Publié le mercredi 16 novembre 2011 à 09H21 - Vu 1889 fois
Jean-Pierre Giolitto a peut-être fait une mauvaise opération en faisant appel de sa condamnation à dix-huit mois de prison avec sursis pour homicide involontaire puisque le parquet général a fermement requis une interdiction d'exercer sa profession de chirurgien.
(Marne). Hier l'avocate générale a pris de sévères réquisitions à l'encontre de l'ex-urologue de la clinique des Bleuets de Reims qui était jugé en appel pour homicide involontaire. Elle a demandé une peine de prison avec sursis mais surtout une interdiction d'exercer sa profession à l'encontre de Jean-Pierre Giolitto.
NOUVELLE épreuve hier pour la famille Gommenne qui se bat depuis août 2006 pour connaître la vérité sur la mort de Romain, 18 ans. Car le docteur Jean-Pierre Giolitto - reconnu coupable d'homicide involontaire par le tribunal correctionnel de Reims au mois de juillet - a fait appel du jugement, convaincu envers et contre tous de son innocence (voir par ailleurs). Le problème est qu'hier encore, les magistrats ont semblé franchement dubitatifs et souvent même ébahis en écoutant ses explications à propos des manquements et des fautes soulignés par les experts chargés de se pencher sur la mort de Romain Gommenne à l'été 2006.
Il a d'abord été question de ce cruel défaut d'information au jour de la consultation pré-opératoire effectuée par un interne alors que Jean-Pierre Giolitto était en vacances. Car manifestement le jeune Romain Gommenne n'a pas été avisé des différentes techniques chirurgicales disponibles et des facteurs risque qui en découlent. De toute façon, les dés étaient pipés. Car les habitudes opératoires du chirurgien primaient manifestement sur les contraintes comme celles liées à la morphologie longiligne du jeune patient.
« Technique pas sûre »
À la barre, Jean-Pierre Giolitto soutient que la technique est seulement déconseillée « en cas d'obésité ou si le patient a déjà été opéré ». Et puis lâche-t-il : « Moi, j'appartiens à l'école de la cœlioscopie fermée. » Or, pour lui, il n'y a pas plus de risque qu'avec une cœlioscopie ouverte. Mais, coupe le président François Franchi, « pour qu'il y ait consentement, il faut que le patient soit éclairé. J'ai du mal à comprendre quand il l'a été sachant que vous avez utilisé une technique qui n'est pas sûre… » « Je pense qu'elle est sûre car sinon elle aurait été interdite », rétorque l'urologue. « Elle n'est pas sûre puisque l'on peut couper de façon irrémédiable une veine ou une artère », reprend le magistrat.
À l'assesseur qui insiste sur une maladresse d'exécution en lien avec le gabarit particulier de Romain, Jean-Pierre Giolitto tente une pirouette osée. Presque déplacée. « J'ai pu examiner sa morphologie avant qu'il ne soit endormi, quelques minutes avant l'opération... On a fait connaissance dans l'endroit où ils patientent. » « J'ai du mal à comprendre pourquoi le trocart a blessé ce jour-là les vaisseaux », coupe encore le président Franchi. « Je continue à pratiquer cette technique car la moitié de mes confrères l'utilisent », élude Jean-Pierre Giolitto.
« Compression sans effet durable »
« Un jeune homme est décédé et j'ai l'impression qu'il est mort par accident, ce qui est un peu surprenant », s'agace le magistrat. « J'essaie de vous expliquer que l'accident chirurgical peut toujours arriver », s'autorise à rebondir le prévenu. « Je regarde les faits... La vie de ce jeune homme est partie un matin dans des conditions très surprenantes », insiste le président. « Je ne m'explique pas pourquoi, ce jour-là, c'est allé dans les vaisseaux », répond l'autre. L'artère iliaque et la veine cave perforées par un trocart acéré introduit à l'aveugle, Jean-Pierre Giolitto doit faire face à une abondante hémorragie. « J'ai eu le bon réflexe d'ouvrir (le ventre) pour traiter la plaie car quand on est médecin on ne reste pas les bras croisés. Je pense que mon geste a eu une efficacité car sinon il serait décédé avant », se rassure-t-il. Ce n'est pas ce que disent l'anesthésiste et les autres qui parlent d'une « compression manuelle sans effet durable » et « sans résultat satisfaisant ».
Surtout, on reproche au docteur Giolitto d'avoir fait l'impasse sur les clamps (pinces) à sa disposition pour endiguer l'hémorragie. « Le seul clamp efficace est une pince longue et droite et, effectivement, il n'y en avait pas aux Bleuets », se défend-t-il.
