Il braquait les escort-girls «au silencieux»

Il braquait les escort-girls «au silencieux»

Publié le mercredi 05 décembre 2012 à 09H18 - Vu 2339 fois

REIMS (Marne). Lundi soir, le SRPJ de Reims a mis un terme au tour de France d'un braqueur en série. Le suspect, âgé de 56 ans, détroussait les escort-girls sous la menace d'un pistolet coiffé d'un silencieux.

LUNDI soir, les policiers du SRPJ de Clermont-Ferrand sont en planque devant un hôtel Ibis de la ville. Ils sont là à la demande de leurs homologues rémois pour tenter de mettre le grappin sur un malfaiteur aussi singulier que dangereux. Les policiers du SRPJ de Reims en savent long sur lui bien qu'ils ignorent encore qui il est. En particulier, ils connaissent sa spécialité et sa signature sur le bout des doigts. L'homme se plaît à entrer en contact avec des escort-girls. Elles tombent dans sa toile via un site de rencontre basé aux États-Unis. En quelques clics de souris, il convient d'un rendez-vous avec des belles de nuit qui sillonnent, comme lui, la France. Et se retrouvent généralement à l'hôtel où la fille a pris ses quartiers.
L'homme, qui parle un français parfait et sans accent, se pointe à l'heure dite. Il est tout de noir vêtu de la tête aux pieds. Un chapeau Borsalino, en guise de couvre-chef, achève de donner un air mystérieux à ce quinquagénaire. Seul avec sa victime, il ne se déshabille pas pour consommer la passe tarifée aux environs de 200 euros. Car l'engin qu'il place avec sang-froid sous le nez de la fille est un pistolet muni d'un silencieux. Paniquée et souvent en larmes, la malheureuse n'a plus qu'à lui remettre son argent.

Trahi par l'agenda d'une Brésilienne

Les policiers du SRPJ de Reims se saisissent de l'affaire au profit d'un de ces braquages qui a eu pour théâtre une chambre de la cité des Sacres, le 9 novembre dernier. Ce jour-là, une ressortissante brésilienne de 34 ans au charme certain reçoit l'inquiétant personnage. « L'homme au Borsalino » et aux mains gantés de cuir sort son pistolet de dessous son manteau. Il rafle 400 euros. Avant de s'enfuir, il prend soin d'effacer son numéro de téléphone sur le portable de la victime. Manque de chance pour lui, celle-ci a scrupuleusement noté ses coordonnées sur un agenda.
Même s'il est enregistré sous une fausse identité, les policiers du SRPJ de Reims vont exploiter la téléphonie pour tenter de localiser le braqueur « au silencieux ». En attendant, ils découvrent que l'individu n'en est pas à son coup d'essai. Le 7 novembre, une autre fille, d'origine bulgare, a été agressée dans un hôtel près du canal de la Marne, à Reims. Même mode opératoire et même signalement. Une diffusion nationale permet de faire le lien avec deux autres agressions perpétrées le 6 novembre à Woippy et deux jours plus tard à Metz, dans l'Est de la France.
À Metz, une prostituée d'origine roumaine l'a reçu sous le pseudonyme de « Carmen », dans un hôtel planté près de la gare. La jeune femme, âgée de 24 ans, n'a pas le temps de sortir le grand jeu que déjà il pointe le bout de son silencieux sur son cœur. Tout de go, il l'invite à passer à la caisse. Il est dans une bonne passe puisque le butin frise les 1 700 euros. Comme il la trouve jolie et qu'elle se plaint de n'avoir plus un sou pour régler sa chambre, il lui rend 100 euros. En échange, il exige d'elle qu'elle se mette nue pour s'offrir un petit plaisir. Sans lui faire l'amour parce qu'elle est terrorisée et surtout parce qu'il n'en a pas envie. Alerté à temps, le réceptionniste de l'hôtel tente de s'interposer. Il est malmené et menacé d'être réduit au silence avec l'arme de poing.
Forts de tous ces renseignements, les policiers du SRPJ de Reims comprennent qu'il faut agir vite. Le 14 novembre, le parquet de Reims ouvre une information judiciaire « pour extorsion de fonds sous la menace d'une arme ». Ils placent le numéro du suspect sous étroite surveillance afin de le suivre dans ses déplacements. Parallèlement, ils se « branchent » sur le site internet par lequel les escort-girls ont rendez-vous avec le braqueur. Les enquêteurs gardent plus spécialement à l'œil les filles d'origine étrangère dont le suspect est particulièrement friand au regard de leur fragilité.

Borsalino et 22 long rifle

Rusé, l'homme « au silencieux » n'a pas son pareil pour brouiller les pistes. Il ne laisse aucun indice derrière lui et disparaît régulièrement « des écrans radar » en coupant sa ligne. La pugnacité des policiers et son appétit pour le gain vont le perdre, lundi en fin de journée. Après un périple dans le sud de la France, il a rendez-vous avec une escort-girl dans un Ibis de Clermont-Ferrand. C'est la raison de la souricière mise en place par la PJ locale à l'initiative de leurs homologues rémois. Les policiers tombent sur le suspect à son entrée à l'hôtel. L'homme au Borsalino est armé d'un pistolet 22 long rifle chargé et, fidèle à ses habitudes, monté d'un silencieux sur le canon.
Placé en garde à vue en Auvergne, le suspect a été rejoint par des enquêteurs de la PJ de Reims et de la brigade criminelle de la sûreté départementale de Metz. En découvrant son identité, ces derniers ont pris connaissance de son pedigree. Le moins que l'on puisse dire est que l'homme n'est pas un enfant de cœur. Âgé de 56 ans, il a déjà écopé de quinze ans de réclusion criminelle pour viol aggravé. C'est la plus sérieuse des sept condamnations à son casier parmi lesquelles figurent surtout des affaires de vol et d'escroquerie.
Aujourd'hui, « le braqueur au silencieux » devrait être présenté au juge rémois en charge de l'enquête tandis que le parquet de Reims réclamera à n'en pas douter son placement en détention provisoire. Pour leur part, les policiers de la PJ de Reims ont d'importantes investigations à mener pour retrouver la trace d'autres victimes. Leur tache est d'autant plus ardue que le suspect jetait son dévolu sur les escort-girls d'origine étrangère en indélicatesse avec l'administration française. Des proies de choix qu'il savait facile à réduire au silence.

Eric LAINÉ
elaine@journal-lunion.fr

L'union l'Ardennais