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Fenêtres sur court

Publié le lundi 24 janvier 2011 à 12H33 - Vu 138 fois



DIMANCHE dernier, Pheng engagé dans un match des plus de 35 ans à Connantre, Sébastien Gérard s’est installé derrière la « fenêtre » donnant sur le court de l’URT. S’y déroulait la finale du tableau féminin entre Nikki Hofmanova, lauréate de l’Orange Bowl 2007, et Ludivine Choisel, une – 3/6 s’entraînant au Reims Europe Club.
La discrétion même dans l’attitude, l’ancien n° 18 français a rendu compte du match à Pheng par SMS. Puis a « débriefé » avec Ludivine Choisel : « C’est fou les compétences qu’il a… ».

Du Pôle Espoirs…
Sébastien Gérard aime l’ombre. Il a pourtant côtoyé la lumière de très près. C’était au temps de l’époque dorée du tennis champardennais : championne du monde juniors, la Troyenne Pascale Paradis flirtait avec le Top 20 mondial, la Macérienne Nathalie Phan Than, élève de Gérard Valentin, disputait la finale de l’Orange Bowl (n° 3 mondiale juniors puis n° 9 française), et Sébastien Gérard le Rémois figurait au 18e rang des 1re série.
Sa trajectoire fait du désormais quadra le grand témoin d’une période charnière. Celle des Pôles France. Formé à La Muire (Jacques Leclerc fut son premier prof), le Rémois a inauguré le dispositif à Poitiers, en 1979, avec des copains de promotion comme Olivier Delaitre, n° 33 mondial en 1999.
Deux ans de travail intensif sous la direction de Pierre Boyard, le père de l’animateur télé Patrick Roy (Le Juste Prix, Une famille en Or), un éloignement atténué la première année par la présence de son frère Thierry (« Il préparait le BE et était surveillant ») : du positif au final. Mais une épreuve de vérité aussi : « On ne m’a pas proposé d’aller à l’Insep mais je ne regrette pas ». Preuve que rien n’est écrit : François Errard fut retenu, pas Olivier Delaitre : « Entré à 30/1, je suis sorti à 15. J’ai gagné sept classements, je n’ai donc pas perdu mon temps ».
Prix à payer : une certaine « fatigue mentale ». La sortie du « système » se fit heureusement en deux temps, via la section Sports-Etudes inter-régionale de Strasbourg. Trois nouvelles années à apprendre, auprès, cette fois, d’Arnaud Boetsch et d’Olivier Cayla : « C’était ça où je revenais à Reims. Sans entraîneur, rien… ».

… au Système D
La suite? La découverte, à 16 ans et demi, du pays de «la débrouille». Bien «armé» certes mais pas blindé»: «Mes parents ont dû me payer un entraîneur».
Et puisqu’une carrière ne se fait pas sans rencontres, Sébastien Gérard a eu la chance d’être aidé par Paul Torre (*) qui lui a ouvert les portes du CA Vincennes: «J’ai pu jouer avec des garçons comme l’Uruguayen Diego Perez (n° 27 mondial en 1984), Jérôme Potier, Thierry Champion, Guillaume Raoux…».
Devenir 1re série (n° 18 mais 15e rang des Français à l’ATP) mais après? Le Système D, toujours, la chasse – obligée – aux sponsors, pour aller chercher des points à l’étranger, ailleurs qu’en Belgique ou en Allemagne. Sébastien Gérard a démarché sans succès «dans le champagne», a porté le «croco» Lacoste avant de trouver une marque de prêt-à-porter Alberto Fenzi: 20.000 francs de l’époque, rien à côté de ce qu’ont pu toucher Eric Winogradsky ou Tarik Benhabiles, mais dont il n’a vu que «la moitié»: «Le gars qui m’avait signé le premier chèque, a fait banqueroute entre-temps».
Dans la balance, contre-pèsent là aussi des moments forts sur le court, ou en marge, comme lorsque l’organisateur de Stuttgart lui a réglé ses frais de «lucky loser»: «Je m’étais fait sortir en qualifs par le petit ami de Steffi Graf…»
Aucune amertume pour le «cobaye» de Poitiers. Le sentiment, malgré tout, que «rien n’a changé»: «C’est toujours pareil. Il y a la filière fédérale et ce que j’appelle l’autre trottoir, Lagardère. Après… J’ai même l’impression que nous avons vécu une période dorée dans les années 80-90. Les tournois étaient mieux dotés».
L’homme «derrière la fenêtre sur court» a choisi, à sa manière, de s’impliquer dans une 3e voie, aux côtés de son ami Pheng et de l’Ecole de compétition du Reims Europe Club, manière d’apporter aux autres ce que le tennis lui a offert…
Jean-Pierre PRAULT
(*) Paul Torre, ancien adversaire de Borg à Roland-Garros en 1981 et champion de France 55 ans, enseigne aussi au TC Vivaise dans l’Aisne.

De Noah à Brugera et Stich...