« Vous avez pris les risques pour lui »
« Les instruments à ma disposition n'étaient pas adaptés à la situation. Je les ai regardés mais je n'ai pas voulu aggraver les choses en les utilisant », dit-il pour la première fois. « Ce n'est pas un problème de ne pas avoir prévu la totalité des instruments? » « Peut-être, mais je n'ai pas la certitude que le clamp aurait fait beaucoup mieux que ma main », soutient aussi l'urologue. « Et pourquoi ne pas avoir fait appel à ce confrère chirurgien viscéral? » « Je n'imaginais pas que le chirurgien vasculaire de Saint-André mettrait 25 minutes en plein mois d'août sans circulation », se défausse-t-il.
« Les minutes s'écoulent et vous n'avez pas essayé autre chose. C'est comme si vous n'avez pas eu les réflexes d'un chirurgien devant une urgence vitale », s'étonne le juge assesseur. « Est-ce que toutes les conditions étaient réunies pour réaliser cette opération? » Silence. « Car c'est vous, chirurgien, qui acceptez d'opérer dans ces conditions » (c'est-à-dire sans dépôt de sang sur place, sans les ustensiles adéquats et hors la présence d'un chirurgien vasculaire), fustige le président Franchi. Et de suggérer : « Peut-être que quand il y a un risque, il faut être opéré à Saint-André et peut-être pas aux Bleuets. » Silence encore. « C'est quand même vous qui avez pris les risques pour lui... Si c'était votre fils, vous diriez qu'il n'a pas eu de chance? », conclut le magistrat.
« Je suis sidéré par le calme et la froideur avec lesquels vous venez dire que vous avez toujours pratiqué de la sorte », tonne Me Pelletier. « À aucun moment vous ne vous remettez en question », poursuit-il, réclamant un signe fort de la part des juges pour que pareille drame ne se reproduise pas. « C'est le geste qui va tuer involontairement et sans exercice sérieux de la médecine puisqu'on rencontre le patient au pied de la table d'opération », estime l'avocate générale. « On n'est pas dans un système de perte de chance mais de suppression de toutes les chances de survie », poursuit Brigitte Montambault. Elle requiert une peine de prison avec sursis et une interdiction d'exercer sa profession qui ne soit pas inférieure à 18 mois à l'encontre du prévenu. Un chirurgien qui a plaidé la relaxe par la voix de son avocat, Me Georges Lacoeuilhe. Car ce drame serait le fruit « de simples erreurs », « de maladresse certaines » mais certainement « pas de fautes caractérisées ». Réponse le 16 décembre.
Eric LAINÉ
elaine@journal-lunion.fr
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Incompris de tous
L’urologue Jean-Pierre Giolitto devient un habitué des prétoires autant que des commissions de discipline. Et pourtant, il est toujours là plus chirurgien que jamais, exerçant son art en Alsace où il figure sur la liste des experts près de la cour d’appel de Colmar. Il est vrai aussi que l’ex-chirurgien de la clinique des Bleuets à Reims n’a pas encore été définitivement condamné par la justice ou sanctionné par ses pairs.
À Reims, il a écopé de 18 mois de prison avec sursis et de 130.000 euros de dommages et intérêts pour homicide involontaire. Reconnu coupable d’avoir causé la mort d’un patient de 18 ans, le 22 août 2006. Mais le docteur Giolitto n’a pas accepté la décision de ses juges. Ni les conclusions des experts qui avaient relevé des fautes lourdes synonymes de bavure médicale. Le praticien a donc fait appel.
Une martyre et un mort
Les magistrats rémois ne sont pas les seuls à l’avoir jugé fautif. Le 12 mars dernier, ses pairs, réunis en commission de discipline, lui ont gentiment infligé une interdiction d’exercer de six mois dont quatre avec sursis. Mauvais diagnostic encore aux yeux de Jean-Pierre Giolitto qui a fait appel. Mais ce n’est pas tout. Car l’urologue incompris s’est retrouvé entre-temps à la barre d’un deuxième tribunal correctionnel. C’était le 19 octobre dernier à Charleville-Mézières.
Épée de Damoclès
Cette fois, Jean-Pierre Giolitto était poursuivi pour blessures involontaires ayant entraîné une ITT de plus de trois mois aux côtés d’un autre chirurgien de sa trempe, le docteur Célestin Cesso. Après quatorze opérations à leur actif sur la même patiente, celle-ci est devenue incontinente et souffre le martyre. Comme les parents de Romain Gommenne, elle vit chaque jour un enfer que le docteur Giolitto aimerait voir balayer d’un revers de blouse sur le plan judiciaire.
Pourtant, les experts qui se sont penchés sur le cas de la Sedanaise Hélène Braz ont été aussi implacables que ceux qui ont disséqué le film de la mort de Romain Gommenne. «Je n’ai jamais vu une telle succession d’interventions (..). C’est de la folie!», avait dit à Charleville le professeur Alain Haertig. «À la lecture de ce dossier, les bras m’en tombent (..). Je suis assez mal à l’aise, tout est mal ficelé. Et en 2003, qu’est-ce qu’on dit à cette femme dont les tissus de l’appareil urinaire sont nécrosés, dont on vient d’enlever un sphincter artificiel posé un mois plus tôt et dont on a abîmé l’urètre en l’opérant huit fois? Désolé, on n’a plus de solution au revoir», avait détaillé à l’audience l’urologue de la Pitié-Salpêtrière.
