Publié le dimanche 02 octobre 2011 à 10H10 - Vu 191 fois
Les cadres de l'administration de l'usine avaient installé leurs bureaux dans le café Collard.
Deux années durant, pendant la Seconde Guerre mondiale, une usine implantée à Binarville fut censée fournir aux Allemands un carburant fabriqué à partir du bois des forêts d'Argonne.
NOMBREUX sont les Argonnais dont le père ou le frère ont travaillé dans l'usine de Binarville. Réquisitionnés dans le cadre du Service du travail obligatoire, ils devaient, sur ce site, produire du carburant à partir du bois. Cette fabrique est décrite par Jean Noël dans ses souvenirs publiés dans Horizons d'Argonne. Même si elle n'a pas à son actif de hauts faits de résistance, sa courte existence mérite d'être rappelée. Au départ, l'objectif de l'occupant allemand était d'y produire du méthanol à partir de la distillation des goudrons de bois.
Pour cela, dès 1942, des bâtiments avaient été réalisés par une société parisienne. Le hangar, les bâtiments destinés aux bureaux de chantier, aux chaudières, à la colonne de distillation et à la tour centrale de refroidissement des eaux de distillation étaient implantés sur un terrain situé à la sortie de village de Binarville, à gauche, en direction d'Apremont. De ce terrain on aperçoit l'église du village, et au loin, la ferme de Rome. Aujourd'hui, il n'en reste plus de traces.
Dans le village, la société avait installé ses bureaux face à la mairie, dans ce qui fut le café-restaurant Collard. Il semble que quelques précieux centilitres de méthanol auraient pu être recueillis par essais en laboratoire.
Main-d'œuvre locale
A partir de là, les Allemands visaient leur production de manière industrielle. Les cadres français avaient pour directeur un M. Boutin et pour ingénieur chimiste un certain Lafontan.
Pour fonctionner, l'usine exigeait de grandes quantités de bois. Pour cela, l'occupant fit appel à la main-d'œuvre locale chargée du bûcheronnage et du transport. Celui-ci était effectué avec des camions fonctionnant au gazogène tandis que les mulets, richesse locale, aidaient au débardage.
Durant l'étape de déchiquetage industriel, les pannes étaient fréquentes. Les outils n'étaient bien souvent pas assez résistants ou mal adaptés. Le chauffage du bois produisait de la vapeur d'eau et des goudrons mélangés, qui étaient acheminés vers des colonnes de distillation par des pompes électriques. Peu de matières arrivaient au bout des canalisations, il fallait démonter, nettoyer et remonter.
Pour couronner la faillite de l'installation, dans les produits de distillation certains acides perçaient les conduites, compliquant encore les opérations de production.
En outre, les ouvriers, contraints de travailler à l'usine par le STO, ne mettaient pas tous beaucoup de cœur à l'ouvrage. S'ils ne sabotaient pas directement leur travail, certains faisaient régulièrement en sorte qu'une opération menée la veille soit bonne à refaire le lendemain. Jean Noël affirme qu'à la suite de toutes ces complications, jamais une seule goutte de méthanol n'a pu être produite. L'activité de l'usine se limita alors au bois déchiqueté emporté par l'organisation Todt, installée à Vienne-le-Château, supervisant l'ensemble des travaux forestiers travaillant pour l'occupant.
Dans ses souvenirs, Jean Noël évoque aussi le dévouement du directeur local de l'organisation Todt, le commandant Classen. Ce dernier intervenait de front contre les commissions dites de peignage qui ratissaient avec âpreté les entreprises pour mobiliser des personnels à envoyer en Allemagne. Il défendait ceux qui travaillaient pour la sienne avec humanité. Il a été, d'après l'auteur, un défenseur des jeunes gens en situation irrégulière, arrêtés par les services de police allemande et même française au cours de leurs permissions.
On retiendra qu'à Binarville, de 1942 à 1944, une usine fantôme n'a pratiquement rien produit mais elle a peut-être sauvé quelques jeunes français sous l'Occupation.
Les souvenirs de Jean Noël ont été publiés dans le numéro 70-71 d'Horizons d'Argonne.
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