Publié le vendredi 03 février 2012 à 12H00 - Vu 1107 fois
CHALONS-EN-CHAMPAGNE (Marne). Alors que la meurtrière de son fils tué d'un coup de couteau en plein cœur est à présent libre, Jackie Wilmet qui s'était intérieurement promis de se venger, a complètement abandonné l'idée d'un passage à l'acte…
MILLE fois Jackie Wilmet, ancien boucher de la place châlonnaise, se l'était intérieurement promis : quand celle qui a ôté la vie de son fils David sortirait un jour de prison, il serait là. Parce que c'était trop facile et trop beau. Parce qu'elle respirerait alors le plein air et que lui serait toujours sous terre au cimetière de l'est.
Mille fois il avait ressassé : elle a tué mon enfant, alors je la tuerai. Œil pour œil, dent pour dent. Aujourd'hui, elle est libre. Elle est loin de Châlons. Aujourd'hui, Jackie le dit : « J'ai abandonné l'idée de me venger ». Promis, juré : il ne cherchera jamais à la retrouver.
Retour en arrière. C'était il y a sept ans. Nous sommes dans la nuit du 29 au 30 janvier 2005, rue du Flocmagny, dans une maison où résident quatre locataires : David, 35 ans, est l'un d'entre eux.
Il demeure au premier étage, avec sa compagne, Monique Vichard. Cette nuit-là, les deux concubins passent la soirée à l'extérieur et s'alcoolisent. Lui rentre plus tôt, parce que dès potron-minet, il doit aller à la chasse avec son père. Il n'a pas le permis, mais aime accompagner Jackie pour traquer le gibier.
Se reconstruire
Bref, vers minuit, il laisse sa compagne terminer sa soirée d'agapes. ll est dans son lit quand elle pousse la porte de leur domicile un peu plus tard, accompagnée de Stéphane, frère de Jackie.
Monique se met à préparer un sandwich au pâté, et fait un peu de bruit. David a le sommeil troublé, en fait le reproche à sa compagne, lève la main sur elle.
Elle a à la main le petit couteau qui lui sert à tartiner son casse-croûte. Elle le pique au cœur. Les pompiers arrivent, transportent David à l'hôpital qui mourra aux environs de 6 heures.
Au cours de la nuit, paniqués, Monique et Stéphane essaient de construire le scénario d'une agression extérieure. L'enquête arrive bien entendu à rétablir les faits.
Aux Assises de la Marne, Monique Vichard, qui plaide l'accident et l'absence de la volonté de tuer est condamnée à une peine d'emprisonnement de dix ans.
Elle restera enfermée moins de cinq ans. Jackie et Bernadette quitteront la ville pour essayer de se reconstruire.
Vertus d'abord, puis Epernay : « Rester à Châlons, c'était impossible. Tous les gens que je connaissais me parlaient de cette histoire. Ils croyaient bien faire mais, sans le vouloir, ils me faisaient du mal… »
Vivre en paix
Longtemps donc, Jackie, maintenant revenu dans sa ville, avait ruminé l'idée de vengeance.
Et ce, même s'il mesurait qu'il y avait eu meurtre certes mais pas assassinat. Et ce, même s'il savait qu'il n'y avait pas eu désir de tuer et que c'était l'alcool qui avait été le déclencheur du drame.
Mais quand Bernadette, son épouse, est tombée gravement malade, Jackie s'est mis à réfléchir et à remettre en cause sa volonté extrême : « J'ai laissé tomber. Je me suis dit : si je commets l'irréparable, j'irai en prison. Que deviendra ma femme, qui a besoin de moi ? J'ai aussi pensé à nos autres enfants. J'ai 65 ans. Il peut me rester une vingtaine d'années à vivre. Je veux vivre en paix et tranquille. Et puis ça ne le fera pas revenir mon garçon. »
Et comme disent encore Jackie et Bernadette, qui ne sont pas croyants : « De toute façon, David n'aurait jamais vu qu'il aurait été vengé. »
Et parce que s'il l'avait su peut-être n'aurait-il pas été forcément d'accord, alors tout est bien qui finit bien…
Fabrice MINUEL
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