Pour la première fois, l’avenir professionnel de Jean-Pierre Giolitto est menacé. Car le substitut du procureur de la République a requis un an de prison avec sursis, 15.000 euros d’amende mais surtout une interdiction d’exercer sa profession pendant deux ans. Réponse le 26 novembre.
E.L.
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Les dernières contributions
bamb19
Homo homini lupus
17/11/2011 à 12h01
Ce n'est pas parce-que ce "chirurgien" fait appel qu'il faut oublier les faits qui sont contre lui! S'il avait été un peu plus humble, un peu plus compréhensif ou s'il avait fait preuve ne serait-ce que de compassion, les tribunaux ne seraient pas contraints de s'en mêler!
Oui, il y a de graves manquements et Romain Gommene en est mort... Alors ses proches cherchent à comprendre et se démènent pour que celui qui a condamné leur fils réponde de son incompétence! Quoi de plus compréhensible? Qui pourrait vivre un deuil si douloureux en sachant que celui qui en est la cause s'en lave les mains?
jeco
17/11/2011 à 07h34
Je pense que c'est le milieu médical qui devrait juger! Beaucoup de pros sont à la merci d'erreurs; là, souvent çà ne pardonne pas. Comme pour tout, on s'américanise! Plaintes pour tout! Bien sûr, les assurances médicales flambent, la médecine coute plus cher "à la sécu aussi"; mais pire, les risques relatifs à certaines disciplines découragent les volontés. Il faut savoir ce qu'on veut!
Je comprends la douleur des parents, mais il ne faut pas forcément trouver un coupable à tout, sauf si la faute est caractérisée. Choisir une technique parmi d'autres n'est pas forcément une faute.
microu
Sans haine ni passion
16/11/2011 à 15h07
@nounette, à ma connaissance personne ici en dehors de la justice et de ses pairs qui dénoncent une suite d'erreurs professionnelles graves, n'accuse le docteur Giolitto.
En ce qui concerne votre dernière remarque, je vous rappele que le médecin traitant n'est pas extralucide, et de peut donc pas deviner vos allergies éventuelles si vous même ne les connaissez pas, ou ne l'en avez pas averti.
Nounette
16/11/2011 à 13h35
Mais de quoi vous parlez, vous êtes tous en train de l'accusé. Il a fait des erreurs certes comme tout le monde peut importe le métier que l'on fait la différence c'est que son métier peut porter atteinte a la vie d'un homme.. Il est entré au matin, à été opéré en urgence et ressorti au soir. Le médecin GLC est parti le soir même en vacances. L'ennuie c'est que l'état de mon mari s'est aggravé et j'ai du le ramener en urgence. Le docteur Giollito est arrivé que 2 semaines après.
Il a pris aussitôt son dossier, l'a opéré en urgence et a sauvé son rein qu'il a faillit perdre et nous le remercions pour ça.
Malheureusement il a commis des erreurs médicales qui on été fatal mais votre médecin traitant ne vous a jamais prescrit un médicament auquel vous êtes allergiques?
tiramisu
51
16/11/2011 à 13h35
Dans toute opération il y a un risque, cela m'étonne de ce médecin, réputé pour être un bon urologue. Je comprends que les parents veulent comprendre. courage
Capt_obvious_
16/11/2011 à 13h27
C'est le problème majeur , dans le monde de la santé à plusieurs niveaux de responsabilités que je ne citerais pas ici , pendant les études , l'humanité "humanitude" n'est tout simplement pas enseigné , la difficulté des études et le numérus closus fait adopter aux étudiants en cursus final , une position de toute puissance avec un détachement caractérisé vis-à-vis du patient , ce qui , avec toute l'atrocité et la froideur du propos , nous retrouvons dans cette sordide affaire .
Lore
16/11/2011 à 12h56
Je ne radote pas (encore)... bugg !
Lore
16/11/2011 à 12h54
Au delà de l'article, accablant, je suis glacée par la froideur émanant de ce "chirurgien"
Lore
16/11/2011 à 12h53
Au delà de l'article, accablant, je suis glacée par la froideur émanant de ce "chirurgien"
nataloche83
16/11/2011 à 12h44
mon dieu, quel cauchemar pour les parents de romain d'entendre cet assassin parler avec tant de désinvolture comme si le pauvre gamin n'était qu'un instrument
sprinkleur
16/11/2011 à 12h24
Quel cynisme de la part de ce ..............Boucher!!!! expert se permetant de juger ses pairs!!!! pas un mot de compassion pour les victimes; à vomir!!!
Donald08
Entre ma chaise et mon clavier
16/11/2011 à 12h24
Innocent, mais oui bien sur. Et la dame de Sedan que vous avez charcuté également....