche de « rencontres sans lendemain ».
REIMS (Marne). À peine sorti de prison, un délinquant sexuel a ouvert une page Facebook sur laquelle il propose des «rencontres sans lendemain».
ISABELLE (*), 41 ans, pensait cette histoire derrière elle. Elle espérait surtout pouvoir encore préserver sa fille de 14 ans, victime d'attouchements sexuels alors qu'elle n'avait que 10 ans… Quelle ne fut pas sa surprise de tomber, il y a 15 jours, sur une page Facebook ouverte par l'agresseur de sa fille, condamné à 5 ans de prison en octobre 2008, libéré en février 2011, sans qu'elle en soit informée. Des pages consultables par toute personne et sans aucune restriction. Des pages au message sans équivoque : il est à la recherche « de rencontres sans lendemain ».
« Je suis atterrée. Je ne comprends pas qu'un délinquant sexuel puisse ainsi ouvrir un compte sur Facebook. C'est inadmissible. C'est lui offrir une possibilité de récidiver, » s'insurge Isabelle, ulcérée par la situation. « Ce sont des choses que je n'avais pas envie de revivre… Je ne savais même pas qu'il était dehors. Il habite Reims, comme nous. Ses parents habitent à deux pas du collège de ma fille… Comment peut-il, alors qu'il a également été condamné à un suivi sociojudiciaire avec injonction de soins pendant trois ans, avoir accès aux réseaux sociaux et ainsi approcher des mineurs ? ».
Le compte Facebook à peine découvert, son sang n'a fait qu'un tour. Isabelle a aussitôt pris contact avec son avocat, Me Emmanuel Ludot, du barreau de Reims… qui lui a suggéré d'assigner en justice la société Facebook et l'auteur de la page, afin de les contraindre à supprimer la fiche Facebook incriminée et à interdire à son auteur tout lien avec le réseau social.
Bon pour « récidiver »
« Aujourd'hui, nous sommes dans une situation aberrante, » reconnaît Me Ludot. « Il a été condamné à 5 ans de prison en 2008 pour des atteintes sexuelles sur sa filleule, mineure. Aujourd'hui, il a purgé sa peine, il lui est possible d'être en lien permanent avec des mineurs. À l'évidence, le réseau social Facebook lui permet de paraître en tout lieu, sans aucune limite. Il peut être joint, connecté par des mineurs ou lui-même, cherchant à obtenir des connexions avec des mineurs. Les fréquentations obtenues grâce à Facebook sont sans aucune limite. L'utilisation de réseaux sociaux par un délinquant sexuel condamné, contrevient au principe et à l'utilité même du suivi sociojudiciaire et est, bien évidemment, une méthode habile pour le contourner ».
Comme si on lui avait donné un bon pour recommencer ? Une fois de plus la question se pose. Que faire d'un délinquant sexuel lâché dans la nature ? Isabelle a décidé de tenter le tout pour le tout en portant l'affaire devant la justice. « Ce n'est pas une situation facile pour moi, » assure-t-elle. « Mais, je ne peux pas rester sans rien faire. Je ne peux pas vivre en sachant qu'il peut recommencer à tout moment. Je le fais pour ma fille, pour ma famille, mais pas seulement. Je pense aux autres jeunes filles qui pourraient tomber entre ses mains ».
Me Ludot a donc fait assigner en référé la société Facebook et l'auteur de la page. L'affaire sera évoquée, à Reims, lors de l'audience des référés du mercredi 22 juin.
Caroline GARNIER
(*) prénom d'emprunt
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