Publié le mercredi 22 juin 2011 à 11H00 - Vu 77 fois
Une fête pour la musique, une fierté pour Reims, un bonheur pour les mélomanes.
LES voûtes de Notre-Dame résonnent encore… Deux messes de Machault en dix jours, voilà bien un événement exceptionnel ! Après l'absolue beauté du concert du 11 juin par l'ensemble néerlandais « Psallentes », c'était hier soir le panache et les couleurs de la « Camerata de Boston » (5 voix d'hommes a cappella associées au chœur N. de Grigny) qui redonnaient vie à la Messe Notre-Dame.
Il y a dix jours, « Psallentes » choisissait de se grouper en cercle, près de l'orgue de chœur. Acoustiquement, ce fut la surprise, tant les lignes étaient distinctes de tous les points de la cathédrale.
Moins téméraire, Anne Azéma, patronne de la « Camerata », préféra se situer dans l'abside, derrière l'autel, le public tourné vers la grande rose… Un ravissement ! Les cinq chanteurs américains étaient soutenus par deux sacqueboutes doublant les parties graves de teneur et contre-teneur. Quelle chance d'avoir pu savourer, en si peu de temps, deux approches différentes et complémentaires, parfaitement musicologiques - Machault ne précise rien sur l'instrumentarium - et en tout point séduisantes !
Les deux exécutions replacèrent les cinq temps de la Messe dans un Propre liturgique. « Psallentes » reconstitua un Propre marial virtuel qui visait davantage le concert que la liturgie. La « Camerata » choisit, quant à elle, le Propre d'une autre fête de la Vierge « Salve Sancta Parens », qu'elle confia au chœur N. de Grigny. Ce Propre, monodique, évoluait dans une pure tradition grégorienne. Le 11 juin, « Psallentes » chantait également en plain-chant, mais en le contrepointant ici et là de bourdons à la quarte et à la quinte, recréant ainsi des pratiques (et des harmonies) primitives, dans le style de l'organum pratiqué aux XIe et XIIe siècles. Magistral !
Hier soir, la « Camerata de Boston » assuma fièrement sa haute réputation. Timbres onctueux, lumineux enchevêtrements des hoquets rythmiques, parfait équilibre des voix, agilité des mélismes. Le style syllabique des deux grands Conduits que sont le « Gloria » et le « Credo » fut particulièrement réussi car la fluidité mélodique était sauve, ce qui n'est pas toujours le cas. Ajoutons à cela une diction très pure que rehaussait une prononciation francisée du latin (ex : De-us-)… détail que n'avaient pas retenu les chanteurs flamands. Anne Azéma soulignait avec délicatesse tous les « figuralismes » de l'écriture, telle cette pause subite et éphémère sur l'« Ex Maria Virgine » du « Credo ». Après le Graduel, l'ensemble nous gratifia du fastueux motet « Felix, virgo » de Sieur Guillaume.
Le Chœur N. de Grigny, mené par J.M. Puissant, s'acquitta fort bien de sa partie de plain-chant alignant de suaves unissons. Mais l'osmose entre le Propre et la polyphonie fut plus captivante chez « Psallentes », où l'on glissait sans heurt de l'un à l'autre. Le public, très dense, fut sensible aux « lectures » psalmodiées par deux solistes de renom, Hervé Lamy et Erwan Picquet.
« Psallentes » nous rapprochait davantage du Paradis ; la « Camerata », du XIVe siècle.
Francis Albou
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