Noah, Jean-Paul Loth
Quand il était pensionnaire du Sports-Etudes de Poitiers, Sébastien Gérard a participé, à l’Insep  Vincennes, à la réalisation de l’une des premières cassettes pédagogiques conçues par la FFT.
Dans ce document datant de 1979, les règles de base sont d’abord illustrées par le dessinateur Piem (du Petit Rapporteur), puis le DTN de l’époque, Jean-Paul Loth, développe une série d’exercices, «des gammes» effectuées raquettes en main par François Jauffret, n° 1 de l’époque, Yannick Noah, Henri Leconte et Guy Forget. Mais aussi, donc, par Sébastien Gérard, Tarik Benhabiles…
«Sur les courts de l’Insep, la balle était plus rapide que rapide. On était tétanisé. Jean-Paul Loth nous faisait peur à tous: c’était le capitaine de Coupe Davis et s’occupait de Noah et Leconte», témoigne le Rémois qui a conservé précieusement ce document VHS (transposé depuis sur DVD).
Yannick Noah au TC Reims
Le hasard a permis à Sébastien Gérard d’échanger des balles avec Yannick Noah sur le court Henri-Bérubet du TC Reims, alors que le futur vainqueur de Roland-Garros n’avait que 14 ans. Classé 15/5, il était engagé au Tournoi d’hiver organisé rue Lagrive: «J’avais 7 ans, il pleuvait et je n’avais pas de partenaire d’entraînement. Je lui ai demandé s’il voulait jouer, il m’a répondu oui. Les échanges ont duré un quart d’heure-vingt minutes…».
Plus fort encore, ce jour-là, Yannick Noah est passé d’un Gérard à l’autre: «Après, il a joué contre mon frère, qu’il a battu 6-3, 6-2. Une perf puisque mon frère était classé 15/3. Dans ce tournoi qui montait à  – 15, il y avait aussi Leconte et Tulasne qui était 30/1, je crois». Sébastien Gérard garde un autre souvenir marquait du TC Reims et de sa finale 1999 entre Justine Henin et Kim Clijsters (6-4, 6-4): «Mon père, aujourd’hui décédé, avait filmé 10 minutes du match et la remise des prix». Deux ans plus tard, les deux Belges se retrouvaient en finale de Roland-Garros.
Sergi Brugera à Caen
Le tournoi de Caen (novembre 1992) reste l’un des temps forts de la carrière de Sébastien Gérard. Après avoir battu Rodolphe Gilbert (6-4, 6-7, 7-5) en 8es, son quart  lui a permis de se mesurer à Sergi Brugera, n° 14 (n° 3 en 1994) à l’ATP (3-6, 2-6): «Six mois après, l’Espagnol gagnait Roland-Garros».
Michaël Stich à Travemünde
En s’inclinant 1-6, 3-6 devant l’Allemand Michaël Stich au tournoi ATP de Travemünde durant l’été 87, Sébastien Gérard ne se doutait pas qu’il venait d’affronter le futur vainqueur (en 1991) de Wimbledon (victoires sur Edberg et Becker).
Richard Diot à Roland-Garros
Lot de consolation inattendu pour Sébastien Gérard à Roland-Garros. Alors qu’il participait aux qualifs et venait de battre un Mexicain après un marathon de trois heures (8-6 au 3e), il a eu la chance d’être interviewé par Richard Diot, l’un des journalistes cultes d’Antenne 2: «J’ai dû avoir droit à une dizaine de secondes dans Stade 2».
Jean Gachassin à Bagnères-de-Bigorre
Jean Gachassin n’était plus le Peter Pan du XV de France et pas encore président de la FFT. Simplement président du club de tennis de Bagnères-de-Bigorre.
Repêché dans le tableau final au titre de lucky loser, Sébastien Gérard réussit l’exploit de remporter (en 1987) cette épreuve du Circuit Satellite (Future aujourd’hui). Jean Gachassin ne peut pas avoir oublié…

  • Sébastien Gérard

A fêté ses 44 ans le 9 janvier.
Clubs: La Muire, La Macérienne, Vincennes, Europe.
Champion de France minimes de double avec François Errard en 1981, champion d’Europe des clubs avec Vincennes en 1987, vainqueur du Tournoi de Bagnères-de-Bigorre en 1987, quart-de-finaliste du Tournoi de Caen face à Brugera en 1992, trois fois éliminé au 2e tour des qualifs de Roland-Garros (1985-86-88), demi-finale en double avec Boetsch à Crans-Montana, demi à Ostende (1988).

  • La phrase

« Avec les nouveaux matériaux, les raquettes, les cordages, ça va plus vite mais ce n’est pas parce que l’on frappe très fort dans une balle que l’on joue très bien au tennis».

  • Que devient-il?

Sébastien Gérard a rejoint le Reims Europe Club en 2004. Il fait office de conseiller technique et épaule Pheng au sein de l’Ecole de compétition, une structure privée qui a révélé des talents comme Nathalie Mohn (vue dans le tableau final de Roland-Garros juniors 2008 et 2009) ou Thibault Visy.
« Je dois tout à Pheng. C’est grâce à lui si à un moment donné de ma vie, je suis resté dans le tennis. Il m’a tendu la main», insiste Sébastien Gérard.

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