Publié le mercredi 27 octobre 2010 à 08H23 - Vu 754 fois
Le chef comptable de la Comédie, son assistante et un autre complice sont suspectés d'avoir détourné près de 300 000 euros par le biais de prestations fantômes pour fournisseur fictif.
REIMS (Marne). Une enquête préliminaire a été confiée à la police judiciaire pour faire la lumière sur de récents détournements de fonds à la Comédie. Les aigrefins sont suspectés d'avoir dérobé plusieurs dizaines de milliers d'euros.
DEPUIS 2002, la Comédie de Reims vit au rythme des scandales financiers qui plombent ses caisses et jettent le trouble sur sa réputation. Une réputation que l'ex-Théâtre Populaire de Reims (TPR), vénérable institution culturelle, a acquise dans les années 70 sous la direction de Robert Hossein. Un acteur-auteur-réalisateur qui pourrait voir dans ces malversations à répétition la trame d'une pièce burlesque où les comptables joueraient un rôle de premier plan. Celui d'habiles aigrefins soucieux d'enrichir leurs fins de mois ou encore d'assouvir une passion pour les jeux de hasard.
On en sait un peu plus aujourd'hui sur le dernier tour de passe-passe des comptables « associés » de la Comédie de Reims dont l'union avait révélé les contours dans son édition du 15 août dernier. Car à l'occasion du conseil municipal de lundi, l'opposant Pascal Labelle s'est ému de la gestion des fonds alloués au théâtre au moment où la municipalité s'apprêtait à voter une subvention de 220 000 euros dévolue à la communication dans le cadre du festival Reims Scènes d'Europe. « S'agissant de ces deniers publics et atterrés par la connaissance que nous avons eue du nouveau détournement de fonds dans cette structure, nous souhaiterions savoir quelles mesures vous avez prises pour vous assurer de la parfaite utilisation de ces subventions conséquentes ? », s'inquiète l'élu.
Fournisseur fictif
Précisément, on en sait un peu plus par la grâce de Serge Pugeault. Car piqué au vif, l'adjoint à la culture s'est senti obligé de rentrer dans les détails d'une enquête en cours dont il aurait préféré qu'elle soit évoquée en commission restreinte. Selon lui, « trois personnes, le chef comptable, l'aide-comptable et le comptable (tout court) sont à l'origine d'un système mis en place dès 2007 ». Le montant du préjudice ? « 258 000 euros, selon un audit du Trésor public qui a nécessité le recrutement de deux personnes. » Pour minimiser les dégâts, Serge Pugeault note toutefois que le détournement ne représente que 1,8 % de la manne municipale de 5,5 millions d'euros allouée à la Comédie.
Si on y ajoute les 313 000 euros que David Danjean, ex-comptable, avait empochés entre 2002 et 2004, les malversations avoisinent les 600 000 euros, sachant que les dernières sommes détournées ne sont pas définitivement arrêtées et qu'une source proche du dossier les chiffre à environ 300 000 euros. Comment le trio infernal s'y est-il pris pour détourner pareille somme ? D'abord, les comptables associés maîtrisaient toute la chaîne des écritures comptables. Mieux, le chef d'orchestre, Philippe Tourteaux, avait supervisé la mise en place de garde-fous après la découverte de la précédente arnaque. Ce qui lui permettait d'avoir plusieurs coups d'avance sur d'éventuels petits curieux. Le système a ainsi perduré pendant deux à trois ans.
L'argent sur le compte du chef d'orchestre
Philippe Tourteaux, épaulé d'une certaine Océane, assistante comptable de son état, et d'un autre complice de la profession, avait bricolé les bordereaux de virement de manière à dérouter de fréquentes sommes d'argent sur un vrai-faux compte fournisseur. Le compte fournisseur étant fictif, il permettait de rémunérer des prestations tout aussi bidons. L'administrateur n'y voyait a priori que du feu. En effet, il validait un paiement sans en connaître précisément le destinataire. Par un habile jeu d'écriture, les comptables achevaient de masquer les versements qui finissaient leur voyage sur le compte personnel de l'escroc en chef.
Entre 2002 et 2004, David Danjon, prédécesseur de Philippe Tourteaux aux manettes de la comptabilité, usait quant à lui d'une autre méthode. Il ponctionnait des sommes sur la TVA destinée au Trésor public avant de maquiller le compte chaque fin de mois. Cet adepte des jeux de hasard misait de fortes sommes d'argent aux courses, selon les dires d'un patron de PMU où il avait ses habitudes. Il dépensait aussi l'argent de la Comédie sur la toile via des sites belges et allemands spécialisés dans le tiercé. Avec 313 000 euros en deux ans, David Danjon était véritablement tombé dans une spirale infernale que seule la découverte du pot aux roses était à même d'enrayer. Aujourd'hui, Serge Pugeault affirme qu'il n'y aura pas de troisième fois.
Car, désormais, un cabinet comptable indépendant, sera chargé de surveiller la cassette de la Comédie.
Eric LAINÉ (elaine@journal-lunion.fr)
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