Le corps d'un Poilu disparu en 1915 identifié

Le corps d'un Poilu disparu en 1915 identifié

Publié le dimanche 10 juin 2012 à 10H09 - Vu 1295 fois

MASSIGES (Marne). Le sous-lieutenant Legay avait disparu du côté de Ripont en 1915. Mi-mai, son squelette a été découvert par le président de l'association de la Main de Massiges. Ce dernier a retrouvé la petite fille du valeureux soldat qui est venue en Argonne se recueillir, enfin, sur la tombe de son aïeul.

L'HISTOIRE est enfin complète. La boucle est bouclée. La petite fille du sous-lieutenant Arthur Leguay, porté disparu le 30 septembre 1915 à Ripont, sait enfin ce qu'est devenu son aïeul.
L'an dernier, des travaux de défrichage au bulldozer ont été effectués sur le territoire de Massiges, en bordure du camp militaire de Suippes. A cette époque-là, rien n'avait été remarqué.
Le mois dernier, Eric Marchal, président de l'association de la Main de Massiges, passionné et toujours à la recherche de vestiges sur ce territoire durement éprouvé pendant la guerre 1914-1918, a remarqué des ossements.

Une femme et trois enfants

Très vite, il comprend qu'il s'agit d'os humains. Immédiatement, il contacte la gendarmerie et les services des sépultures de Metz mandatés pour ce genre d'opérations.
Le 16 mai, ceux-ci, après avoir creusé, trouvent un squelette abîmé, un casque, quelques pièces de monnaie, deux médailles et une plaque militaire, le tout enroulé dans une bâche.
L'identification est aisée : il s'agit du sous-lieutenant Arthur Leguay. Né au Mans en 1878, il était bachelier et entrepreneur zingeur. Entre 1898 et 1900, il effectua son service militaire puis, quatre ans plus tard, épousa Madeleine Grimault. Lorsque la Grande Guerre éclate, il a trois enfants : Jeanne, Pierre et Jacques.
Réserviste, il accède rapidement, de part ses états de service, au grade de sous-lieutenant. Blessé à la tête en février, puis à la nuque en mars, il se trouve, le 30 septembre 1915, dans le secteur de la Main de Massiges. Ce jour-là, à 4 h 45, le 2e bataillon des chasseurs à pieds reçoit l'ordre de prendre « l'ouvrage de la défaite », près de Ripont.
Cette place stratégique commande le ravin de l'étang. Le combat s'engage, il est rude.
D'abord submergés par les deux premières vagues françaises, les Allemands réagissent et reprennent leur position.
La bataille est longuement décrite dans le journal des marches et opérations. Quand il est relevé par le 146e RI, les pertes du bataillon sont lourdes : 14 officiers et 631 hommes de troupes sont tués, blessés ou disparus. Le sous-lieutenant Leguay, 36 ans, appartient à la dernière catégorie.
En octobre 1919, quand la fiche du soldat Leguay est complétée, il est considéré comme « tué à l'ennemi » à Ripont, un village rayé de la carte par la Grande Guerre.

La fin de l'histoire… 97 ans après

Quatre-vingt-dix-sept ans après, la découverte de sa sépulture de fortune nous montre que ce valeureux soldat n'a parcouru que quelques centaines de mètres avant de tomber devant l'ennemi.
Il repose maintenant à la Nécropole du Pont du Marson à Minaucourt où il a été inhumé par les services officiels le 21 mai dernier.
Mais Eric Marchal ne voulait pas en rester là. En utilisant un site de généalogie sur internet, il s'est mis en devoir de retrouver la famille du soldat. Après avoir identifié un petit-neveu du défunt, il est parvenu à entrer en contact avec sa petite fille. Leur conversation téléphonique a été émouvante.
Mariée et résidant à Paris, Geneviève Hammouda (née Ferre) était déjà venue dans la Marne sur les traces de son grand-père.
Dimanche dernier, elle est revenue non loin de la Main de Massiges, au cimetière de Minaucourt, en compagnie de son époux et d'un cousin, afin de rencontrer tous ceux qui ont participé aux opérations de recherche et permis que les restes de son grand-père reposent dans la tombe individuelle n° 9015.
A cette occasion, les objets retrouvés près du défunt lui ont été remis. Une page d'histoire émouvante s'est tournée.
En présence du sous-préfet de Reims, en charge de la commission du centenaire, Geneviève a évoqué sa famille… Jeanne, sa maman, née en 1905 sera la seule à avoir une descendance. Elle a expliqué aussi que sa famille n'a jamais éprouvé de ressentiment vis-à-vis de l'ennemi : « Ma grand-mère avait peu de moyens, mais c'était une époque où il fallait surmonter les difficultés, ce qu'elle a su faire ».
Preuve que ses proches ne l'avaient pas oublié, Geneviève est venue avec des documents et des lettres, dont l'une envoyée par une tante à Arthur Leguay, dans lequel il était question des médailles - saint Christophe et Notre Dame de Chartre - qui ont été retrouvées auprès de la dépouille.
Pour les témoins du passé, ceux qui ont œuvré à l'aboutissement des recherches, ce fut un moment presque magique, celui de mettre un visage sur un corps en voyant une photo du disparu.
Geneviève et ses proches reviendront en Argonne, se recueillir sur la tombe du vaillant sous-lieutenant cher à leur cœur. Quatre-vingt-dix-sept ans après la bataille, le Poilu manceau Arthur Charles Leguay, fils d'Arthur Leguay et Marie Charlotte Gapail, repose en paix auprès d'autres soldats dans l'une des plus grandes nécropoles de la Marne.
Sa famille, quant à elle, est apaisée de connaître enfin l'histoire de son aïeul.

L'union l'Ardennais