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Graines d'exploitants : la passion de la terre

Publié le lundi 30 janvier 2012 à 09H38 - Vu 295 fois


Nicolas Lacroix, Romain Person, Grégory Lemery et Laurent Détante se sont récemment implantés en Argonne.

Nicolas Lacroix, Romain Person, Grégory Lemery et Laurent Détante se sont récemment implantés en Argonne.


SAINTE-MENEHOULD (Marne). Les récentes simplifications des démarches pour l'installation agricole aidée ont généré une augmentation des implantations. Cependant, les formalités restent complexes. Mieux vaut être motivé…

LES reprises agricoles poussent comme des champignons. La simplification du parcours à l'installation a globalement amené plus de jeunes agriculteurs à s'implanter ces trois dernières années. « Le plan de professionnalisation étant à présent plus personnalisé, il a incité plus de gens à se lancer dans une exploitation, » constate François Bocquillon, responsable du service installation à la Chambre d'agriculture de la Marne.

Un métier « très diversifié »


Les modalités d'installation ont en effet été allégées depuis 2007 : le stage obligatoire pour les primo-accédants a été réduit de huit à trois jours, et les formations demandées auparavant par l'Etat ne sont plus systématiques.
« Par ailleurs, elles sont maintenant directement en lien avec l'activité entreprise par le futur exploitant, » remarque François Bocquillon. Du coup, les chiffres du département ont grimpé : alors que la moyenne annuelle des installations aidées tourne généralement autour de 75, les années 2009 et 2010 ont chacune vu ce nombre monter à pratiquement 90. Et l'Argonne ne fait pas exception à la règle.
« On recense une douzaine d'installations aidées dans l'arrondissement de Sainte-Ménehould ces trois dernières années, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne, » poursuit François Bocquillon.
Des jeunes qui pour beaucoup sont issus de familles d'agriculteurs, et souhaitent préserver cet attachement à la terre. « Je ne voulais pas laisser perdre cela, » explique Nicolas Lacroix, producteur céréalier et éleveur à Sivry. Le jeune homme de 23 ans a intégré l'exploitation familiale en avril 2011. « Depuis que je suis là, j'ai toujours connu cette vie. Pour moi, c'était presque naturel de la poursuivre. » Même topo pour Grégory Lemery, 28 ans, qui a repris l'exploitation de son père le 1er janvier dernier.
« Ma motivation, c'est la passion du métier, assure-t-il. J'adore cela. » Pour ce nouvel exploitant de Saint-Mard-sur-Auve, c'est aussi l'amour du travail des champs qui est à l'origine de son projet. Et l'autonomie semble également être un facteur particulièrement exaltant pour ces jeunes agriculteurs. Romain Person, 23 ans, l'explique de cette manière : « Nous sommes libres d'insister sur telle ou telle activité : l'élevage, la culture, la vente… C'est très diversifié. » Romain a recréé une société avec son père à Châtrices, où il cultive des céréales et élève des vaches à viande. Une association familiale, comme pour Laurent Détante, 26 ans, qui travaille avec sa mère et chez qui l'on retrouve ce besoin d'autonomie. Laurent admet avoir eu « envie de créer (sa) propre entreprise, travailler à (son) compte. » Du coup, après quelques années d'étude loin des terres argonnaises, il est revenu aux sources. Et n'est guère le seul. « La plupart des nouveaux agriculteurs de la région sont des personnes qui sont parties quelque temps ailleurs, puis qui reprennent leurs droits sur leur lieu d'origine, constate François Bocquillon. C'est un parcours différent de celui de leurs aînés, qui souvent restaient sur leur territoire. »

De nombreuses démarches à effectuer


Mais si ces jeunes affirment aimer passionnément leur métier, ils jugent que, malgré la simplification des démarches, il est encore très complexe de s'implanter dans ce secteur. « J'ai eu pas mal de difficultés, » affirme Grégory Lemery. « C'est beaucoup de démarches à entreprendre, de papiers à remplir, regrette Laurent Détante. Il faut mieux être motivé. » Une paperasserie dans laquelle est actuellement plongé Jean-Baptiste Collard. Ce papa de 29 ans souhaite s'installer avec ses parents, dans leur exploitation de polyculture et d'élevage. « Mais ce n'est pas fini, j'ai encore pas mal de modalités à effectuer, » plaisante-t-il. Bien qu'il soit encadré par une conseillère de gestion, il estime que toutes ces démarches sont assez complexes. « C'est une grosse contrainte, il n'est pas évident de s'y retrouver. » Il prévoit d'être installé le 1er mai. Ce qui est finalement une chance, car, hors cadre familial, bien peu de jeunes parviennent à se porter acquéreurs d'une propriété agricole. « J'ai un ami qui cherche depuis longtemps, et il ne trouve pas, raconte Laurent Détante. Il n'a pas de proches dans ce milieu. Cela l'aurait aidé… » En effet, il est bien plus simple de reprendre les terres de ses parents. Car en dehors de sa famille, il faut se lever tôt : il y a généralement beaucoup de volontaires et peu d'élus.
« Mon père est très régulièrement sollicité pour revendre son exploitation, témoigne une fille d'agriculteur. Les gens le relancent souvent par téléphone, et ils n'hésitent pas à faire monter les enchères. »

David BUGEAT

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