Publié le samedi 06 août 2011 à 10H19 - Vu 943 fois
Me Sébastien Buzy dénonce des ententes dans l'enquête sur le crash du vol Rio-Paris, pour protéger des intérêts économiques.
MARNE. L'avocat de 35 familles de victimes du vol AF 447 pointe du doigt des « oublis » dans le rapport publié fin juillet après l'analyse des boîtes noires de l'Airbus qui s'est crashé en juin 2009 dans l'Atlantique. Des oublis qui, selon lui, auraient pour but de mettre en cause des erreurs de pilotage en occultant le rôle joué par les sondes Pitot de l'appareil.
LA transmission, fin juillet, du dernier rapport émanant du Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA) sur les circonstances du crash du vol AF 447 Rio-Paris, survenu le 1er juin 2009, n'a pas provoqué un tollé qu'auprès du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) qui a aussitôt indiqué son intention de ne plus répondre aux besoins de l'enquête.
Me Sébastien Buzy, l'avocat marnais des familles de 35 passagers - dont une rémoise - regroupées au sein de l'association Entraide et Solidarité AF 447, a en effet décidé de monter à son tour au créneau en se rangeant lui aussi à la conviction que les dysfonctionnements à l'origine de l'accident ne pourraient être imputés qu'aux seuls pilotes.
Plus encore, celui-ci dénonce une sorte de « consanguinité » qui, selon lui, « existe entre la Direction générale de l'aviation civile, le BEA et Airbus » : « c'est un monde complètement fermé où tous se connaissent, déclare-t-il. On ménage la chèvre et le chou pour des intérêts purement économiques. On a vraiment la sensation que le milieu aéronautique se protège dans cette affaire. Mais ce n'est pas nouveau. Cela a déjà été le cas pour le Concorde. »
De gros enjeux
Il est vrai que les enjeux sont énormes. Et pour étayer, l'avocat ne manque pas de pointer du doigt certains « oublis » constatés entre un prérapport daté du 25 juillet et ce fameux rapport rendu le 29 juillet, à la suite des analyses des enregistreurs de vol, dans lequel des erreurs de pilotage sont clairement pointées du doigt par les enquêteurs du BEA.
« Des recommandations concernant l'alarme de décrochage ne s'y trouvent plus, note-t-il en l'occurrence. En outre, on ne parle quasiment plus des sondes Pitot, sinon à travers une recommandation concernant les critères de certification, alors qu'elles constituaient jusque-là la défaillance essentielle dans ce dossier. Entre le prérapport et le rapport publié, on peut donc penser que des discussions ont eu lieu pour que certaines recommandations n'y figurent pas. » Or, estime l'avocat, le gel de ces sondes constitue justement l'élément déclencheur de l'accident. « On ne peut pas mettre de côté l'interface entre la machine et l'homme, argue-t-il. Les pilotes ont eu la bonne réaction : ils n'ont fait que suivre les procédures préconisées par Airbus et Air France. Des procédures qui se sont avérées inadaptées à la situation et contradictoires au fonctionnement normal d'un avion. »
Les sondes laissées de côté
Toujours selon l'avocat marnais, plusieurs incidents mettant en cause les sondes Pitot de chez Thalès avaient d'ailleurs déjà été rapportés aux autorités compétentes bien avant le crash du Rio-Paris.
« Environ une vingtaine qui n'a pas fait l'objet d'une enquête particulière, affirme-t-il tout en reconnaissant que depuis l'accident, Airbus a modifié ses procédures d'alarme et Air France changé les sondes Pitot de ses avions. »
Il n'en demeure pas moins que le sentiment d'avoir affaire à de petits « arrangements entre amis » dans les sphères de l'aéronautique, s'est installé. Et pour apporter de l'eau à son moulin, Me Buzy ne manque pas d'évoquer le refus des juges d'instruction parisiens, le 13 juillet, de communiquer à l'association Entraide et Solidarité AF 447 l'ensemble des données extraites des boîtes noires, « dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice et pour assurer la sérénité du bon déroulement de l'instruction, tant que le rapport des experts de justice n'aura pas été déposé » dixit les magistrats, au motif « que la présente affaire est placée en permanence sous le feu des médias ».
Des arguments auquel ne peut néanmoins se résoudre l'avocat : « Aujourd'hui, on ne nous parle que de ce rapport du BEA qui, rappelons-le, est une émanation du ministère de l'Écologie, du développement durable, des transports et du logement. Mais on nous empêche de travailler ces données afin que les familles des victimes puissent se faire une véritable idée de ce qui s'est passé. Nous voulons une retranscription intégrale des données au moment du décrochage et non une retranscription sélectionnée. Nous sommes non seulement confrontés à l'absence de transparence dans les investigations mais aussi au sentiment très fort que le BEA ménage les intérêts du constructeur Airbus. Pour les parties civiles, il y a vraiment de quoi se poser un certain nombre de questions ».
Et de conclure : « C'est pourquoi nous souhaiterions que le bureau d'enquêtes soit totalement déconnecté de toute interaction économique. » Un BEA qui, de son côté, demeurait injoignable hier.
Franck BRENNER
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